Dakar-Echo

L’afrofusion, nouvelle vague chic

fashion-and-beauty-paris-black-fashion-week-model-runwayOptimistes et porteurs d’une vision multiraciale du monde, les blogs et sites internet de mode afro confirment une tendance qui perce dans tous les secteurs : l’Afrique c’est chic. De Los Angeles à Abidjan en passant par Paris, enquête sur ces blogueuses qui popularisent la mode afropolitaine et reflètent les espoirs de tout un continent.

Afropolitaine, afropéenne, afrofusion… une nouvelle vague de blogs de mode fleurissent avec une énergie qui fait vibrer les écrans.

Afrostylemag.com aux États-Unis, sapelle.com en Angleterre, fashizblack.com en France, myafrofashion.com au Canada, la cartographie des blogs et webzines de mode colle à celle de la diaspora africaine. Et annonce l’effervescence d’un continent porté par la jeunesse.

Web entrepreneuse d’origine camerounaise aujourd’hui à la tête d’une entreprise de communication à Abidjan, Paola est l’exemple de cette jeunesse élevée et éduquée en Europe mais avec des rêves de Sud, de terres chaudes et de racines. « Je constate que le courant afro-centré est très fort chez les jeunes qui sont fiers de leurs origines.

Ce courant n’est pas revendicateur, on se réapproprie juste notre culture. Ça fait partie de la tendance selon laquelle l’Afrique c’est chic. Et ça n’est pas seulement du marketing car le continent est bel et bien en train de renaître. » Pour Chayet Chiénin, rédactrice du blog francophone Nothingbutthewax, le blogging mode reflète aussi une jeunesse intégrée, biculturelle et tournée vers le monde.

« Nous, enfants issus de l’immigration, traversons une forme de révolution qui s’exprime par un désir de retour aux sources. Nous sommes souvent très éduqués et nous n’avons pas traversé les mêmes difficultés que nos parents. Nos défis sont différents, notre vision du monde est multiculturelle. »

Des blogs de mode pour rendre visibles des femmes invisibles

Du street style, des interviews de créateurs, des bons plans, des leçons de style, des conseils beauté, les webzines et blogs de mode répondent aux attentes très fortes de cette génération de femmes noires, métisses ou nord africaines en quête d’infos et surtout de visibilité. « En 2007, le blogging mode était florissant mais aucun ne représentait les femmes noires ou la mode afro.

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C’est pour cela que j’ai créé Fashizblack avec deux copines étudiantes. On a commencé par mettre en ligne des photos de street style de filles anonymes mais très vite le blog a pris de l’importance et on a dû s’adapter. » Un an plus tard, le trio d’étudiantes lance le premier webzine de mode afro, dont le serveur sous-dimensionné explose dès le premier jour. Un petit bug annonceur du succès de Fashizblack.com qui depuis s’est imposé dans le paysage des réseaux sociaux et affiche plus de 180 000 fans sur Facebook.

Lasse de voir la femme africaine enfermée dans les stéréotypes, la française d’origine ivoirienne Chayet Chiénin a lancé Nothingbutthewax il y a 4 ans dans le but « de montrer de belles choses et d’offrir une autre vision que celle de la femme africaine en boubou. »

Documenté et pro, son blog est vite repéré par les fashionistas mais aussi par les professionnels du monde de la mode et de la presse. De ce blog, Chayet vient de faire un tremplin vers une carrière de consultante auprès des marques et des investisseurs.

Une mode pimentée d’afrofusion

En Californie, de l’autre côté de l’océan Atlantique, le trio de la rédaction d’Afro Style Mag marque de son empreinte arty, l’univers de la mode afropolitaine. Actif sur Facebook depuis 2009, le webzine vient de publier son dixième numéro et compte déjà 500 000 abonnés.

Pour sa fondatrice Amaka Nkele Onyioha, il était important « de raconter l’histoire de la culture africaine d’un point de vue africain décentré. » Ce principe de base se traduit par un métissage de styles appelé « afrofusion ». Sophistiquée et très contemporaine, l’iconographie d’Afro Style Mag véhicule une vision subtile de la mode africaine.

« Parfois cette touche afro ne tient qu’à un détail, un accessoire ou un motif, qui a lui seul raconte une petite partie de l’héritage africain », précise Amaka qui a baigné dans la culture ibo (Nigéria) de ses parents tout en grandissant en Angleterre. Très suivi par la communauté afro-américaine, antillaise et par les Africains anglophones du monde entier, le webzine souhaite aussi s’adresser à l’Afrique du Nord où les attentes sont fortes.

« L’Afrique est multiculturelle et multiraciale, elle ne se réduit pas une couleur de peau. Vous pouvez être noir, métisse mais aussi blanc ou maghrébin », tranche Amaka. Pour Jason Maddox, le directeur artistique afro-américain du webzine, « la mode africaine a trouvé la place qu’elle mérite grâce au web.

Avec les blogs et les sites internet, les créateurs africains se font connaître directement, sans devoir passer par des tendanceurs européens. Je pense aussi que la mode africaine transmet des valeurs plus universelles car elle est plus proche de la nature. Parfois moins glamour, elle apporte un supplément d’âme dont nous avons besoin. »

Par Stéphanie O’Brien 

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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