Dakar-Echo

Marie Bahsa Frochen, une bâtisseuse de ponts

Marie Bahsa Frochen, une bâtisseuse de ponts

PORTRAIT DE FEMME
La jeune directrice d’origine libanaise commence à se faire un nom dans le monde très compétitif de la Silicon Valley au niveau de l’accompagnement des start-up.

Quand elle s’apprêtait à se rendre à la Silicon Valley, Marie Bahsa Frochen avait en tête les mots de l’autrice Doris Lessing qui la touchent particulièrement : « Je ne pense pas que San Francisco ait besoin d’être défendue. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui n’aime pas cette ville, qu’il soit américain ou autre. »

Actuellement, au sein du « French Tech Hub » à San Francisco, Marie Frochen, d’origine libanaise, est à la tête des programmes d’accélération dédiés aux start-up. La jeune directrice commence à se faire un nom, et pour cause : son accompagnement des entrepreneurs et investisseurs internationaux qui cherchent à améliorer leurs chances de réussir leur expérience en Californie et en France est désormais incontournable.

Née à Dakar et en Californie par amour…
Marie Frochen aime profondément la ville où elle réside depuis plus de sept ans. Ici, la jeune directrice a fait un choix : œuvrer sérieusement pour atteindre les objectifs qui lui tiennent à cœur. Diplômée en finance et économie, ses objectifs sont loin d’être uniquement de nature économique. Elle rêve d’un monde où les femmes entrepreneuses gagneraient la place qu’elles méritent. Un monde où les frontières seront ouvertes également aux personnes compétentes qui donnent le meilleur d’elles-mêmes.

C’est à Dakar que Marie est née, de parents libanais. Son père avait déjà réussi à conquérir le marché sénégalais. « Je l’ai toujours vu en action dans le commerce, raconte-t-elle. Il traitait avec des gens d’horizons différents et le faisait avec humilité. Pour moi, c’est sans doute ce qui singularise les Libanais. Ils sont entrepreneurs dans l’âme et travaillent de tout leur cœur. » Malgré son attachement à l’Afrique et au Sénégal, la jeune femme a dû faire un choix difficile à 17 ans, celui de partir s’installer en France, loin de ses parents, pour poursuivre ses études. Le monde de l’entreprise et de l’entrepreneuriat l’attirait déjà à l’époque. Elle obtient alors un diplôme en création, gestion et transmission des entreprises.

Au-delà de l’expérience professionnelle qu’elle acquiert à Paris, elle apprend à composer avec une vie très différente de celle à laquelle elle est habituée. « Ce nouveau contexte m’a ouvert beaucoup d’horizons, se souvient-elle. Je sentais que je ne voulais pas me contenter de ce que j’avais déjà. Je voulais parcourir le monde tout en restant fidèle à mes origines. »

Pourquoi une francophone, ayant fait ses preuves dans le monde de la technologie à Paris, décide de poser ses valises en Californie ? « Par amour, répond-elle simplement. J’ai suivi mon mari dans ce nouveau pays, tout en étant convaincue d’une chose : si on veut réussir aux États-Unis, on n’y trouve pas que des portes fermées. Il s’agit de se réadapter à un système qui est assez riche. Le capital humain y est exceptionnel, surtout en Californie. »

Au plus près des start-up
À San Francisco, les entrepreneurs connaissent Marie. Motivée, elle est à leur écoute pour identifier leurs compétences et établir des feuilles de route stratégiques qui les aident à réussir et à pérenniser leurs entreprises. Son travail méticuleux et ciblé a permis à plusieurs start-up de mieux se positionner et se préparer à attaquer le marché américain. Elle leur a donné la possibilité de développer leurs partenariats, de mieux cibler leur message, de se créer un premier réseau sur place.

« Ce que je veux vraiment, c’est connecter les écosystèmes et les universités dans le monde, donner à ceux qui ouvrent des entreprises au Moyen-Orient, en Afrique, en Europe centrale et partout ailleurs un accès au mode de fonctionnement de la Silicon Valley et au financement de leurs projets. »

Les femmes entrepreneuses demeurent également l’un de ses combats. Membre active dans plusieurs communautés, dont la « Female Founders Community », elle connaît bien la situation sur le terrain. Réduire l’écart entre les sexes dans le secteur des technologies est encore loin d’être acquis. Selon les statistiques, les femmes n’étaient encore que 17 % en 2016 à avoir fondé et créé des entreprises. Le problème ne se limite pas seulement au fait qu’elles ne sont pas à la tête des start-up, mais leur accès au capital reste assez limité tout au long du cycle de développement d’un projet donné. « Il ne s’agit pas simplement d’en parler, il faut agir », note Marie, estimant qu’il faut donner aux femmes davantage confiance en elles et les diriger vers des mentors qui croient en leurs capacités.

Quid des femmes du Moyen-Orient ? Marie a eu déjà la chance d’entreprendre des projets avec celles-ci. « Cela m’a renvoyé à une partie de mon identité et m’a touchée profondément », dit-elle. Et d’ajouter : « Celles-ci ont déjà parcouru un beau chemin. Leur force se concentre dans leur incroyable énergie. »

Pauline M. KARROUM à Washington DC avec LorientleJour

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