Dakar-Echo

Le mobile provoque un boom des start-up en Afrique

le-mobile-provoque-un-boom-des-start-up-en-afrique-web-tete-0204145807498Le continent est en pointe sur les usages liés au mobile. De plus en plus de start-up apparaissent, en particulier au Kenya et au Nigeria.

Et si l’avenir de la technologie était en train de se dessiner… en Afrique ? Depuis plusieurs années déjà, le continent voit se multiplier des initiatives et des pratiques qui pourraient bien être adoptées, sous peu, par l’Europe et l’Amérique. C’est ainsi que les trois quarts des Kényans utilisent déjà leur téléphone pour effectuer des paiements.

Au Nigeria, 88 % du trafic Internet passe par les réseaux mobiles (contre seulement 30 % aux Etats-Unis, par exemple). Et le Rwanda a lancé un vaste programme pour devenir la première économie « cashless » (sans argent liquide) au monde d’ici à 2017. De profondes transformations toutes liées à l’explosion du mobile sur le continent et au dynamisme de certaines entreprises pionnières.

Car, si l’Afrique est restée à l’écart de la première révolution du Net, elle mène largement la deuxième, celle du mobile : 880 millions d’Africains possèdent déjà un téléphone portable (chiffres de l’association GSMA), sur un total de 1,1 milliard d’habitants, quand il n’y a que 14 millions de lignes fixes sur tout le continent (soit moins qu’à Manhattan). Et le potentiel de croissance des smartphones est énorme : on estime que, d’ici à 2020, 80 % des smartphones de la planète se trouveront dans les marchés émergents.

« Native mobile »
Plusieurs sociétés profitent déjà de ce boom (voir ci-contre) et de plus en plus de jeunes entrepreneurs se lancent dans l’aventure, un peu partout sur le continent. « Tout se joue autour du mobile, assure Stone Atwine, fondateur ougandais de Remit, une solution de paiement mobile internationale qui s’adresse notamment aux émigrés. Nous sommes “native mobile”, nous sommes sans doute les mieux placés pour comprendre ses mécaniques. »

Ces opportunités conduisent à l’émergence de nouveaux hubs, comme le Kenya, qui a l’avantage de bénéficier de bonnes infrastructures, notamment au niveau des réseaux de télécommunications, le Nigeria, plus gros marché potentiel avec ses 180 millions d‘habitants (et plus de 400 millions en 2050), et, bien sûr, l’Afrique du Sud. Mais d’autres suivent, comme le Rwanda ou l’Ouganda, qui ont adopté des politiques volontaristes, ou encore le Sénégal.

Pour Ted Boulou, entrepreneur camerounais qui a fait ses études à Polytechnique et qui s’est installé depuis peu au Sénégal, « il y a deux manières d’appréhender le marché : attendre le développement d’une classe aisée, qui consomme comme les Occidentaux, veut des iPhone, des iPad, etc.

Et, dans ce cas, on peut copier des concepts européens ou américains, mais cela peut être long. Ou viser la base, beaucoup plus large, mais, dans ce cas, il faut oublier tout ce qu’on apprend en école de commerce et se confronter aux réalités. » Lui a mis au point Somtou, une solution clefs en main pour les commerces de proximité, très développés en Afrique, mais aussi en Asie ou en Amérique latine.

Sur un terminal dédié, résistant et simple, à mi-chemin entre la tablette et la caisse enregistreuse, il propose aux petits commerçants de scanner, enregistrer et suivre toutes leurs ventes. Avec, au final, des données qui peuvent intéresser les grands groupes. « Quand Coca-Cola met un panneau publicitaire au fin fond de l’Afrique, il ne peut pas savoir précisément l’impact que cela aura sur ses ventes. Là, il peut le savoir en temps réel. » Et l’outil est adapté à tous les milieux : il fonctionne notamment avec une recharge solaire.

La barrière du financement
D’autres start-up s’attaquent aux problèmes structurels du continent. C’est ainsi que BRCK (Kenya) développe une clef 3G qui donne accès à Internet dans les zones les plus reculées et est largement utilisée par les paysans pour améliorer leurs rendements. Et M-Kopa, fondé par un Australien installé à Nairobi, a déjà apporté l’électricité à 180.000 foyers grâce à un système d’énergie solaire, géré par mobile.

Reste le problème majeur du financement. De nombreux entrepreneurs doivent stopper leurs développements faute d’argent frais. « Il y a très peu d’investisseurs locaux et l’Afrique attire encore trop peu les capitaux, indique Ted Boulou. Et les investisseurs étrangers ne comprennent pas toujours les enjeux locaux. »

Selon une étude de la société d’investissement VC4Africa, les investissements dans les start-up africaines auraient plus que doublé en 2014, portés par la levée record de l’e-commerçant nigérian Konga (25 millions de dollars). Mais ils restent bien en dessous des niveaux investis en Europe, en Amérique ou en Asie, avec quelques dizaines de millions de dollars au total.

NICOLAS RAULINE / JOURNALISTE

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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