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Le roi Salman d’Arabie Saoudite promet la continuité

salmaneLe roi Abdallah d’Arabie Saoudite est décédé. Son frère, le prince héritier Salmane lui succède.

Le roi Abdallah d’Arabie saoudite est décédé tard jeudi 22 janvier au soir. Son frère, le prince héritier Salmane lui succède à la tête du premier pays exportateur de pétrole au monde, acteur-clé du Moyen-Orient.

Le nouveau roi Salmane d’Arabie saoudite a déclaré vendredi qu’il n’y aurait pas de changement dans la politique du royaume et a appelé à l’unité parmi les musulmans divisés par la guerre.

«Nous resterons, avec la force de Dieu, sur le chemin droit que cet Etat a suivi depuis sa création par le roi Abdel Aziz Ben Saoud et par ses fils après lui», a dit le roi, dont les propos étaient retransmis à la télévision.

Il a nommé par décrets le prince Mohammed ben Nayef futur prince héritier et l’un de ses fils, Mohammed ben Salmane, ministre de la Défense. Le prince Mohammed ben Nayef était jusqu’ici ministre de l’Intérieur.

Une décennie à la tête du pays

Abdallah a officiellement gouverné le royaume saoudien pendant une décennie, mais il en tenait en réalité les rênes depuis l’attaque cérébrale dont avait été victime son demi-frère, le roi Fahd, une décennie plus tôt.

«Avec une grande tristesse, son Altesse Royale, le prince héritier Salmane Ben Abdel Aziz, Al-Saoud et tous les membres de la famille et la nation expriment des condoléances au Gardien des deux mosquées sacrées, le Roi Abdallah Ben Abdel Aziz Al-Saoud, qui est décédé à 1h vendredi» (23h suisses jeudi), a annoncé un présentateur à la télévision d’Etat après la récitation d’une prière du Coran.

Abdallah, qui devait être âgé de 91 ans, a officiellement gouverné le royaume saoudien pendant une décennie. Il en tenait en réalité les rênes depuis l’attaque cérébrale dont avait été victime son demi-frère, le roi Fahd, une décennie plus tôt.

Souffrant d’une pneumonie, Abdallah avait été hospitalisé le 31 décembre à Ryad. Son état de santé avait nécessité la mise en place d’un tube pour l’aider à respirer. L’âge avancé du souverain et ses multiples hospitalisations alimentaient les rumeurs sur l’avenir du royaume saoudien, allié de Washington et des Occidentaux dans la lutte contre les djihadistes du groupe Etat islamique et Al-Qaïda.

Un ami précieux

wade_abdallahLe président américain Barack Obama a très vite rendu hommage au roi Abdallah, saluant un ami précieux et un dirigeant «sincère» ayant pris des décisions courageuses au Moyen-Orient.

Le premier ministre canadien Stephen Harper a pour sa part déploré la perte d’«un ardent défenseur de la paix au Moyen-Orient».

De son côté, le président français François Hollande a «salué la mémoire d’un homme d’Etat dont l’action a profondément marqué l’histoire de son pays et dont la vision d’une paix juste et durable au Moyen-Orient reste plus que jamais d’actualité».

Les dirigeants du monde ont rendu un hommage appuyé au roi Abdallah d’Arabie saoudite, décédé vendredi, certains saluant un « défenseur de la paix au Moyen-Orient », d’autres un partisan du dialogue entre les musulmans et l’Occident.

Le président russe Vladimir Poutine a salué un « homme politique sage et un dirigeant qui jouissait de l’amour et du respect de ses sujets ».

« Nos pays ont travaillé ensemble à relever de nombreux défis et j’ai toujours (…) apprécié notre amitié véritable et chaleureuse », a déclaré pour sa part le président américain Barack Obama, dont le pays est un allié politique et économique de poids de l’Arabie.

L’Iran chiite, dont les relations avec le rival régional saoudien ont été très tendues ces dernières années, a présenté ses condoléances et annoncé que son chef de la diplomatie, Mohammad Javad Zarif, se rendrait à Ryad samedi, au lendemain des funérailles.

Alors que le Moyen-Orient est secoué depuis 2011 par d’énormes bouleversements assortis de conflits meurtriers, le Premier ministre canadien Stephen Harper a salué « un ardent défenseur de la paix » dans la région.

Pour le président français François Hollande, qui se rendra en Arabie saoudite, la vision d’Abdallah « d’une paix juste et durable au Moyen-Orient reste plus que jamais d’actualité ».

Le roi Abdallah fut « une figure respectée dans toute la région du Moyen-Orient pour sa volonté de contribuer à résoudre les conflits », a estimé aussi le ministère espagnol des Affaires étrangères.

‘Défenseur de la paix’

Le Premier ministre britannique David Cameron a dit retenir son engagement « en faveur de la paix et du renforcement de la compréhension entre les religions ».

Pour la chancelière allemande Angela Merkel, la politique du roi défunt était « équilibrée et modérée », saluant un homme qui a défendu « le dialogue entre le monde musulman et l’Occident ».

Le président du Conseil européen, Donald Tusk l’a qualifié de « partenaire solide de l’Union européenne ».

Au Moyen-Orient, le Liban, qui entretient des relations étroites avec Ryad, a dit avoir perdu un « défenseur et un partenaire » qui s’est tenu aux côtés de Beyrouth « dans les moments difficiles ».

Le président tunisien Béji Caïd Essebsi a vu dans le roi quelqu’un « qui a veillé (…) à appuyer les causes de la justice, de la paix et du développement dans le monde arabe et musulman et dans le monde ».

Son pays, comme l’Algérie et la Mauritanie, a déclaré trois jours de deuil et l’Egypte sept.

Ce décès « est non seulement une perte pour l’Arabie saoudite mais également pour le Maroc et la nation islamique tout entière », a déploré le roi Mohammed VI.

Plusieurs dirigeants ont écourté ou annulé des visites ou des réunions pour se rendre aux funérailles.

C’est le cas du roi de Jordanie Abdallah II qui a quitté de manière anticipé Davos, en Suisse, où il participait au Forum économique mondial, selon les organisateurs. Son pays a déclaré 40 jours de deuil.

Le président israélien Reuven Rivlin a salué un « dirigeant exemplaire par son jugement solide, réfléchi et responsable ».

Brassards noirs

Pour le président turc Recep Tayyip Erdogan, le roi a contribué « au renforcement de la coopération et de la solidarité dans le monde musulman, en particulier en ce qui concerne la question palestinienne et la situation en Syrie ».

Lors de la Coupe d’Asie des nations de football à Sydney, les joueurs des Emirats arabes unis, qui affrontaient le Japon, portaient des brassards noirs.

L’Indonésie, le plus grand pays musulman du monde, a rendu hommage à un homme « qui a apporté des réformes et la prospérité à sa nation, un défenseur de l’unité arabe dans une région souvent divisée ».

Le Premier ministre malaisien Rajib Razak a salué un « grand leader pour son initiative d’un dialogue inter-religieux » et le président afghan Ashraf Ghani a souligné ses efforts de médiations dans le processus de paix dans ce pays.

Le Japon et la Chine ont aussi vanté son rôle pour la paix et la stabilité du Moyen-Orient.

Seul bémol à cette pluie d’hommages, Amnesty International a dénoncé un régime « insensible aux droits de l’Homme » et les « nombreux pays occidentaux » qui l’ont « protégé ».

L’ONG a donné l’exemple du cas du blogueur Raef Badaoui, condamné pour « insulte à l’islam » à dix ans de prison et 1.000 coups de fouet, une punition « médiévale », pour Amnesty.

En 2002, la Ligue arabe avait adopté un plan saoudien pour la paix entre Israël et les pays arabes qui fait toujours référence aujourd’hui.

Plus récemment, l’Arabie Saoudite avait pris la tête des pays qui avaient lutté avec fermeté pour le maintien à son niveau actuel de la production pétrolière des pays de l’OPEP, au risque de voir s’accélérer la chute des prix du brut (-50% depuis juin).

Les cours du pétrole échangé à New York ont marqué un fort rebond après l’annonce du décès d’Abdallah. Le baril de «light sweet crude» (WTI) pour livraison en mars s’appréciait de 0,93 dollar, soit 2,01%, à 47,24 dollars dans les premiers échanges électroniques en Asie après être monté de 3,1% à New York.

Salmane nouveau roi

Le souverain sera enterré vendredi après les prières de l’après-midi et les citoyens seront invités à prêter allégeance au nouveau roi et au prince héritier au palais royal, ajoute la déclaration officielle sur la disparition du souverain.

Son demi-frère Salmane, qui cumulait également les fonctions de ministre de la Défense depuis octobre 2011 et avait été nommé prince héritier en juin 2012, lui succède sur le trône, à l’âge présumé de 79 ans. Et Moqren, demi-frère d’Abdallah, a été désigné prince héritier, selon le communiqué du palais.

Né en 1945, Moqren est le plus jeune fils d’Abdelaziz Al-Saoud, le fondateur de l’Arabie Saoudite.

Depuis le décès de ce dernier en 1952, le trône a été occupé successivement par plusieurs de ses fils. La désignation de Moqren doit encore être approuvée par le Conseil d’allégeance, composé des membres de la famille royale.

Pas très réformateur

Ces derniers temps, les apparitions publiques du roi étaient devenues de plus en plus rares, et il se faisait régulièrement représenter par le prince Salmane Ben Abdel Aziz, comme lors du dernier sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG) début décembre au Qatar.

Abdallah a certes gardé la première puissance pétrolière mondiale à l’abri des crises du monde arabe, mais a déçu les attentes des réformateurs, notamment sur la place de la femme dans la société. De fait, il s’est souvent trouvé tiraillé entre les ailes libérale et conservatrice de la famille royale, ce qui a certainement paralysé son action

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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