Dakar-Echo

L’Etat soupçonné de vouloir annuler l’emprunt obligataire de la ville de Dakar

Le rapport du Conseil Régional de l’Epargne Publique et des Marchés Financiers (CREMPF) a été remis hier aux autorités municipales de Dakar.

Khalifa Sall et son staff sont de plus en plus convaincus que l’Etat du Sénégal veut simplement annuler l’emprunt obligataire. Une décision «politique» qui risque également d’entraîner un incident diplomatique entre Dakar et Washington, puisque l’emprunt obligataire de 20 milliards a été béni et surtout soutenu par l’USAID qui voulait en faire un test dans la sous-région.

Les gros nuages qui pèsent sur l’emprunt obligataire de la mairie de Dakar sont loin de se dissiper au regard des derniers développements.

En effet, après la réunion tenue le 5 mars dernier du Conseil Régional de l’Epargne Publique et des Marchés Financiers, pour statuer sur la saisine du ministère des Finances du Sénégal, c’est seulement hier que le rapport est tombé sur le bureau de Khalifa Sall.

Il ressort du document que le gouvernement qui a déjà retiré son avis de non objection veut purement et simplement annuler cet emprunt censé pourtant soulager de nombreux Dakarois. Certes le ministre des Finances Amadou Bâ parle d’un «blocage technique qui devrait être levé», mais il semble que l’option de l’Etat est de suspendre l’emprunt d’abord, puis de l’annuler ensuite. Et pour cause !

En effet, selon des sources proches du gouvernement, l’avis de non objection que l’Etat avait donné en amont concernait la mairie de Dakar sous l’acte 2 de la décentralisation (Dakar et ses 19 communes). Or l’Acte III entré en vigueur après le 29 juin 2014 fait des communes d’arrondissement des entités de plein exercice.

En conséquence, expliquent nos sources, la mairie ne dispose plus du poids et de la crédibilité suffisants pour emprunter 20 milliards payables sur 7 ans. Surtout, disent-elles, qu’elle croule sous le poids des dettes.

POURQUOI LE GOUVERNEMENT EST RETICENT ?

Pourtant, le même Conseil régional d’épargne publique et des marchés financiers avait donné l’autorisation à la mairie de Dakar, le 29 janvier, de procéder au lancement de l’emprunt. Et c’est sur la base de cette autorisation que le Conseil municipal de Dakar avait envisagé le lancement le 19 février dernier.

Mais mal lui en a pris car le gouvernement a retiré son avis deux jours avant la cérémonie de lancement, le 17 février. Les experts de Dakar municipal finance (DMF) rompus à la finance internationale en sont abasourdis.

Mais leur conviction est faite qu’il s’agit d’un coup politique puisque le gouvernement a suivi le processus de bout en bout et n’a jamais émis de réserve. Mieux, dit-on du côté de la mairie, si le projet n’était pas rentable l’USAID et la Fondation Bill et Melinda Gates n’y auraient pas mis leurs billes.

L’Etat ne peut l’annuler que s’il est avéré que l’emprunt peut-être préjudiciable aux souscripteurs, confie une source qui rappelle que le projet est inédit et qu’il a même été noté positivement par le Moody. Et c’est ce succès retentissant qui refroidit les ardeurs de l’Etat qui perçoit déjà le maire de Dakar comme un sérieux challenger de Macky Sall à la prochaine présidentielle.

MEDIATIONS POUR EVITER UN INCIDENT ENTRE DIPLOMATIQUE DAKAR ET WASHINGTON

Il ne reste plus à l’Etat qu’à retirer son visa pour que l’emprunt de 20 milliards tombe à l’eau. Mais le gouvernement américain ne le perçoit pas d’un bon oeil, renseignent nos sources. C’est donc pour éviter cela que l’USAID a initié une médiation sous la houlette de la Banque mondiale.

Des sources sûres informent que des médiations tous azimuts sont en train d’être menées pour éviter l’annulation de l’emprunt, annulation qui va sans doute mécontenter les Américains et menacer la survie du Millenium Chalenge Account.

A cet effet, plusieurs personnalités dont un chef religieux jadis proche du Président Macky Sall ont été approchées pour jouer au sapeur pompier.

Quoi qu’il en soit, selon certaines informations, une sortie de Khalifa Sall est attendue cette semaine pour éclairer la lanterne des Dakarois.

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