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Macky Sall à l’épreuve de la majorité

Macky Sall à l’épreuve de la majorité

Attendu avec fébrilité par la classe politique, la société civile, le monde de l’administration et des affaires comme par «gorgorlu», le prochain gouvernement qui sera formé, dans la foulée de la prestation de serment du Président Macky Sall, le 02 avril prochain, risque de ne pas contraster d’avec la stratégie globale du «gagner ensemble, gouverner ensemble».

Et pour cause, quoiqu’il entame son deuxième et dernier mandat, le président sortant semble encore obligé de composer avec sa majorité non «silencieuse», compte tenu de l’approche des Locales, et en prévision des Législatives.

Macky Sall peut-il gouverner, au cours de son quinquennat 2019-2024, sans faire droit à sa coalition présidentielle, en gros aux grands partis politiques comme l’Afp et le Ps qui sont autant comptables que l’Apr de sa victoire au 1er tour de la présidentielle, en raison de leur poids électoral ? Voilà une question qui mérite une grande attention pour diverses raisons.

En effet, quoiqu’il soit appelé à entamer une dernière mandature à la tête de l’Etat sénégalais, le président sortant semble obligé, pour diriger le pays en toute quiétude, de composer, pour ne pas dire transiger, avec ses principaux alliés au sein de la coalition majoritaire.

L’échéance des élections locales prévues pour décembre prochain, à moins d’un couplage avec les Législatives, impose au chef de file de l’Apr, bien que vainqueur de la présidentielle avec plus de 58% des voix, de continuer à se reposer sur la large coalition qui a porté sa candidature, en février.

Son parti, passé d’armée républicaine à auberge espagnole ne pouvant certainement pas lui garantir de gagner les Locales prévues dans un peu plus de huit mois et d’administrer le pays, sans coup férir. Etant entendu que l’exécution du volet 2 du Pse comme la territorialisation des politiques publiques par l’entremise de l’Acte III de la décentralisation, ne sauraient être facilités avec des communes et collectivités, hors du giron politique du président sortant.

Toute chose à laquelle Macky Sall ne peut aspirer, sans le compagnonnage gagnant-gagnant qu’il a tissé depuis 2012 avec sa coalition majoritaire, au sein de laquelle on retrouve deux grands partis (Afp, Ps), fortement ancrés dans le territoire national et avec des leaders dont le président pourrait difficilement se passer.

Le «gagner ensemble, gouverner ensemble», toujours d’actualité

Suffisant pour dire alors que la composition du prochain gouvernement, même si pas mal de Sénégalais la souhaitent de «technocrates» pour impulser les grandes ruptures attendues du chef de l’Etat au cours de son dernier mandat, est appelée à être profondément politique. Comme l’a d’ailleurs établi Maurice Soudieck Dione, Dr en Sciences politiques à l’UGB de Saint-Louis.

Un spécialiste pour qui les Sénégalais doivent s’attendre à un renforcement de la coalition présidentielle, ce que Macky Sall va matérialiser dans le futur gouvernement dont la liste a été peaufinée au Maroc, selon des sources concordantes. «Le président Sall, de toute évidence, va garder son alliance parce que dans sa façon de fonctionner, il y a des logiques. La première logique, c’est d’abord de fidéliser la coalition au pouvoir et de préserver la majorité, c’est aussi de réduire l’opposition à sa plus simple expression comme il l’a dit», déclarait Dr Dione au micr de Sud Fm.

«Le gagner ensemble, gouverner ensemble» semble à ce niveau le socle le plus ferme sur lequel Macky Sall entend conforter son leadership, en rapport à sa volonté de circonscrire une opposition qui s’est sortie, d’une certaine façon, ragaillardie à la présidentielle. Face à Idrissa Seck de Rewmi et Ousmane Sonko de Pastef qui totalisent plus de 36% de l’électorat sénégalais, Macky Sall serait bienheureux de conserver et de renforcer davantage sa coalition et surtout ses principaux alliés.

Des alliés qui se sont convaincus d’être actionnaires non négligeables du passage en force du président au premier tour et qui n’ont pas manqué, par ailleurs, même si c’est une stratégie détournée, de mettre la pression sur la formation du futur gouvernement, pour plus de postes et de reconnaissance de leur poids électoral. A l’instar de l’Afp et du Ps qui, de manière subtile, ont soit proclamé leur indépendance pour 2024, soit appelé à l’union des forces pour les futures échéances électorales sans le «Macky» !

Moctar DIeng

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