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Les raisons d’une énième défaite de la majorité présidentielle face à Idrissa Seck à Thiès

Les raisons d’une énième défaite de la majorité présidentielle face à Idrissa Seck à Thiès

« Rien ne justifie la défaite, à la présidentielle du 24 février dernier, du candidat de la coalition Benno Bokk Yaakaar (BBY), Macky Sall, dans le département de Thiès ». Cet avis, beaucoup de responsables de la mouvance présidentielle dans la ville aux-deux-gares le partagent.

De même, nombreux sont ceux qui pensent que « la victoire du candidat de la coalition ‘’Idy 2019’’, Idrissa Seck, a été favorisée par l’hypocrisie des lieutenants du chef de l’Etat dans la zone ».

« À Thiès le président Macky Sall n’a pas un problème de bilan puisqu’il a fait plus que l’ancien Premier ministre, Idrissa Seck, dans le département, non plus il ne se pose pas au niveau de la ville un souci de ressources financières ou logistiques parce qu’il en a assez donné.

Mais le germe de son échec réside dans l’absence de ressources humaines compétentes ».

Le constat, sans appel, émane d’un responsable de premier plan de la coalition Benno Bokk Yaakaar dans la capitale du Rail. Notre interlocuteur flétrit des «moins que rien qui ne s’occupent que de leur aisance et celle de leurs courtisans ».

Des « moins que rien » qui auraient fait croire au candidat Macky Sall, durant la campagne électorale, que « Thiès est tombée » alors que « ce sont eux-mêmes qui sont tombés».

Non seulement ces responsables thiessois qui sont ministres, députés, directeurs nationaux et Pca de société, hommes d’affaires bénéficiant de gros marchés, ont été battus dans la ville, mais aussi Idrissa Seck a gagné les trois communes de Diender, Ndiéyène Sirakh et Touba-Toul, en plus de la cité religieuse de Thiénaba Seck, une importante partie de la commune du même nom, différente de Thiénaba Gare.

Et lorsque les responsables du camp présidentiel se glorifient d’avoir augmenté de 20.000 voix leurs suffrages (80.000 aux législatives et 100.000 à la présidentielle), notre responsable apériste anonyme fait remarquer que ses camarades « se sont endormis pendant ce temps pour laisser le candidat de ‘’Idy 2019’’ augmenter son score de 70.000 voix ».

Idrissa Seck pouvait-il dans un très court temps, sans moyens, faire un travail politique qui lui a permis d’engranger 70.000 voix, alors qu’il n’en avait que 50.000 aux dernières législatives ? Au même moment, « les responsables de BBY à Thiès ont obtenu, en termes de moyens matériels et financiers, beaucoup de faveurs mais n’ont pu augmenter leurs suffrages que de 20.000 voix.

Tout le monde a vu les efforts consentis à Thiès par le président Macky Sall. Lequel, au-delà de son bilan élogieux autour des infrastructures autoroutières, hydrauliques, socio-économiques, entre autres, a injecté près d’un milliard de FCFA pour les financements de la Der dans le département».

Et d’ajouter, sous forme d’interrogation:  » n’a-t-il pas, en outre, renforcé le dispositif déjà existant de leaders thiessois ayant des responsabilités au niveau étatique comme ministres, députés, directeurs nationaux, Pca de société, hauts conseillers des collectivités, membres du Conseil économique etc. entre autres»

«Le département privilégié par rapport à la ville dont les leaders sont marginalisés»
Au sein de la Cojer (Coordination des jeunesses républicaines), beaucoup de jeunes responsables déplorent le fait qu’«on n’a pas par exemple un Amadou Bâ, ministre des Finances, au niveau de la ville ».

Et de décrier le fait que « dans le département, qui est privilégié par rapport à la ville où les gens sont loin d’être dans les dispositions de gagner, les 12 maires, en plus de leur statut de premiers magistrats, ont tous des postes de responsabilité au niveau étatique ».

A en croire toujours ces jeunes du parti présidentiel, « le président Macky Sall, compte tenu des résultats qu’il attendait de ses lieutenants, n’a pas accompagné suffisamment la ville de Thiès où se trouve son principal challenger ». Surtout qu’« il aurait dû, depuis le départ vers l’opposition de l’ancien ministre de l’Energie, Thierno Alassane Sall, régler le problème de leadership » au niveau de la commune.

Toutefois certains observateurs de la scène politique locale incriminent le président sortant lui- même dans sa propre débâcle à Thiès. A les en croire, « l’obsession du pouvoir, notamment d’un second mandat avait rendu malvoyant Macky Sall au point qu’il ne pouvait, ou ne voulait, pas discerner les ‘’habiles tromperies’’ que lui font certains de ses ‘’souteneurs’’ qui ne sont en réalité que des ‘’escrocs politiques’’ passés maîtres en matière de duperie.

Telle la «démarche» de l’ancien ministre de l’Environnement sous le régime du président Abdoulaye Wade, M. Thierno Lô et de l’ancien ministre-directeur de cabinet politique du président Abdoulaye Wade, Serigne Mbacké Ndiaye, président de la Convergence Libérale et Patriotique, qui avaient choisi la ville-aux-deux-gares pour officialiser leur décision de soutenir la candidature du président Macky Sall à la présidentielle de 2019. Tous s’étaient produits dans des salles vides.

«Monsieur le Président, ils vous trompent» !
L’heure est maintenant à l’évaluation des résultats de la présidentielle, pour diagnostiquer les causes de la lourde défaite électorale du candidat de Benno Bokk Yaakaar devant Idrissa Seck.

La coordonnatrice de la section locale du réseau des enseignantes et enseignants de l’Alliance Pour la République (APR), Maty Senghor Bèye, qui, elle, s’offusque du fait que « le réseau a été zappé de la distribution des fonds de campagne donnés par le parti », soulève surtout un « problème organisationnel ».

Face au gap de plus de 30.000 voix dans la ville de Thiès et de 20.000 à l’échelle départementale, elle évoque plusieurs facteurs explicatifs de la contre-performance de BBY. Mais, pense l’enseignante, « s’il y avait un minimum d’organisation l’écart serait réduit davantage, même si l’adversaire principal a bénéficié d’un vote affectif ».

La coordonnatrice du mouvement national « Actions Républicaines/Are sa gox-Are Sénégal » et responsable APR à Thiès-Est, Mme Fatimata Ndaw, par ailleurs présidente du Groupement de femmes pour le développement et la promotion de l’entrepreneuriat féminin « Keulouyaye Fatmata », elle, se veut catégorique : « nous ne pouvons gagner des élections à Thiès dans la désunion ».

Et d’attirer l’attention du président de la République sur la « nécessité d’aller dans le sens de la réorganisation du parti à Thiès ». Le président du mouvement national «And Suxxali Sénégal», Mouhamed El Habib Niang, portant un œil critique sur le fonctionnement de la mouvance présidentielle à Thiès, déplore « la pléthore de clans» et « un manque de considération à l’égard des mouvements de soutien qui sont marginalisés, sous-estimés ».

Selon le patron du service du Cadastre du département de Pikine, « aujourd’hui, plus que jamais, toutes les forces vives de la coalition Benno Bokk Yakaar doivent s’asseoir autour d’une table pour voir comment faire pour régler le problème du parti dans la ville de Thiès où il connaît une profonde léthargie malgré tous les postes de responsabilités attribués à ses fils. »

Il se désole du fait que « bien que le président Macky Sall ait débloqué beau- coup de moyens pour aider les responsables locaux, la capitale du rail réputée rebelle est retombée entre les mains de la coalition Orange d’Idrisssa Seck ».

Des responsables à la base n’hésitent pas à incriminer certains « leaders qui peinent à mobiliser, des personnalités politiques plus soucieuses de créer des structures à leur dévotion que de taire leurs egos, se rassembler et conduire le parti vers à la victoire ».

Sont indexés le directeur général de l’Anamo, Maodo Malick Mbaye, le directeur général de l’Agence nationale des Affaires maritimes (ANAM), Mme Ndèye Tické Ndiaye Diop, le directeur général de la Solde, M. Charles Émile Abdou Ciss, par ailleurs président du mouvement « Solidarité Citoyenne Defar Sa Gox ».

Pape Siré Dia et Mouhamed El Habib Niang paient pour leur loyauté au président Macky Sall
Le président du mouvement national  Alliance pour la République » (ALIR), membre de la coalition Benno Bokk Yaakaar, M. Thié Kouaté, et ses camarades ont quitté la barque marron-beige à trois jours du scrutin du 24 février pour rejoindre « Idy 2019 ».

Ils dénoncent « la démarche malsaine de beaucoup de responsables locaux dont le ministre Abdou Fall, Seynabou Ndiéguene, Meulèye Diop, le ministre conseiller Maguette Sèye, lesquels, surtout lors de l’installation des comités électoraux au niveau des communes Nord, Est et Ouest, ont fini de montrer leurs limites en conduisant le parti sur la base de la complaisance et du copinage ».

Selon ces démissionnaires, les responsables cités ci-dessus « ont imposé leur loi pour diriger ces structures électorales à la place des véritables acteurs, artisans du président Macky Sall à Thiès. »

Dans une déclaration intitulée « Boolé population-bi », ils ont décrié la « démarche de ces responsables-là qui, loin de travailler pour la massification du parti, préfèrent plutôt, à coups de machettes, de colts et d’invectives, faire chavirer la barque ».

Une « pédagogie machiavélique » qui en dit long sur « le complot dont fait l’objet le Directeur général du Groupe La Poste et responsable de l’Alliance Pour la République (APR), M. Pape Siré Dia, leader naturel de la mouvance présidentielle a Thiès ».

Un complot ourdi, selon des cadres de l’Alliance pour la République (APR) et plusieurs responsables de mouvements de soutien, par « le coordonnateur départemental de la coalition Benno Bokk Yaakaar, le ministre Augustin Tine, le 3e vice-président de l’Assemblée nationale, le député Abdou Mbow, et le directeur de cabinet du ministre des Forces armées, le Pr Demba Diouf ».

À en croire ces responsables de la coalition présidentielle, « le ministre Augustin Tine, le député Abdou Mbow et le Pr Demba Diouf veulent, pour se dédouaner par rapport à la défaite du 24 février dernier, imputer la responsabilité au Dg Pape Siré Dia, qui n’a commis que le crime de se battre pour le président Macky Sall, d’être sensible aux préoccupations de la jeunesse thiessoise à qui il a offert des emplois, d’avoir ouvert la porte à tous, tendu la main à tous. Il paie pour sa loyauté, sa fidélité au président de la République ».

Cheikh CAMARA

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