Dakar-Echo

Le sommet Fonds Bleu débute au Congo

Le sommet Fonds Bleu débute au Congo

Kinshasa – Au centre d’un sommet dimanche à Brazzaville, l’immense fleuve Congo a toujours suscité les projets les plus titanesques d’Afrique, depuis le transfert de ses eaux pour remplir le lac Tchad jusqu’à la méga-centrale hydro-électrique Inga.

Dimanche, plusieurs chefs d’Etat africains sont attendus à Brazzaville, dont le président Macky SALL qui a quitté Dakar ce samedi, avec le roi du Maroc en invité d’honneur, pour un sommet « Fonds bleu » en faveur du développement du deuxième plus grand fleuve d’Afrique après le Nil (4.700 km).

Deux mois avant la réunion de Brazzaville, des experts et des diplomates avaient remis au goût du jour au Nigeria une vieille idée pharaonique: creuser un canal de 2.600 km depuis la République démocratique du Congo à travers la Centrafrique pour détourner les eaux du Congo via son affluent l’Oubangi, en faveur du lac Tchad menacé d’assèchement.

A cheval sur quatre pays (Nigeria, Niger, Tchad, Cameroun), le lac Tchad est le bassin de vie de 40 millions de personnes.

Le projet, nommé Transaqua (transfert des eaux), a refait surface en l’absence de la RDC. Il a déjà réussi un vrai tour de force, en faisant l’unanimité contre lui à Kinshasa en cette période de crise politique.

Transaqua représente « un danger pour la République », a estimé le député de la Majorité présidentielle (MP) Patrick Kakwata, membre de la commission Environnement, pas loin de parler d’atteinte à la « souveraineté ».

Le leader de l’opposition et candidat à la présidentielle de décembre Félix Tshisekedi a également considéré le transfèrement des eaux du fleuve Congo comme « un risque pour la stabilité du pays » lors de son premier meeting de campagne mardi.

A Kinshasa, les experts affirment surtout que Transaqua compromet le plus grand projet du pays, Grand Inga, un barrage hydro-électrique dans la province du Bas-Congo, que le fleuve traverse avant d’aller se jeter dans l’océan Atlantique.

Grand Inga, ou encore « Inga 3 », doit compléter et moderniser les deux centrales vieillissantes entrées en service entre 1972 et 1982 sur les chutes Inga à 260 km en aval de Kinshasa.

Au fil des années, « Inga 3 » a été le projet de tous les superlatifs: « équivalent de 24 centrales nucléaires, il pourrait satisfaire 40% des besoins énergétiques du continent africain », résumait en 2017 le think tank français Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

« S’il venait à être réalisé, avec un coût voisin de 50 à 80 milliards de dollars, ce gigantesque projet de six barrages – installé sur le site exceptionnel des chutes d’Inga qui débitent selon les saisons entre 30.000 et 60.000 m3 d’eau par seconde – pourrait produire jusqu’à 40 gigawatts d’électricité, soit deux fois plus d’énergie que le barrage des Trois Gorges en Chine », ajoutait l’Iris.

Pour l’instant, la réalité est moins lumineuse. L’immense majorité des 70 à 90 millions de Congolais n’ont pas l’électricité. Les autres subissent de nombreuses coupures.

Faute de financement, le Grand Inga est resté sous l’eau jusqu’en 2013 lorsque l’Afrique du Sud a promis d’acheter plus de la moitié de la production d’électricité du futur barrage, garantissant une viabilité financière au projet.

Nouveau retour en arrière en 2016, quand la Banque mondiale a annoncé qu’elle interrompait ses financements, arguant d’une « décision du gouvernement de la RDC de donner au projet une orientation stratégique différente de celle qui avait été convenue en 2014 ».

Le projet a connu un espoir de redémarrage en juin 2017, quand les autorités congolaises ont assuré que deux consortiums étrangers rivaux allaient travailler ensemble: l’espagnol ACS et China Three Gorges Corporation.

La RDC espère toujours que le Grand Inga sera opérationnel au milieu de la prochaine décennie. Et Kinshasa affirme avoir besoin de toute la force des eaux du fleuve Congo. Dans cette optique, le projet Transaqua risque d' »impacter le débit du fleuve Congo et cela va avoir des conséquences sur la réalisation de ce grand projet d’Inga », estime à l’AFP le ministre de l’Environnement Amy Ambatobe.

« Les études qui ont été réalisées pour le projet Inga ont été faites sur base de la régularité du débit du fleuve Congo et de ses deux affluents principaux », l’Oubangi et le Kasaï, détaille le ministre.

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

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