Dakar-Echo

Les magistrats prennent Macky Sall à partie

justice_rentree_cours_2015Procureur général près la Cour suprême, Mamadou Lamine Badio Camara a transmis au chef de l’Etat les réprobations de ses pairs face aux affectations à caractère punitif ainsi que le déploiement de certains magistrats dans les administrations.

«Au plan de notre organisation et de notre fonctionnement, le caractère fluctuant des effectifs de la Cour suprême comme des autres juridictions pourrait poser problème en raison de nombreux détachements vers d’autres administrations.

C’est une conséquence de la pluridisciplinarité caractérisée de l’exercice des fonctions judiciaires», constate le procureur général. C’était lors de la traditionnelle audience solennelle de rentrée des cours et tribunaux pour l’année judiciaire 2014-2015 qui s’est tenue hier à la Cour suprême.

De manière implicite, le procureur général indexe le chef de l’Etat comme responsable de cette situation, en sa qualité de président du Conseil supérieur de la magistrature. «Nous devons veiller à ce qu’un nombre important de détachements ne déstabilise le corps, comme vous en avez fait le constat, Monsieur le président de la République, à l’occasion de la dernière réunion du Conseil supérieur de la magistrature», recommande le magistrat.

Mamadou Lamine Badio Camara évoque ainsi la question des détachements à outrance de certains magistrats dans les ministères, directions et autres administrations qui compromettent la bonne marche du secteur de la justice.

En filigrane, il faut aussi comprendre les magistrats dessaisis de certaines affaires dans lesquelles ils n’ont pas joué le rôle voulu par le prince. «Nous avons donc bon espoir que des mesures seront prises non pour enfermer les magistrats dans les juridictions, mais pour promouvoir un nombre de détachements compatible avec leur fonctionnement harmonieux et l’atteinte de l’objectif prioritaire de traitement des affaires dans un délai raisonnable.»

Conditions de travail, bien-être des magistrats, abus des juges, indépendance…

Il ressort du discours du procureur général que les magistrats sont préoccupés par leurs conditions d’existence.

«Avec la diligente écoute qui vous est propre, vous savez mûrir la réflexion pour répondre utilement aux attentes des justiciables comme celles du monde judiciaire, en vaillant à ce que les magistrats soient à l’abri du besoin et que les juridictions fonctionnent dans des conditions de sécurité et de sérénité optimales»,suggère le procureur Camara de la Cour suprême.

Cette remarque survient dans un contexte marqué par une insuffisance de magistrats dans les différentes juridictions nationales…

Cependant, même si des problèmes demeurent, il faut souligner que le régime de Macky Sall a fait des réalisations concrètes dans le secteur de la justice. Et le procureur général l’a bien compris lorsqu’il nuance ses propos.

«Nous nous réjouissons des efforts considérables qui ont été faits en peu de temps, sur les deux dernières années. Il reste à finaliser les importants projets de réforme du statut des magistrats, du conseil supérieur de la magistrature et de l’échelonnement indiciaire»,rappelle-t-il.

Les conditions de travail dans les cours et tribunaux ont aussi été au cœur des préoccupations de la magistrature sénégalaise. «Il reste à parachever la dernière étape, celle de l’audience, avec la dotation en équipements informatiques des salles de délibérations et d’audience».

L’indépendance de la justice a également occupé une bonne place dans le discours du patron du procureur de la République. Une belle transition pour dire halte aux juges tentés par l’abus.

Les complaintes des magistrats ont eu un écho favorable auprès de Macky Sall.

Il a promis de soutenir toutes les réformes pour ancrer l’Etat de droit dans ce pays. «Je voudrais vous assurer de mon engament à soutenir toute réforme allant dans le sens du renforcement de l’Etat du droit en général et de l’amélioration qualitative des services de justice en particulier», promet-il.

Mais il reconnaît déjà que «l’Etat de droit est une réalité suivie au quotidien au Sénégal et la justice doit se faire au service du développement du Sénégal».

Dans son discours, le président du Conseil supérieur de la magistrature soutient que «les justiciables sénégalais exigent de plus en plus une justice diligente, compétente et impartiale».

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

Articles similaires

Laisser un commentaire