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Les «fainéants» français manifestent contre le «roi»

Les «fainéants» français manifestent contre le «roi»

Moins nombreux qu’en 2016, les manifestants contre la loi travail restent très motivés. Reportage dans le cortège parisien.

«On espère être suffisamment nombreux pour faire reculer Emmanuel Macron. Mais cette journée n’est qu’un début!» Cyril tracte pour la CGT au départ de la manifestation parisienne contre la réforme de la loi travail à l’appel de son syndicat. Le militant ose un chiffre: «Il faudrait être 100 000 mais ce sera difficile!»

Nous sommes place de la Bastille et le cortège se met en marche vers place d’Italie, à Paris. Parcours de cette première grande mobilisation sociale contre le président élu il y a cinq mois. Au final, la CGT estime, à Paris, le nombre de participants à 60 000 et la police à 24 000.

A Marseille, à Toulouse, à Metz et encore aux quatre coins de la France, plus de 180 cortèges ont défilé «contre les ordonnances de Macron sur le Code du travail». Au total, le principal syndicat contestataire avance 400 000 manifestants. C’est sans doute très largement compté.

Car ces manifestations en écho à celles de 2016 contre la loi El Khomri, dont la version 2017 se voit qualifiée de «réforme XXL», n’ont pour l’instant pas le même impact. Au niveau de la rue, les syndicats sont désunis (la CFDT et FO absents) tandis que la contestation est trustée par Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise qui manifestera, de son côté, le 23 septembre.

Il y a comme de la concurrence dans l’air en cette curieuse journée de tests pour tous. Pour le gouvernement et pour Emmanuel Macron, qui essuie là sa première épreuve face à la rue. Mais aussi pour les syndicats et les adversaires politiques de la réforme en particulier et du gouvernement en général.

L’équation est simple, bien que périlleuse: faire poids avec la CGT pour donner du crédit à l’opposition mais pas trop pour ne pas se faire voler le leadership. «L’essentiel, c’est d’abroger ces ordonnances scélérates», lance Nelly, son autocollant FO sur sa parka.

La militante défile avec sa section locale bien que la direction centrale n’ait pas appelé à manifester. «Moi, je pourrais défiler sans étiquette. Comme beaucoup de gens ici. Pour les militants, l’essentiel c’est la mobilisation et l’objectif contre la loi travail. Les stratégies des directions nous passent par-dessus la tête!» poursuit Nelly.

«Nous aussi, on est là. Et on espère que nous serons encore plus nombreux le 23 septembre. C’est un samedi, cela devrait aider. On a tous le même mot d’ordre: s’opposer à Macron. Aujourd’hui, c’est syndical. Le 23, ce sera politique», explique Serge, un volubile quinquagénaire qui tracte pour la France insoumise.

Le parti de Jean-Luc Mélenchon qui se veut champion de l’opposition a installé des stands au départ de la manifestation parisienne. Si le tribun de la gauche de la gauche défile à Marseille, deux autres figures sont là, bien présentes. Les porte-parole Raquel Garrido et Alexis Corbière répondent aux chaînes d’info en continu.

Le candidat malheureux du PS lors de la présidentielle, Benoît Hamon, est là aussi. Tout comme le secrétaire général du Parti communiste français, Pierre Laurent. «On est face à un gouvernement qui non seulement n’entend pas, mais qui méprise le monde du travail», lance Philippe Martinez, le leader de la CGT à l’heure de lancer le cortège. En effet, les mots d’Emmanuel Macron, en marge de son déplacement à Athènes, qualifiant les opposants à la réforme de «fainéants», «cyniques» et «extrêmes» sont omniprésents.

«Le roi est nul!»

«Moi, je ne me sens pas particulièrement concerné. Mais sur le principe, il déconne un peu, le Macron, à parler comme ça», confie Mireille, une cégétiste retraitée, sur le ton de la conversation. Sur un ton plus martial, le thème est repris dans les slogans. «Fainéant! Fainéasse! Un charter pour Las Vegas!» scande la troupe derrière un minibus, décibels au maximum.

«Le roi est nul», affiche une pancarte au look très Charlie hebdo. Une autre rigole: «Le peuple est fainéant, mais très bricoleur», sur fond de guillotine. Devant le cortège, les anars et les «black blocks» se sont massés, mais le service d’ordre de la CGT veille au grain.

Au final, les échauffourées et les dégradations ont été minimes. La police, qui a subi quelques jets de projectiles, a procédé a trois interpellations, informe la préfecture. «Ce n’est que le début! Le 21, on sera plus nombreux», veut croire Bertrand à l’arrivée, comme pour masquer une légère déception et annoncer le prochain rendez-vous de la CGT.

(TDG)

dakarecho@gmail.com'
Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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