Dakar-Echo

Le « Kasak » (chants pour circoncis) se meurt à petit feu

Le « Kasak » (chants pour circoncis) se meurt à petit feu

Rufisque, 21h. Dans un quartier de ce chef-lieu de département de la région de Dakar, une foule des personnes assiste passionnément à un « Kasak », chants et danses pour circoncis.

Aux paroles des chanteurs rythmées par les tam-tams, les circoncis sont invités un à un à danser, de même que les spectateurs, notamment les jeunes filles.

Le tout se déroule à la lumière d’un grand feu de bois autour duquel le public s’est réuni.

Malgré leur invite à la danse, les chants déclamés par des adultes s’adressent d’abord à la dizaine de circoncis et, partant de là, portent notamment sur la bonne conduite en société, l’honneur, le courage, la fidélité en amitié et en amour ainsi que la probité. Autant de qualités morales que l’ont doit inculquer aux circoncis pour qu’une fois obtenu le statut de « vrai homme» que leur conférera la guérison de l’opération chirurgicale subie, ils sachent se conduire en société.

Savourant fièrement la cérémonie, Djiby Guissé dont quelques-uns de ses enfants font partie des circoncis, explique : « J’ai organisé ce rituel pour transmettre à mes enfants ce dont nous avons hérité de nos parents. Enfant, j’ai eu la chance de vivre ces moments d’initiation extrêmement important dans la vie d’un homme ».

Insistant sur la portée de la circoncision, il souligne la nécessité de dépasser l’opération chirurgicale en profitant du temps mis pour la guérison de la plaie pour armer moralement le circoncis en perspective de la future vie qui l’attend.

Aliou Niang, un adulte de cinquante ans venu assister au «Kasak », ne tarit également pas d’éloges sur la fonction initiale de cette cérémonie, soulignant sa régularité durant toute la durée du « Leul », le lieu de séjour des circoncis. Au temps anciens, il se situait dans un bois un peu éloigné des maisons.

« C’est grâce au « leul » que l’homme s’offre une conduite et un itinéraire qui le guidera toute sa vie», explique M. Niang, une pointe de nostalgie dans la voix.

Chez des ethnies comme les Socé, on sortait même le « Kankourang», un individu masqué aux pouvoirs surnaturels dont la fonction est de mettre les circoncis à l’abri des esprits maléfiques durant le « Leul ».

Il a fallu les éclairages des ces deux adultes pour faire une plongée dans la source initiatique du « Kasak » et du « Leul » car, à se limiter seulement sur la cérémonie se déroulant sous nos yeux on a, souvent, eu l’impression d’assister à n’importe quel évènement festif. Tant les rythmes et les danses étaient endiablés, couvrant les paroles des chanteurs censés pourtant être des messages à l’endroit des circoncis.

Interrogé sur le caractère festif du « Kasak » d’aujourd’hui, Yoro Boye, moniteur d’éducation, relève d’abord qu’à cause de l’urbanisation des cérémonies du genre se tiennent de moins en moins. Le « Kasak » ainsi que le « Leul » sont en train de disparaître, déplore-t-il, indexant à ce propos la tendance des parents à circoncire leurs enfants en bas âge voire même dés la naissance.

L’autre fait concourant à la mort programmée du « Kasak » relève, selon M. Boye, de « l’individualisation des familles » qui, au lieu d’amener leurs circoncis dans un « Leul », préfèrent les garder à la maison.

A en croire le moniteur, la société d’aujourd’hui perd beaucoup dans cette négligence du « Kasak » qui, entre autres secrets, permet de savoir qui des circoncis s’approchent le plus de la guérison. En effet, souligne-t-il, l’œil sagace des « Selbé » (les encadreurs) savait les détecter parmi les plus agiles à la danse au rythme du « Kasak ».

Habitée par « la vertu curative » du Kasak », Khady Dia, une vieille femme venue assister à la cérémonie a du mal à cacher sa joie. « Ces Kasak me rappellent ceux de mes trois garçons devenus tous des chefs de famille maintenant », se souvient-t-elle, affirmant que du temps de sa jeunesse l’un des rêves de toutes les filles était d’assister au « Leul » de leurs futurs enfants.

« Hélas, ces pratiques traditionnelles se meurent aujourd’hui et, pour moi, c’est très dommage car des rituels comme la circoncision via le Leul protègent, éduquent et, surtout, fortifient l’homme », assène la vieille femme.

Oumou Khary Fall

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

Articles similaires

Laisser un commentaire