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L’attentat raciste anti-musulmans en Nouvelle Zélande dans deux mosquées a fait au moins 49 morts

L’attentat raciste anti-musulmans en Nouvelle Zélande dans deux mosquées a fait au moins 49 morts

Deux attaques à l’intérieur de mosquées de Christchurch, bondées en ce vendredi de prière, ont fait des dizaines de morts et de blessés. Trois personnes sont en garde à vue, dont le tireur qui s’est filmé pour revendiquer son geste terroriste.

Des fusillades à l’intérieur de deux mosquées de Christchurch, troisième ville de Nouvelle-Zélande, ont fait de nombreux morts et blessés en pleine prière du vendredi.

Une chronologie encore floue. La première attaque se serait produite à l’heure du déjeuner, sur Linwood avenue. La seconde serait intervenue à 13h40, heure locale (1h40 du matin, heure de Paris), dans une autre mosquée, sur Deans avenue, dans la deuxième ville du pays. Pendant plusieurs heures, un seul tireur était évoqué, mais il semblerait désormais que trois tireurs soient impliqués.

Au moment de la première fusillade, la mosquée Masjid al Noor, sur l’avenue Deans, était remplie de fidèles, parmi lesquels les membres de l’équipe nationale de cricket du Bangladesh. Ceux-ci sont ressortis indemnes. Mais trente personnes au moins n’ont pas eu cette chance.

Un témoin a raconté au site Internet d’information Stuff.co.nz qu’il était en train d’y prier quand il a entendu des tirs. En prenant la fuite, il a vu sa femme morte devant l’édifice religieux. Un autre homme a dit avoir vu des enfants se faire abattre. « J’avais des corps partout sur moi ».

De nombreuses victimes. Au fil de la journée, le nombre de morts a grimpé, pour atteindre 49 victimes à 21 heures, heure locale (9 heures, heure française). 41 ont été tuées dans la mosquée Al-Noor de Deans avenue. Par ailleurs, 48 personnes sont hospitalisées pour blessures par balles, dont une vingtaine dans un état grave. Des enfants figurent parmi les blessés. Douze blocs opératoires fonctionnent ce vendredi soir, des patients nécessitant des interventions multiples.

La 2e ville du pays bouclée. Un vaste périmètre de sécurité a été mis en place dans la ville par les forces de l’ordre, interdisant tout déplacement. Sitôt après les attaques terroristes, la police a demandé aux fidèles d’éviter les mosquées en ce jour de prière. « La police répond au maximum de sa capacité pour affronter la situation, mais les risques restent extrêmement élevés », a-t-elle dit dans un communiqué. Toutes les écoles ont été confinées jusqu’à 17h50 (heure locale, soit 5h50 en France). La municipalité avait ouvert un numéro de téléphone d’urgence pour les parents inquiets du sort de leurs enfants, qui participaient à la marche mondiale pour le climat non loin de là.

Vers 23 heures, heure locale (11 heures du matin en France), les forces d’intervention ont bouclé un quartier de Dunedin. Les habitants alentour ont été évacués.

Un déluge de balles en direct sur les réseaux sociaux. Le tireur a filmé son attaque et l’a diffusée en direct sur Facebook et Instagram. Dans cette vidéo de 16 minutes, désormais bloquée par les réseaux sociaux, l’homme se présente comme Brenton Tarrant. Il affirme venir d’Australie, avoir 28 ans. Un « terroriste extrémiste de droite et violent », a accusé très tôt le Premier ministre australien Scott Morrison.

Selon le média australien 9News, Tarrant vivrait en Nouvelle-Zélande.

Après s’être filmé dans l’habitacle de son break beige, tandis qu’il se rend à la mosquée Al-Noor, il montre ses armes dans le coffre, barbouillées de messages revendicatifs et d’allusions à ses motivations. On aperçoit des munitions en quantité, et des bidons d’essence. Au moment où il quitte sa voiture pour se diriger vers la mosquée de Deans avenue, on l’entend dire « Que la fête commence » (« Let’s get this party started »).

Tarrant ouvre le feu dès la porte d’entrée, avec une arme automatique, ne s’arrêtant que pour remplacer son chargeur vide par un magasin plein. C’est un déluge de balles. On le voit aussi revenir sur ses pas pour abattre les blessés. Puis retourner à au break récupérer des munitions, pour de nouveau pénétrer dans le bâtiment.

La vidéo s’achève alors qu’il prend la fuite en voiture.

Un manifeste politique contre « l’invasion » des musulmans. Une heure avant de passer à l’acte, le terroriste a aussi publié un lien vers un « manifeste » de 74 pages expliquant son geste. Dans ce texte intitulé « Le grand remplacement », qui prend la forme d’une interview, il dit avoir reçu la « bénédiction » d’Anders Breivik, terroriste norvégien d’extrême-droite qui a fait 77 morts et 151 blessés en juillet 2011 à Utoya et Oslo.

Il écrit aussi vouloir « venger les centaines de milliers de morts causées par les invasions étrangères en Europe tout au long de l’histoire » et les « milliers de victimes des attentats ». Il évoque de nombreuses fois la France, où, selon ses dires, il se trouvait en avril et mai 2017 : l’élection présidentielle française aurait déclenché son envie de passer à l’action, alors qu’il constatait « l’invasion » dans « chaque commune ».

Enfin, il qualifie le second tour Macron-Le Pen de « duel ridicule » entre « un ex-banquier mondialiste, capitaliste » et « une insipide nationaliste », dont il s’est tout de même pris à espérer la victoire. « Ma foi dans une solution démocratique s’est envolée » après l’élection du « banquier anti-blancs ».

Quatre suspects arrêtés, trois restent en garde à vue. La police de Nouvelle-Zélande a annoncé l’arrestation de quatre personnes. « Quatre personnes sont en garde à vue, trois hommes et une femme », a confirmé le commissaire Mike Bush, sans donner aucune précision sur les conditions d’interception des suspects. L’une de ces arrestations a été filmée par un automobiliste. On voit des policiers atteindre une voiture blanche, juchée sur un trottoir après avoir été heurtée par la voiture de police. Un homme habillé de sombre en est extirpé, il ne se débat pas mais rien ne permet de savoir s’il a été tué, blessé, assommé dans la collision ou s’il se laisse faire.

Aucune des quatre personnes arrêtées n’était connue des services antiterrorisme. « Il ne s’agit pas de personnes passées sous les radars », a affirmé la Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern.

Dans la soirée, l’une d’elles a été relâchée. Deux autres restent en garde à vue. La quatrième, vraisemblablement Brenton Tarrant, devrait être présentée à un juge samedi matin (vendredi dans la nuit, heure française).

Deux voitures piégées. Les démineurs de l’armée ont désamorcé deux engins explosifs artisanaux qui ont été retrouvés dans les véhicules des suspects arrêtés.

La Première ministre défend les valeurs néo-zélandaises. « Nombre de ceux qui ont été directement touchés par cette fusillade pourraient être des migrants, ce pourrait même être des réfugiés », avait réagi la cheffe du gouvernement de Wellington dans une allocution télévisée, trois heures après les faits. « Nous n’avons pas été choisis pour cet attentat, a-t-elle poursuivi, parce que nous tolérons le racisme et que nous sommes une enclave pour l’extrémisme. Nous avons été visés précisément parce que nous rejetons tout cela. Nous avons été visés parce que nous représentons la diversité, la gentillesse, la compassion, un havre pour ceux qui partagent ces valeurs. […] Et ces valeurs, je vous l’assure, ne sont pas menacées par cette attaque ».

What has happened in Christchurch is an extraordinary act of unprecedented violence. It has no place in New Zealand. Many of those affected will be members of our migrant communities – New Zealand is their home – they are us.

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