Dakar-Echo

Macky face aux Charlots: par Saliou Guèye de Seneplus

macky_condoleances_parisEn entendant certains brigadiers de la foi musulmane autoproclamés, on se demande si le Sénégal n’est pas sous la coupe réglée d’une théocratie qui veut régenter ce pays avec sa conception biaisée du Coran.

Récemment nous sommes intervenu dans ces mêmes colonnes pour clamer que nous ne sommes pas Charlie, quand Charlie devient, au nom de la liberté d’expression, un prétexte pour offenser inutilement un Prophète en qui croient des centaines de millions d’individus.

Mais lorsque des individus au dessein sombre veulent faire de Charlie un fonds de commerce politique ou religieux, nous retrempons cette même plume dans du vitriol pour fustiger, sans aménités, leurs manœuvres malsaines.

Depuis que le Président Macky Sall a participé, le 11 janvier, à la marche républicaine de Paris, suite à la boucherie de Charlie Hebdo et de l’épicerie casher, des énergumènes qui se prennent pour les gardiens de la foi musulmane au Sénégal et des politiciens en mal de popularité pestent, maugréent et flétrissement sa participation à ce rendez-vous républicain.

Des personnalités publiques tels que le grand Serigne de Dakar, Abdoulaye Makhtar Diop, Oumar Sarr du PDS et de soi-disant islamologues qui polluent la bande FM et les chaînes TV demandent que le président fasse un message pour s’expliquer sur les raisons de sa présence à Paris et demander, in fine, pardon à ces 95% de musulmans qui peuplent le Sénégal et sont des paradigmes de piété.

En entendant de pareils discours dangereux qui sont distillés dans la presse par des illuminés qui se sont auto-investis brigadiers de la foi musulmane, on se demande si le Sénégal n’est pas sous la coupe réglée d’une théocratie parallèle qui veut régenter ce pays avec leurs conceptions biaisées et univoques du Coran et de la Sunna.

Pour eux, le chef de l’Etat a blasphémé en participant à une manifestation anti-terroriste et tourne en dérision le prophète Mahomet avec des représentations picturales railleusement frappées sur des coquelicots brandis par des ennemis de l’Islam. Certains pseudo-érudits qui falsifient la pensée coranique sont allés jusqu’à le qualifier d’apostat et de renégat parce qu’ayant tourné le dos à la religion dans laquelle il a été baptisé.

Pour expliciter les raisons de sa présence en France, Macky Sall, en voyage au Burkina Faso, a précisé que son déplacement n’était motivé que par son aversion contre le terrorisme qui rôde aux abords de nos frontières, depuis l’invasion du Mali voisin par des djihadistes.

Concomitamment, le président de la République, après avoir interdit la dernière publication de Charlie Hebdo et de Libération, a précisé que la liberté d’expression, valeur universelle à laquelle il tient fermement, ne doit pas être un expédient pour verser dans la surenchère de la provocation de la croyance des autres.

Nonobstant cette explication à laquelle il n’était point soumis, les gardiens auto-proclamés de l’orthodoxie de la foi musulmane persistent à bon droit à manifester leur mécontentement vis-à-vis de la publication subséquente à la décimation de sept de ses journalistes. C’est ce qui a poussé certains à sortir spontanément dans les rues le 16 janvier, après la prière du vendredi, pour manifester contre Charlie.

Tant que ces croyants blessés dans leur foi inoxydable manifestent sans tomber dans des exactions discursives ou attitudinales qui consistent à crier «mort aux impies de Charlie Hebdo et de ceux qui partagent leurs convictions !», à brûler le drapeau d’un pays symbole de sa souveraineté ou à menacer la quiète et fusionnelle cohabitation avec ceux qui ne partagent pas la religion musulmane, leur manifestation, garantie par la liberté d’expression, s’inscrit dans le registre des droits fondamentaux démocratiques sacralisés aux articles 18 et 19 de la déclaration universelle des droits de l’homme.

Mais dès l’instant qu’elle déborde pour astreindre le Président à résipiscence ou pour charrier un discours haineux, des imprécations pétaradantes, des actions meurtrières qui menacent la stabilité républicaine, il y a lieu d’opposer une fin de non-recevoir à toute demande de manifestation allant dans ce sens.

Les choses qui se règlent dans les officines diplomatiques exigent souvent qu’un président de la République prenne des décisions peu partagées par le peuple spontané mais dans lesquelles réside son salut. Si le président de la République, à l’instar de ses pairs africains francophones, s’est rendu à Paris, c’est pour bénéficier davantage des accords de défense et de la sécurité de la France dont l’intervention au Sahel a évité au Mali d’être aujourd’hui une terre occupée et soumise aux lois draconiennes de la Charia.

Nul n’ignore que le Mali et le Sénégal dont les armées ne peuvent contenir les invasions djihadistes sont des cibles privilégiées des Salafistes qui répugnent cet Islam qui voue un culte à des saints. Or ces deux pays, qui honorent les saints et vouent un culte aux symboles funéraires que les djihadistes salafistes considèrent comme superstition entachée de paganisme, figurent sur la liste des pays à «purifier».

Donc même si c’est par opportunisme diplomatique que le Président Macky Sall s’est rendu à Paris pour participer à une marche où le prophète est caricaturé, les résultats attendus à court, moyen ou long termes l’excusent, même si les faits actuels l’accusent.

La diplomatie ne s’accommode pas des réactions épidermiques et spontanées du peuple endormi par l’opium de la religion.

L’État victime des familles maraboutiques
La famille khadre de Ndiassane s’est engouffrée dans cette brèche anti-Charlie pour vitrifier le déplacement du Président en France alors qu’en réalité, elle lui en veut pour n’avoir pas honoré de sa présence «leur» gamou comme il a eu à le faire pour les Tidianes et les Mourides lors de leurs fêtes religieuses respectives.

L’Etat du Sénégal est en train de payer sa profonde imprégnation dans les familles maraboutiques. Aujourd’hui, comme l’exprimait l’historienne Penda Mbow dans une saillie caustique, le ministère de l’Intérieur est devenu le ministère des gamou et des magal.

Abdoulaye Daouda Diallo se plait chaque semaine à présider médiatiquement et ostensiblement des CRD préparatoires aux multiples cérémonies des familles maraboutiques là où l’autorité préfectorale à elle seule aurait suffi.

Au même moment, la déléguée à la solidarité nationale avec sa kyrielle de camions de vivres, flanquée des caméras de la RTS, se transbahute de famille maraboutique en famille maraboutique pour rendre visibles les libéralités et la magnanimité du Président. Suivie en cela des libéralités de la Première dame avec sa Fondation Servir le Sénégal, laquelle n’hésite pas à déverser des tonnes de vivres pour appuyer les familles maraboutiques solliciteuses.

Ne s’arrêtant pas à ces aides déjà excessives qui transgressent l’esprit égalitaire de la République, qui exclut le favoritisme d’une classe, d’un clan, d’une famille au nom de ce que les latins appellent le splendor natalium, c’est-à-dire le privilège de naissance, l’Etat construit, indépendamment des enveloppes de billets de banque distribuées aux marabouts, des maisons de hôtes à coup de centaines de millions, contribue à la construction de lieu de culte ou à son équipement, distribue des 4X4 aux marabouts dans le seul but d’en tirer des dividendes politiques.

Au même moment à Kahogne dans la région de Kolda, à Sédhiou, à Dakar et dans d’autres localités du Sénégal, les chérubins qui ont droit à l’éducation étudient dans des abris provisoires et utilisent des troncs d’arbres parallèlement posés comme tables pour écrire.

Au même moment des Sénégalais et des Sénégalaises malades et habitant dans des zones rurales enclavées meurent par manque d’ambulance. Des communautés rurales devenues aujourd’hui des communes ont été délestées, en dépit de leurs protestations, d’une bonne partie de leurs terres au profit de foyers religieux comme Touba ou Tivaouane par l’alors Président Abdoulaye Wade.

Cette absence institutionnelle d’une ligne «Maginot» entre le spirituel et le temporel fait qu’aujourd’hui ces gardiens de la foi islamique ont l’outrecuidance d’exiger des excuses publiques à l’autorité présidentielle.

La marmite bouillonne et elle risque de déborder à tout moment si l’Etat, garant de la stabilité sociale, ne met pas le holà aux fariboles de ces faux dévots. Et des politiciens veulent profiter de ce contexte international agité pour entrainer une masse de croyants naïfs dans une manifestation anti-Charlie grosse de danger pour régler en filigrane des comptes avec le Président de la République.

Éviter la contagion
Les violences dirigées par des politiciens en mal de popularité qui ont éclaté le 16 janvier après la prière du vendredi dans plusieurs localités du Niger, sous prétexte d’une manif anti-Charlie, risquent de faire tâche d’huile dans notre pays si l’on ne comprime pas ou l’on ne réprime cette barbarie que secrètent les manifestations à caractère religieux. Sous le prétexte de reprocher à leur Président, Mahamadou Issoufou, sa présence à la marche de Paris, des fanatiques musulmans ont brûlé à tort 45 lieux de culte protestants et catholiques et tué quelques adeptes de ces religions.

C’est donc dire que ces zélotes illuminés, mais non éclairés, et manipulés par des opposants du Président nigérien qui manifestaient sous l’emprise de la colère ou l’ivresse d’une intolérance que ne prône pas l’Islam se sont adonnés à des dérives sectaires à l’antipode de leur religion.

Quand ces derniers au nom de la défense de leur prophète confondent les symboles du christianisme à la France ou à Charlie Hebdo, c’est méconnaître, voire ignorer, cette France qui, avec ses 30% d’athées, n’est plus la fille de l’Eglise.

Quand ces barbares tuent leurs compatriotes au nom de l’Islam comme ceux-là qui l’ont fait avec les satiristes de Charlie Hebdo, c’est parce qu’ils ignorent qu’il y a bien d’autres relations qui englobent et lient tout le monde sur terre et ce sont les relations humaines et la fraternité entre les hommes en tant que humains.

N’est-ce pas Allah qui dit dans toute sa mansuétude : «Ô Hommes craignez votre Seigneur qui vous a créés à partir d’un seul être» (sourate les femmes, versets 1) ; «Ô hommes nous vous avons créé à partir d’un mâle et une femelle et nous avons fait de vous des nations et des tribus pour que vous vous entre-connaissez» (sourate les Appartements, verset 13) ?

Ceux qui ont tué leurs compatriotes sous le prétexte qu’ils vengent leur prophète blasphémé à travers d’images pourtant qui ne font l’objet d’aucun interdit dans l’Islam ignorent que leur religion interdit le meurtre. «Quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué l’humanité entière» (Sourate la Table servie, verset 32).

Le prophète de l’Islam se faisant un chantre de la cohabitation religieuse dit dans un hadith rapporté par Abou Daoud : «Celui qui opprime un citoyen non musulman, qui lui retire ses droits, exige de lui plus qu’il ne peut supporter, et qui le contraint à une quelconque concession, je serai le défenseur de cet opprimé le jour du jugement dernier.»

En tuant leurs compatriotes chrétiens, en brûlant leurs lieux de culte et en saccageant leur commerce, ces fous de Dieu, poussés par on ne sait quel tropisme obscurantiste mortifère, ont déroulé le tapis, déjà rouge de sang innocent, aux tueurs de Boko Haram spécialisés dans l’exécution sordide des non-musulmans qu’ils considèrent comme des mécréants.

Maintenant pour éviter l’effet néfaste de contagion au Sénégal, il appartient à l’Etat, détenteur de la violence légitime, de prendre ses responsabilités et de faire face à ces sorties discursives, distillées à un rythme exponentiel dans les médias et qui font le lit des exactions mortifères. Même si une autorisation devrait être délivrée par l’autorité préfectorale, le président de la République ne doit montrer aucun signe de faiblesse capitularde devant ces charlots qui organisent cette manifestation «charliphobe» et qui veulent le trainer à Canossa.

Par Saliou GUÈYE Editorialiste de Seneplus

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
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