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Le chanteur nigérian Sadiq Zazzabi accusé d’immoralité après un clip vidéo controversé

Le chanteur nigérian Sadiq Zazzabi accusé d’immoralité après un clip vidéo controversé

Kano (Nigeria) – Chanteur populaire dans le nord musulman du Nigeria, Sadiq Zazzabi, accusé d’ « immoralité » après un clip vidéo controversé mettant en scène des danseuses, dénonce une arrestation « politique » qui n’a, selon lui, rien à voir avec le respect de la charia.

Connu pour ses chansons en haoussa sur l’amour, les questions de société et la politique, il se dit victime de la rivalité féroce opposant deux grandes figures politiques de l’Etat de Kano.

Début mars, l’artiste de 38 ans est tombé sous le coup du puissant conseil de la censure qui évalue la décence des oeuvres culturelles (films, musique, livres) dans cette région conservatrice majoritairement musulmane.

Le chanteur est poursuivi devant le tribunal de Kano après la diffusion – sans approbation – sur internet du clip d’une chanson intitulée « Maza bayan ka » (Tous derrière toi) où figurent des danses de femmes, et qui a été jugé « immoral » par le procureur.

Mais Sadiq Zazzabi affirme qu’il a été inculpé parce que la chanson exprime son soutien ouvert à l’ancien gouverneur de l’État, Rabiu Kwankwaso, et accuse – sans le nommer – son successeur Umar Ganduje d’avoir détruit son héritage.

« Les bourses d’études étrangères ont été bloquées (…) les services de maternité gratuits dans les hôpitaux ont cessé, le paiement rapide des salaires aussi. Votre torpeur nous tourmente », chante-t-il notamment, tandis que des images montrent M. Kwankwaso acclamé par ses partisans lors de meetings politiques.

« Mon arrestation est politique », a-t-il récemment déclaré aux journalistes après avoir comparu devant le tribunal. « J’ai été arrêté pour mon soutien politique à Kwankwaso ».

Le gouvernement de M. Ganduje a toutefois nié avoir ordonné son arrestation.

M. Kwankwaso a été gouverneur de l’Etat de Kano de 1999 à 2003 et de 2011 à 2015, et ministre de la Défense dans le gouvernement fédéral du président Olusegun Obasanjo.

Il y a deux ans, l’ancien gouverneur s’est présenté – en vain – contre l’actuel chef de l’Etat Muhammadu Buhari pour porter les couleurs du All progressive congress (APC) à la présidentielle, avant de devenir sénateur.

Beaucoup au Nigeria lui prêtent de nouvelles ambitions présidentielles pour le scrutin de 2019.

Depuis que Ganduje lui a succédé, les deux hommes se livrent à de complexes luttes d’influence pour le contrôle de la politique dans l’Etat de Kano.

Sadiq Zazzabi est un fervent partisan de Kwankwaso et en dénonçant une arrestation politique, il pointe clairement du doigt son rival. Mais le chef du conseil de la censure de Kano, Ismail Afakallahu, a qualifié ces accusations de « chantage bas ».

En attendant, les mésaventures judiciaires de l’artiste rencontrent un certain écho. Une foule de sympathisants, dont des cinéastes et musiciens, ont afflué au tribunal depuis le début du procès pour le soutenir, notamment en diffusant sa chanson controversée.

Beaucoup étaient vêtus de caftans blancs et coiffés de chapeaux rouges – caractéristiques du mouvement politique « Kwankwasiyya » (pro-Kwankwaso). Lors d’une audience, le juge leur a ordonné de sortir de la salle pour pouvoir lire sa décision, mais en vain. L’audience a été ajournée et le chanteur libéré sous caution.

Le conseil de censure de Kano a été créé en 2002 pour réglementer l’industrie locale florissante du cinéma et de la musique, qui touche un public de 60 millions de haoussaphones dans le nord du pays, mais aussi à travers l’Afrique de l’Ouest.

Son approbation est obligatoire avant toute diffusion pour s’assurer que les oeuvres artistiques sont conformes à la loi islamique (charia) en vigueur parallèlement aux systèmes judiciaires fédéraux et étatiques dans 12 Etats du nord du Nigeria.

Le contact physique entre hommes et femmes dans les films est interdit, de même que les chants et danses interprétés par les femmes, et toute démonstration d’affection amoureuse jugée obscène.

Plusieurs cinéastes et chanteurs ont déjà été censurés pour avoir abordé des questions comme l’amour interdit ou le mécontentement politique.

L’an dernier, Dahiru Daukaka, un chanteur populaire de Yola (nord-est), a été kidnappé quelques jours après la sortie d’une chanson dénonçant la corruption du parti au pouvoir. Il a finalement été libéré indemne.

Les démonstrations de soutien à Sadiq Zazzabi, selon des observateurs, pourraient coûter cher à Ganduje, qui cherche à consolider sa base pour briguer un second mandat en 2019.

D’après l’analyste politique Adamu Musa, « qu’il soit coupable ou non, l’arrestation de Zazzabi continuera d’être perçue comme une chasse aux sorcières politique en raison de son penchant pour le camp Kwankwasiyya ».

dakarecho@gmail.com'
Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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