Dakar-Echo

La trilogie Senghorama de Pap Bâ présentée ce 20 février: ce que disent les images derrière les mots

En 2006, le photographe sénégalais Pap Ba publiait « Nuit de Sine », le premier album d’une série qu’il consacrera à Léopold Sédar Senghor.

senghorSenghorama, c’est le nom de cette trilogie, est un genre aussi hybride que son auteur.

Nous sommes entre la photographie et la poésie comme nous sommes entre l’image et le texte. Parler d’un auteur serait même plutôt réducteur car il y en a plusieurs : plusieurs personnalités culturelles, hommes et femmes, ont participé à ces trois projets.

Des poètes, comédiens, peintres, universitaires, photographes, sculpteurs etc. Les Tomes 2 et 3, intitulés respectivement « In Memoriam » et « Femme Noire », comme le précédent d’ailleurs, ont été produits par Edit’art, la maison d’édition qui porte l’empreinte de Pap Ba et qui fait dans le « beau livre ». On trouve dans cette trilogie de savoureux poèmes et de sublimes images.

La cérémonie de dédicace officielle aura lieu le 20 février prochain au West African Research Center (WARC). Ensuite seulement, Pap Ba aura un peu de répit. Il n’envisage pas de trouver une suite à ces trois numéros, à moins que ce ne soit sous la forme d’un hors-série « en langues nationales ou pour les tout-petits ». Nous l’avons rencontré hier lundi 26 janvier 2015 dans les locaux de Sud Quotidien où il nous a rendu visite.

Pap Ba est photographe, depuis 1977 s’il vous plaît, mais il aurait pu faire autre chose…Sculpteur, menuisier ou mécanicien, tous ces métiers-là auraient pu lui convenir. Tout, pourvu qu’il puisse jouer avec ses doigts. En 2006, remontons dans le temps, il publiait ce qui sera le premier tome d’une trilogie intitulée Senghorama, et où la référence au président Léopold Sédar Senghor est incontestable. L’album qui date d’il y a 9 ans reprenait à l’époque le titre d’un poème de Senghor, le fameux «Nuit de Sine».

Une publication qui regroupe alors toute une série de personnalités culturelles appelons-les comme cela, car elles sont venues d’un peu partout. Pour cet hommage à la fois poétique et photographique rendu au président-poète, Pap Ba s’était plutôt bien entouré, avec entre autres la danseuse et chorégraphe Germaine Acogny, le peintre Ibou Diouf, le poète et comédien Lucien Lemoine alors en vie et l’écrivaine Nafissatou Dia Diouf sans oublier l’inclassable Issa Samb alias Jo Ouakam qui l’accompagnaient. Certains de ces hommes et de ces femmes ont dû séjourner là-bas dans le Sine où sur les pas de Senghor, la nuit est devenue la plus fidèle de leurs conseillères.

Les images que l’on doit à ces pérégrinations nocturnes portent l’empreinte d’un professionnel comme Pap Ba, mais pas seulement. Car certaines photos ont été prises par ce qu’on pourrait appeler des «amateurs» avec ce petit truc en plus. La plasticienne Germaine Anta Gaye, le plasticien Ndary Lô, et l’artiste Félicité Kodjo se sont entre autres prêté au jeu du flash, même s’il faut préciser que Pap Ba s’est «toujours montré disponible», que ce soit pour un coup de main ou pour un coup d’œil, quand on sait que « c’est assez difficile de prendre des photos de nuit, parce qu’il n’y a pas de lumière ». Ce fut un succès.

L’aventure se poursuit…
Car sans cela, dit Pap Ba, il ne se serait pas lancé dans cette nouvelle aventure : les deux autres tomes ont pris le temps qu’il fallait, mais ils sont aujourd’hui sortis d’imprimerie. Intitulé « In Memoriam » et parrainé par l’architecte sénégalais d’origine haïtienne Gérard Chenet, le deuxième numéro aurait pu voir le jour beaucoup plus tôt, entre 2009 et 2010.

Mais la maladie de son père, que l’expérimenté photographe évoque avec émotion, puisque celui-ci ne s’en remettra pas, avait rendu les choses impossibles. Autour de Pap Ba, le principe est le même que pour l’épisode précédent : que chacun puisse se souvenir à sa manière du président-poète et entreprendre avec lui «ce voyage fait d’anecdotes dans le temps de la mémoire».

Le Tome 3 a pour marraine la romancière Aminata Sow Fall que Pap Ba connaît depuis assez longtemps puisqu’elle lui enseigna le français lorsqu’il était encore à l’école. De l’auteur de « La grève des Bàttu », il garde un souvenir impérissable, sans doute parce que sa personnalité de « femme forte et engagée (l’aura) marqué ».

Ce numéro est une jonction entre le thème du 15ème Sommet de la Francophonie (Pap Ba a en effet pu bénéficier du soutien de la Francophonie) qui faisait aussi honneur aux femmes, et la poésie de Senghor puisqu’il s’intitule «Femme noire», du nom de ce poème qui « ne quitte plus Senghor ». Jamais auparavant Pap Ba n’avait convié autant de photographes à se lancer dans cette aventure que pour ce troisième tome, mais son coup de flash préféré, c’est sans doute celui d’Ousmane Ndiaye Dago.

Pour rassembler toutes ces personnes à chaque fois, il a fallu que Pap Ba les rencontre, les unes à la suite des autres. Certaines parmi elles étaient d’ailleurs frustrées de n’avoir pas participé au premier numéro, celui de 2006, et lui a voulu se racheter. D’autres se laisseront ensuite convaincre. Pap Ba se souvient que pour son premier album, certains de ceux qui avaient vu son œuvre lui avaient dit tout le bien qu’ils en avaient pensé.

Mais il dit qu’il a surtout besoin que l’on se montre un peu plus sévère à son égard et qu’on ne lui jette pas que des fleurs. Il dit que c’est peut-être parce qu’en général on ne s’appesantit que très peu sur les petites imperfections, et qu’une œuvre n’est d’ailleurs jamais parfaite. A un moment, on sait seulement qu’il faut s’arrêter.

Pap Ba ou la retraite à 107 ans… peut-être
Pap Ba est un homme curieux, touche-à-tout, il aime le cinéma et les voyages, comme il aime les idées qui s’entrechoquent…Il n’est pas ce qu’on pourrait appeler un autodidacte. Le métier de photographe, il l’a appris, et très tôt d’ailleurs. Il se souvient qu’en classe de seconde déjà au Lycée technique Maurice Delafosse, il sera fasciné par son professeur d’anglais qui est aussi photographe. Lui aussi voulait apprendre à voir le monde retranché derrière son appareil magique, et jouer les indiscrets.

Les week-ends après la classe, il suit l’enseignant et s’introduit jusque dans sa chambre noire où dans l’obscurité, les images s’assument enfin, là-bas à l’abri des regards intrus. Lorsqu’il évoque sa relation avec la photographie, il en parle comme d’une prison dorée parce que son métier a la couleur de la passion.

Des photos, il en prend quasiment tous les jours, et n’allez pas lui parler de retraite parce qu’il ne l’envisage pas vraiment. Peut-être lorsqu’il« titubera » à 107 ans…Et peut-être aussi qu’à ce moment-là comme il dit, il lui suffira seulement d’ « avoir les yeux grand ouverts » pour capturer les plus belles images.

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

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