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Macky Sall face au défi des engagements non tenus

Macky Sall face au défi des engagements non tenus

Alors qu’il s’apprête, en ce jour du mardi 2 avril, à faire sa prestation de serment pour son second et dernier mandat, voilà que plusieurs de ses engagements de 2012 non encore satisfaits se dressent devant lui comme les défis de ce quinquennat

Arrivé au pouvoir le 25 mars 2012, à l’issue du second tour d’une présidentielle qui a consacré la deuxième alternance politique à la tête du pouvoir exécutif au Sénégal, Macky Sall s’était engagé à entreprendre un certain nombre de réformes pour rendre plus efficace la démocratie sénégalaise. Alors qu’il s’apprête, en ce jour du mardi 2 avril, à faire sa prestation de serment pour son second et dernier mandat, voilà que plusieurs de ses engagements de 2012 non encore satisfaits se dressent devant lui comme les défis de ce quinquennat qui s’annonce.

La récréation est bien finie pour le président de la République, Macky Sall. Réélu à 58.26% dès le premier tour lors de l’élection présidentielle du 24 février dernier, Macky Sall va, en effet, entamer aujourd’hui, mardi 2 avril, son nouveau et dernier mandat de cinq ans à la tête du pouvoir exécutif sénégalais à l’issue de la cérémonie d’investiture prévue au Centre des Expositions de Diamniadio. Il faut dire que ce mandat qui prendra fin en 2024 ne sera pas de tout repos pour le président nouvellement élu.

Tant les défis de ce quinquennat sont nombreux. Au plan politique, l’actuel chef de l’Etat dont le premier mandat de sept ans a été fortement marqué par une rupture totale de dialogue avec son opposition, notamment concernant les règles en matière électorale devra tout faire pour trouver la meilleure formule lui permettant de convaincre ses adversaires politiques à le rejoindre autour de la table pour essayer ensemble de sceller un nouveau consensus sur le code électoral.

L’autre défi qui attend également le président Macky Sall est relatif à la réforme des institutions de la République dans le sens non seulement de mettre un terme à la relation de subordination qui existe entre les deux autres pouvoirs (Législatif et judiciaire) et le pouvoir exécutif mais aussi de doter le Sénégal d’institutions fortes en mesure de répondre aux aspirations du peuple.

En effet, arrivé au pouvoir à l’issue de la deuxième alternance politique à la tête de l’Etat intervenue au soir du 25 mars face à Abdoulaye Wade à la suite du second tour de la présidentielle de 2012, Macky Sall incarnait un grand espoir. Au plan politique, le nouveau chef de l’Etat, pour galvaniser les Sénégalais qui avaient largement voté pour lui le 25 mars 2012, avec plus de 65% des suffrages, était lui-même monté au créneau lors de ses premières sorties pour annoncer plusieurs changements dans le sens de rendre plus efficace la démocratie sénégalaise présentée, selon lui, comme un modèle du fait de l’absence de coup d’Etat militaire et de la tenue d’élections régulières impliquant les divers acteurs politiques.

Et parmi les ruptures qu’il avait annoncées à l’époque, figuraient entre autres, la réforme des institutions politiques, la rupture dans la façon de mener la politique, la rationalisation des dépenses publiques avec la suppression des institutions publiques budgétivores, la réduction de la durée du mandat présidentiel de 7 à 5 ans et la réduction de la taille du gouvernement. Aujourd’hui, après sept ans de gestion, force est de constater que le président Macky Sall qui va renouveler un nouveau bail avec le peuple sénégalais après sa réélection dès le premier tour, le 24 février dernier à 58.26%, n’a pas totalement traduit en acte un grand nombre de la plupart des engagements qu’il avait pris en 2012.

Alors qu’il avait clamé sous tous les cieux sa volonté de réduire la durée de son mandat présidentiel de 7 à 5 ans, Macky Sall est passé outre cette promesse ainsi que celle de limiter l’attelage gouvernemental à 25 ministres au maximum qu’il a seulement matérialisé, lors du premier gouvernement dirigé à l’époque par Abdoul Mbaye devenu depuis lors un de ses plus virulents opposants.

REFORMES CONSTITUTIONELLES A REBROUSSE POIL

Outre ces engagements non tenus de l’actuel chef de l’Etat au plan politique, il faut également ajouter les réformes institutionnelles à rebrousse-poil du 20 mars 2016, notamment concernant la composition du Conseil constitutionnel. En effet, dans son programme de campagne électorale, «Yoonu Yokkute» (le chemin du véritable développement), l’actuel chef de l’État s’était engagé à apporter des changements dans la nomination des « Cinq Sages » et à réformer le Conseil constitutionnel en faisant passer le nombre de ses membres de 5 à 7 juges dont 3 seront nommés par le président de la République parmi lesquels le Président du Conseil. Pour les quatre autres membres restants, l’actuel chef de l’État avait ainsi réparti leur nomination : un par la majorité parlementaire, un par l’opposition parlementaire et deux par le Conseil Supérieur de la Magistrature.

Mais, au final, même si l’effectif de cette juridiction est effectivement passé de 5 à 7 membres, à la suite des réformes constitutionnelles adoptées lors du référendum du 20 mars 2016, le président de la République a préféré maintenir son droit de regard sur le choix des personnalités devant siéger au niveau de cette institution chargée de trancher les conflits électoraux.

Ainsi, la loi constitutionnelle n° 2016-10 du 5 avril 2016 adoptée à la suite de ce référendum dit clairement que le président de la République nomme les membres du Conseil dont deux sur une liste de quatre personnalités proposées par le Président de l’Assemblée nationale. Toujours dans ce registre des actions qui ont marqué la gouvernance politique du président Sall lors du septennat passé, il y a aussi l’usage abusif du délit d’offense au chef de l’État pour emprisonner les opposants, la rupture du dialogue entre pouvoir et opposition, l’absence de concertation.

Et le passage en force de certaines lois comme l’Acte III de la décentralisation, la refonte du fichier électoral, la modification de la loi électorale et surtout l’introduction du système de parrainage citoyen à toutes les élections au Sénégal. Une loi qui a été à la source de moult contestations avant et après la présidentielle et qui a besoin d’un toilettage pour ramener la confiance entre acteurs politiques.

PRESTATION DE SERMENT DU PRESIDENT SALL : Comment va se dérouler la cérémonie ?

Le Chef de l’Etat Macky Sall va être investi pour son deuxième mandat ce jour. Une cérémonie qui va comporter deux parties selon une information disponible sur le site du Conseil constitutionnel. La prestation de serment est le premier acte de cette cérémonie. Par ce serment, le président de la République prend, « un engagement personnel donc un engagement envers lui-même et un engagement envers toute la collectivité », explique la source.

Un engagement de remplir fidèlement la charge liée à sa fonction, d’observer et de faire observer les dispositions de la Constitution et des lois, de consacrer toutes ses forces à défendre les institutions constitutionnelles, l’intégrité du territoire et de l’indépendance nationale et de ne ménager aucun effort pour la réalisation de l’unité africaine, explique la juridiction. Ensuite vient l’installation du chef de l’État par le Conseil constitutionnel, acte par lequel le président de la République est investi des prérogatives liées à son statut.

Nando Cabral Gomis

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