Dakar-Echo

Massacre de Thiaroye: bientôt la réhabilitation des Tirailleurs Sénégalais

camp_thiaroyeL’historienne Armelle MABON vient de déposer un argumentaire pour le procès en révision des Tirailleurs sénégalais spoliés et massacrés par l’armée française dont ils étaient des soldats.

Une association soutient la démarche d’Armelle Mabon et fait signer une pétition soutenue par le CVUH-Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire, pétition destinée à Mme Christiane Taubira, ministre de la justice.

Si ces soldats sont réhabilités, ce serait la première fois depuis Dreyfus du fait de l’amnistie.

[youtube]http://youtu.be/-di9bB2ERZQ[/youtube]

Décembre 2014 : 70e anniversaire du massacre de Thiaroye
Le massacre de Thiaroye est un drame militaire et colonial de la fin de la Seconde Guerre mondiale qui s’est passé à Dakar (Sénégal), en décembre 1944.

Il fut oublié, il est désormais fort bien connu après avoir été pendant longtemps relégué aux oubliettes comme un événement peu glorieux pour l’armée française coloniale.

Il s’agissait d’un groupe de tirailleurs dits « sénégalais », c’est à dire originaires de l’ensemble de l’ex-AOF, rapatriés rapidement de France où ils avaient été emprisonnés depuis la drôle de guerre (les Nazis refusant de compter des Noirs dans les camps d’Allemagne).

[youtube]http://youtu.be/-HXrqwzcKok[/youtube]

Avec la promesse que leur solde leur serait payée à leur arrivée à Dakar, ils y furent parqués à nouveau dans un camp près du village de Thiaroye à quelques kilomètres de Dakar. Las d’attendre un paiement qui n’arrivait toujours pas et qui leur était maintenant promis seulement à leur retour au village, ils se rebellèrent.

La riposte fut une fusillade brutale qui laissa une cinquantaine de morts (les estimations variant de 35 et 70 morts jusqu’à ce que Armelle Mabon s’empare de la question).

camp_de_thiaroyeOn ne sait toujours pas où ils furent enterrés, sans doute dans une fosse commune non loin ou dans le petit cimetière militaire oublié de Thiaroye.

Jean Suret-Canale fut l’un des tout premiers à évoquer cet épisode dans le tome II de son Histoire générale de l’Afrique occidentale (1963).

J’en entendis pour ma part parler vers la fin des années 1970 par des amis sénégalais qui en avaient une vague notion.

Je partis à la recherche du cimetière que je finis par retrouver avec une certaine difficulté car plus personne ne savait où il se trouvait, dissimulé derrière un petit mur pas très loin de la route partant vers la petite côte (il est aujourd’hui restauré et bien entretenu).

[youtube]http://youtu.be/lon6bTwvIDo[/youtube]

Depuis lors, la question a été sérieusement étudiée. Le cinéaste sénégalais Sembene Ousmane en a fait un film plausible ; l’ex Président du Sénégal Abdoulaye Wade a remis à l’ordre du jour la question des « tirailleurs » revivifiée à l’occasion de la redécouverte tardive des très faibles pensions perçues par les anciens militaires d’origine coloniale, puisque le taux en avait été gelé depuis la date de l’indépendance.

Est donc ressorti, sur la place de l’ancienne gare de Dakar, le monument aux morts de la Première Guerre mondiale dédié en 1923 à ‘Demba et Dupont », le tirailleur et le poilu, le Sénégalais et le Français regardant fièrement dans la même direction, qui avait été mis au rancart au moment de l’indépendance. « Dupont et Demba », monument aux morts de la Grande Guerre.

Depuis, la grande spécialiste de l’affaire de Thiaroye est l’historienne Armelle Mabon, Maîtresse de conférences à l’université de Lorient, et l’on attend également la thèse prochainement soutenue d’un doctorant, Martin Mourre, qui a manié à son tour une quantité massive d’archives inédites sur la questions dans de nombreux fonds disséminés en de multiples endroits (précisés ci-dessous par Armelle Mabon) dont la liste est donc désormais parfaitement inventoriée.

Bien que certains éléments de cette évidente « bavure » en demeurent énigmatiques du fait de la disparition non résolue de quelques pièces du dossier, ces recherches extrêmement approfondies de sources très soigneusement recoupées et référencées ne laissent aucun doute sur les péripéties de l’épisode, qui n’a donc plus besoin d’être « étudié » … par une troisième thèse redondante, sinon pour peaufiner éventuellement quelques détails.

Synthèse sur le massacre de Thiaroye

L’UDB vous invite à adresser votre signature soutenant  cette pétition à : rehabilitation.tirailleurs@gmail.com

C. Coquery-Vidrovitch

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

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1 Commentaire

  1. lilafi19@yahoo.fr'
    cheikh Koureyssi BA
    4 novembre 2014 à 5 h 45 min

    Me Cheikh Koureyssi BA du barreau de Dakar a plaidé devant le Mémorial de Caen-normandie, à l’occasion du Concours International de Plaidoiries ouvert à tous kes avocats du monde, ce fameux dossier de Thiaroye 44.
    Annoncée par toute la presse, sa plaidoirie- dans les archives de ce Mémorial- fut à la hauteur des attentes. De telle sorte que l’avocat sénégalais sera assailli par les équipes de télévisions européennes présentes pour des interviews, naturellement frappées par la censure et jamais diffusées à ce jour.
    Grâce à Me BA, alors proche de Me Abdoulaye Wade dont il gérait le cabinet, des éléments concrets et irréfutables de ce « dossier » ont été portés à la connaissance du public. Ils sont disponibles au Mémorial. Pour l’intérêt de la recherche, et dans le sens de la manifestation de la vérité dans cette affaire sur laquelle une omerta sans nom a construit une chape de plomb, cette mine d’informations mérite le détour.

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