Dakar-Echo

Les facteurs K ou Key factors – Par Aly Baba Faye

Les facteurs K ou Key factors – Par Aly Baba Faye

Le Conseil Constitutionnel arrivera à terme de la procédure de validation des candidatures. En attendant l’officialisation de la liste des partants j’avoue être trop pressé de savoir si Karim Wade et Khalifa Sall seront ou non parmi les candidats.

Leur exclusion de la compétition pourrait ouvrir une perspective assez intéressante d’un point de vue de l’analyse de scénario. En effet leurs participations respectives à la compétition représentent une variable importante. Sympathiquement j’ai appelé cette variable le « facteur K » de cette présidentielle.

Du fait que ces deux personnages ont en commun, outre l’initiale de leurs prénoms, le fait d’avoir été deux victimes de la CREI qui jouissent d’un consensus reconnu et renforcé par ce qu’il convient d’appeler la dividende de la victime politique très réelle dans le contexte sunugalien.

Par ailleurs il m’était d’amusement de penser cette élection en empruntant une métaphore dans le travail dur de la tôlerie où le facteur-k est un ratio représentant la position neutre par rapport à l’épaisseur de la pièce de tôlerie. La sélection du facteur-K indique la zone de pliage, l’on peut spécifier une table de zones basée sur le facteur K pour plier la tôle.

Pour rebondir sur le scénario politico-électoral, selon mon analyse ces facteurs K pourraient être des « key factors » (facteurs-clés) pour le pliage dans le processus électoral en cours.

Pour l’heure il s’agit de variables inconnues qui cependant pourraient s’avèrer déterminantes ou avoir un effet non négligeable pour déterminer le sort de cette présidentielle.

Qu’adviendra-t-il si Karim et Khalifa seraient exclus? Qui parmi les candidats récoltera leurs consensus et comment ? Essayons d’imaginer des hypothèses.

Si Karim sera exclu de la compétition cela ne n’empêcherait en rien un grand parti comme le PDS de jouer une bonne partition sur le plan de la tactique politique. En fait, dans l’hypothèse d’invalidation de la candidature de Karim, le PDS devrait en toute logique opter pour l’endorsement d’un autre candidat. C’est ici que probablement interviendrait le génie du Pape du Sopi.

En effet cette situation donnera au Gorgui national une position inespérée de potentiel « faiseur de roi » c’est à dire celui qui pourrait décider le successeur de son successeur et principal adversaire politique. En réalité le PR Abdoulaye Wade pourrait se trouver dans une situation qu’il conviendrait de définir « dynamique du paradoxe ». Une situation qui ferait que la non candidature de son fils lui confèrerait la carte pour détrôner celui qui lui avait succédé au Palais.

Donc la question est de savoir pour qui roulera le Pds si Karim n’est pas candidat. Quelle sera l’attitude de Wade Père? Fera-t-il son « endorsement » sur une base idéologique en choisissant un des candidats issus de la famille libérale qu’il a fondé ou bien sera-t-il emmené par la « real politik » à choisir celui qui objectivement aura de réelles chances de mettre KO le candidat Macky Sall ?

En tout état de cause, le Pds ne peut ne pas peser de tout son poids dans cette joute électorale. L’on peut imaginer que maître Wade, en fin politicien, se dressera en maître du jeu ou fera son jeu pour l’être. Puisque tactiquement sa priorité pourrait être de déloger Macky du Palais et de solder ses comptes avec tous ces fils qui lui ont tourné le dos. Donc son « endorsement » sera taré à cet effet.

Mais est ce que Wade père va endosser une parmi les candidatures issues du camp libéral: qui et avec quelle chance de gagner? Idy ou Madické ? Est ce qu’ils peuvent inquiéter le locataire du Palais ? Je ne le crois pas. Par contre si Wade père décide d’endosser la candidature du challenger le mieux positionné pour gagner il fera beaucoup de mal à Macky lui ôtant le pouvoir sans descendre directement sur le terrain.

Dans cette deuxième hypothèse, il n’est pas erroné de penser que son choix pourrait tomber sur Ousmane Sonko avec lequel il entretient de bons rapports. Naturellement le Vieux serait à la régie en appelant autour de cette opération Hadjibou Soumaré, Pierre Goudiaby Atepa, Pape Diop et se fera protagoniste pour un large rassemblement du front anti-Macky qui vienne en soutien à Sonko.

Même Bougane et Serigne Mansour Sy Djamil, Cheikh Bamba Dièye, Thierno Alassane Sall pourraient endosser la candidature de Ousmane Sonko. Et là le leader de Pastef devrait faire œuvre de maturité politique pour être le capitaine d’une équipe et penser à un gouvernement de transition et mettre de côté une partie de ce qu’il a décliné comme sa vision, se concentrant sur l’objectif tactique de venir aux affaires dans le Sénégal du pétrole et du gaz.

Alors sur quelle base programmatique devra gouverner une équipe aussi hétérogène? Réformes institutionnelles, Révision de l’acte 3 de la décentralisation en le liant à la réforme fiscale (autonomie impositive), réforme de la justice (Cour Constitutionnelle en lieu et place du Conseil Constitutionnel), réduction du train de vie de l’état et élaboration d’un nouveau code pétrolier etc…. En toute évidence la dissolution de l’assemblée nationale pour avoir une majorité solidaire à la nouvelle phase de la politique nationale.

Naturellement le raisonnement sur cette hypothèse ne prend pas en compte le facteur K lié à Khalifa Sall qui aussi devrait se prêter au même jeu. Si la candidature de Khalifa sera invalidée son électorat sera divisé entre PUR et Pastef. En effet l’amitié entre l’ex-idyle de Dakar et le garant moral du PUR, Serigne Moustapha Sy est secret de polichinelle mais dans sa coalition il y’en aura qui choisiront Ousmane Sonko comme l’a déjà fait transparaître Barthélemy Diaz.

Mais le facteur k lié à Khalifa Sall pourrait préfigurer un troisième pôle autour des affinités politiques de l’ex édile de la capitale: PUR, Aissata Tall Sall, Bamba Dièye, Barthélemy Diaz et peut-être même Serigne Mansour Sy Djamil et Malick Gakou.

En conclusion l’on peut dire que pour le locataire du Palais l’exclusion de K & K ne joue pas à sa faveur s’il veut passer au premier tour. Et dans les scénarii que j’ai imaginé ci dessus un deuxième tour sera inévitable et l’on sait bien que s’il va au deuxième il perdra l’élection présidentielle. Mais l’opposition pourrait se faire mal toute seule en optant pour la théorie de la chaise vide (boycott) ou en restant cloisonné dans des raisonnements partisans. Et Macky fera tout pour dit-il réduire l’opposition à sa plus infine signification.

Aly Baba Faye
Sociologue–Analyste Politique  – Ex-conseiller de cabinet  Du vice-ministre italien de l’intérieur à Rome

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

Articles similaires

Laisser un commentaire