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Les talibans s’emparent d’une base militaire dans le Nord de l’Afghanistan

Les talibans s’emparent d’une base militaire dans le Nord de l’Afghanistan

Les talibans, engagés depuis cinq jours dans des combats pour le contrôle de la ville de Ghazni (Est) ont réussi mardi un nouveau fait d’armes en s’emparant d’une base militaire du Nord de l’Afghanistan.

Les insurgés ont pris le contrôle de la base de Chenaya, située dans le district de Ghormach dans la province instable de Faryab, a indiqué Mohammad Hanif Rezaee, porte-parole de l’armée pour le Nord du pays.

Au moins 100 militaires se trouvaient sur le site au début de l’attaque dimanche, selon lui. « C’est une tragédie que la base soit tombée aux mains des ennemis. Des soldats ont été tués, d’autres capturés et certains se sont enfuis dans les collines », a-t-il dit à l’AFP.

Au moins 17 personnes ont été tuées, a indiqué un porte-parole du ministère de la Défense, Ghafoor Ahmad Jawed. « Des préparatifs sont en cours pour une opération de reconquête de la base », a-t-il ajouté.

L’assaut a coïncidé avec celui lancé jeudi soir par les talibans à l’autre bout du pays, dans la ville de Ghazni (Est), qui se poursuivait toujours mardi.

L’attaque de Ghazni constitue la plus grande offensive talibane depuis un cessez-le-feu inédit de trois jours observé en juin. Les insurgés sont sous pression depuis des mois pour accepter d’entamer des négociations de paix avec le gouvernement afghan.

Selon Tahir Rehmani, chef du conseil provincial de Faryab, la base de Chenaya est tombée alors que ses occupants réclamaient depuis plusieurs jours du renfort et un soutien aérien de Kaboul, sans succès. « Ils (les autorités) étaient trop occupés avec Ghazni », a-t-il souligné.

Les talibans ouvrent à dessein plusieurs fronts pour contrarier l’armée afghane, déjà sous forte pression en raison des attaques et des désertions, souligne l’analyste Abdul Hamid Sofof.

« Ils poussent l’armée afghane à combattre sur plusieurs fronts, la laissant débordée et vulnérable à ses attaques mobiles », souligne-t-il.

« Ville fantôme »

Ghazni, chef-lieu de la province du même nom, se trouve sur l’axe majeur Kaboul-Kandahar, qui relie la capitale aux provinces du Sud, en grande partie sous le contrôle des talibans. Elle est située à deux heures de route à peine de Kaboul.

Les autorités et les forces américaines affirment que la ville demeure entre les mains des forces afghanes, qui y mènent des opérations pour en chasser les rebelles.

« Aucune activité ennemie n’a été signalée jusqu’ici aujourd’hui », a déclaré à l’AFP le porte-parole des forces américaines à Kaboul, le lieutenant-colonel Martin O’Donnell, précisant qu’aucune frappe aérienne américaine n’avait été menée à ce stade mardi, après des dizaines les jours précédents.

« Des forces talibanes sont toujours présentes dans la ville », a-t-il dit. « Ces forces insurgées ne représentent pas une menace de chute de la ville », a-t-il ajouté. Elles le sont en revanche « pour la population civile, terrorisée et harcelée », a-t-il noté.

Des habitants avaient auparavant indiqué à l’AFP avoir vu des talibans incendier des bâtiments et s’en prendre aux civils dans la ville.

L’ONU a fait état d’informations non confirmées selon lesquelles plus de 100 civils auraient été victimes des violences depuis jeudi soir. Outre les tirs des talibans, les habitants sont exposés aux raids aériens conduits par les forces américaines en soutien aux Afghans.

Un élu de Ghazni, Shah Gul Rezaye, a indiqué mardi que certaines zones de la ville avaient été reprises. Mais dans d’autres, « les talibans ont positionné leurs combattants dans des bâtiments élevés pour tirer sur les forces de sécurité », a-t-il dit.

Les réseaux de télécommunications demeuraient pour la plupart coupés, rendant les informations difficiles à vérifier.

« Ghazni est une ville fantôme à présent. Les talibans font du porte-à-porte pour trouver les fonctionnaires gouvernementaux et leurs familles et les tuer », a assuré un habitant, Sayed Zia. « Ceux qui le peuvent fuient ».

Un autre habitant, se présentant sous le nom d’Abdullah, a affirmé que les talibans tuaient ceux qui refusaient de les aider.

« J’ai vu deux camions pleins de cercueils se diriger vers un cimetière de la ville. Ils semblaient être tous des civils », a-t-il dit.

« La ville est pleine de fumée. Partout où ils vont, ils mettent le feu », a-t-il ajouté, faisant état de magasins pillés et de difficultés à se procurer de l’eau et de la nourriture.

D’autres habitants ont affirmé à l’AFP avoir vu des corps abandonnés dans les rues ces derniers jours.

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
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