Dakar-Echo

Le prix du baril de pétrole au plus bas depuis 5 ans, les députés exigent sa baisse à la pompe

TOTAL STATIONLe baril de pétrole a chuté lundi à son plus bas niveau depuis cinq ans, pénalisé par la décision de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) de ne pas réduire sa production.

A Londres, le Brent pour livraison en janvier a atteint un plus bas depuis octobre 2009, à 67,53 dollars, tandis que le «light sweet crude» (WTI) côté à New York et pour livraison à la même période est tombé au plus bas depuis juillet 2009, à 63,72 dollars.

Les prix du pétrole ont continué de dégringoler après la décision jeudi de l’Opep de maintenir son objectif de production à 30 millions de barils par jour. Même si certains opérateurs trouvent la réaction des marchés exagérée compte tenu du fait que la décision de l’OPEP était largement anticipée, une offre surabondante, combinée à une faible croissance de la demande, devrait continuer à peser sur les cours l’année prochaine, estiment les analystes.

«Il n’y a aucune fin en perspective pour cette baisse des prix du pétrole, puisqu’un énorme excédent d’offre, d’environ 1,5 million de barils par jour, est attendu pour le premier semestre 2015 et va continuer à peser sur les cours,» note Commerzbank.

La décision de l’Opep est vue comme une réponse à la récente expansion du pétrole de schiste américain, qui grignote les parts de marché du cartel. Si l’Opep avait décidé de réduire sa production, elle serait entrée dans un cercle vicieux où elle n’aurait cessé de réduire son offre pour lutter contre la baisse des prix face à l’augmentation de la production américaine, estiment les experts de la Société Générale.

Malgré un recul de plus de 40 dollars des cours du baril de pétrole depuis plus de deux an, l’Etat continue de confisquer les fruits de cette dégringolade du baril au détriment des consommateurs. C’est pourquoi, hier, lors du vote du budget du ministère de l’Enegie, la représentation nationale a demandé au gouvernement une révisio à la baisse du prix des carburants.

Les députés sénégalais veulent sa baisse à la pompe
Les prix du pétrole continuent de s’effondrer. Mais pas pour le Sénégal. Du moins, selon la volonté des autorités. Car même si la décision des douze pays de l’OPEP, la semaine dernière, de ne pas diminuer la production journalière en la maintenant à 30 millions de barils par jour, accentue cette chute libre des cours de l’or noir, l’Etat joue toujours la prudence et capte encore les fruits de cette dégringolade du baril vers 60 dollars.

Ce que fustigent les députés. Hier, lors de l’examen du budget du ministère de l’Energie et du Développement des énergies renouvelables, les députés ont unanimement demandé une révision à la baisse du prix des carburants dont la hausse a toujours été justifiée par celle de ces mêmes cours du baril de pétrole.

Pour le député Cheikh Oumar Sy, cela s’explique d’autant plus que le président de la République, alors candidat en 2012, avait trouvé anormal que le carburant malien coûte moins cher qu’au Sénégal où il transite. «Lors de notre installation en 2012, le prix du baril était à 109 dollars et aujourd’hui il est à 70 %.

Pour insuffler l’économie, il faudra baisser les prix. L’Etat ne doit pas se focaliser sur ses propres recettes», dit M. Sy.

La députée Awa Dia Thiam n’en dira pas moins. Elle qui appelle à une diminution du prix à la pompe pour permettre aux Sénégalais d’acheter leur essence à un prix au moins abordable mais aussi pour moins d’effets induits sur le prix du transport

Au-delà de la baisse logique des prix du carburant, la chute du prix baril devrait également se refléter sur le pouvoir d’achat des Sénégalais. Car, on devrait assister à un recul des prix à la production. Ainsi, automobilistes, compagnies pétrolières, le transport aérien, la boulangerie, bref tout le tissu industriel devrait profiter de ce recul du prix du baril.

Du côté des consommateurs également, on réclame cette baisse des carburants. Amadou Kanouté, Directeur exécutif de l’Institut panafricain pour la citoyenneté, les consommateurs et le développement (Cicodev Afrique), que nous avons joint par téléphone, juge ce refus du gouvernement «incompréhensible».

Car, dit-il, l’Etat s’est engagé à caler les prix du carburant sur le cours mondial et de procéder à un réajustement tous les 2 mois. «Le prix du carburant a un impact sur tous les facteurs de production et les services : le prix du transport en particulier, la fabrication des produits qui demande de l’énergie et donc leur prix au consommateur, le prix de l’électricité pour les ménages», fait-il remarquer.

Non sans signaler qu’une électricité chère ne peut que nuire à la compétitivité de notre économie et provoquer une compression de la demande car les consommateurs achèteront moins de produits. Mais, poursuit-il, plus grave encore, ils se tourneront vers les produits et services venant de l’extérieur s’ils sont moins chers et ce sera encore un coup dur porté à notre politique du consommer local.

….L’Etat justifie son refus

Acculé par les députés, le ministre de l’Energie et du Développement des énergies renouvelables a expliqué le maintien de la structure des prix des carburants par un mécanisme de stabilisation mis en place depuis plusieurs mois suite à une forte demande de la population pour éviter les fluctuations. «On s’est fixé un plafond et un plancher en disant qu’entre les deux, les prix seront maintenus fixes.

Si les prix sur le marché international descendent en deçà des prix planchers, une baisse sera répercutée à hauteur de la différence entre ce plancher et le prix. Dans l’autre sens aussi, on va répercuter cette différence. C’est un système avec ses avantages et ses inconvénients», soutient Maïmouna Ndoye Seck.

Venu à sa rescousse, le ministre du Budget, Birima Mangara pense qu’il faut faire très attention entre le prix du baril brut et celui raffiné. Il signale que, généralement, quand la cotation est faite sur le prix des matières premières, elle est toujours donnée brute. Ce qui veut dire, selon lui, que son impact fini ne peut pas être le même. «Il faut s’assurer que le prix du baril est structurel et non conjoncturel.

S’il est structurel, vous pouvez, sur cette base, construire vos hypothèses budgétaires. Mais s’il est conjoncturel et qu’en tant qu’Etat vous vous précipitez à baisser un certain nombre de prix pour des produits qui sont liés à ce baril vous risquez de fausser votre cadrage budgétaire. Et le plus grand danger de fausser son cadrage, c’est d’aller vers des déficits extrêmement profonds et des partenaires et de défaire son socle de mobilisation de ressources internes.

Donc, finalement de fausser les projections d’une gestion », explique le ministre du Budget. Qui rappelle que la structure de prix actuellement en vigueur permet de soutenir le secteur énergétique dans sa globalité. «Le soutien budgétaire au secteur est de 137 milliards 346 millions de francs Cfa.

Appliquer la vérité des prix à la pompe veut également dire appliquer la vérité des prix de l’autre côté. Que la Senelec applique les véritables prix, que le gaz butane soit vendu au prix de revient, qu’on ne rembourse pas aux transporteurs qui sont à Dakar les pertes de recettes pour la vente à l’intérieur du pays», rétorque M. Mangar qui estime que ces recettes retournent à la société.

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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