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Le FMI monte une unité anti-corruption et songe à faire de la gouvernance une condition de prêt

Le FMI monte une unité anti-corruption et songe à faire de la gouvernance une condition de prêt

Réfléchissant à élargir les critères de conditionnalité de ses programmes de prêt aux questions de gouvernance et de lutte anticorruption, le Fonds monétaire international se dote, pour la première fois de son histoire, d’une division anticorruption.

Officiellement, et contrairement à son institution sœur la Banque mondiale, qui dispose d’une unité « Intégrité », le Fonds monétaire international (FMI) ne s’occupe pas de corruption.

En réalité, les choses sont en train de changer en profondeur : le FMI travaille depuis le mois dernier en vue de se doter d’une division capable de mener des enquêtes sur d’éventuels manquements aux règles de gouvernance dans les pays qui bénéficient de ses prêts.

Cette évolution, qui n’a fait l’objet d’aucune annonce, s’est concrétisée début février avec la création d’une unité « Governance and Anti-corruption » au sein du département juridique de l’institution. Emmanuel Mathias a discrètement été promu à sa tête : vétéran du sein du service de renseignement financier Tracfin, où il a passé six ans, le Français a rejoint le FMI en 2005, où il s’est depuis occupé en priorité de questions de blanchiment et de financement du terrorisme. Depuis sa nomination, il recrute activement en vue de se constituer une équipe.

RÉFORME POTENTIELLEMENT EXPLOSIVE
En parallèle, le FMI, qui revoit régulièrement les critères de conditionnalité de ses prêts – la dernière révision remonte à 2018 -, travaille à inclure les questions de gouvernance et de lutte contre la corruption parmi ceux- ci. La réforme est potentiellement explosive, car le Fonds, contrairement à la Banque mondiale, s’est toujours borné à exiger que les pays qui bénéficient de ses prêts respectent des seuils strictement quantitatifs et macroéconomiques, à l’exclusion de toute autre variable.

Ces dernières années, plusieurs études internes à l’institution ont plaidé pour l’adoption de critères dits « macrosociaux », notamment en matière d’emploi.

Au conseil d’administration de l’institution, l’adoption de la gouvernance comme critère de conditionnalité devrait occasionner des débats houleux, car plusieurs pays membres, en particulier la Chine, ont toujours manifesté leur hostilité envers une telle mesure.

Ces dernières années, le FMI avait cependant commencé à suspendre les décaissements de programmes envers les pays jugés trop cavaliers vis-à-vis des questions de gouvernance. L’un des premiers à faire les frais de cette nouvelle politique a été le Congo qui, un an après avoir conclu un programme avec le FMI en 2019, a vu les décaissements de l’institution suspendus, au point de devoir intégralement renégocier un second programme deux ans plus tard

Avec Africa Intelligence

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