Dakar-Echo

La mobilisation des victimes fait reculer l’excision à Kolda

La mobilisation des victimes fait reculer l’excision à Kolda

Dans la région de Kolda, au Sud-Est du Sénégal, où la pratique de l’excision est ancrée, les victimes et les potentielles victimes mènent une campagne de sensibilisation sans relâche.

L’heure n’est pas à la sieste, ce mercredi 15 mars 2017 à 15 heures au quartier Bantanguel de Kolda, au Sud-Est du Sénégal. Les jeunes filles, les unes après les autres, convergent vers la maison familiale de Oumou Barry, l’ex-présidente du Club des jeunes filles. La cour de sa maison est leur quartier général. Depuis trois ans, elles ont pris leur destin en main. Elles mènent une campagne tambour battant contre les grossesses précoces, les mariages précoces et les mutilations génitales.

Leurs armes, ce sont les mots. «Nous pouvons dire que les mutilations génitales ont reculé. Les clubs des jeunes filles y ont contribué. Ce n’est pas facile de convaincre les adultes qui sont attachés à nos pratiques ancestrales», nous confie l’ex-présidente du Club des jeunes filles de Bantanguel. Depuis trois ans, elles organisent des séances de causerie, des visites à domicile et le porte-à- porte pour échanger sur les pratiques qui hypothèquent l’avenir des jeunes filles dans la région de Kolda.

Adama Lajo Diallo, âgée de 20 ans, et Salimata Bâ, 18 ans, étaient en première ligne dans la croisade contre ces fléaux. Elles pensent qu’elles n’ont pas prêché dans le vide. «Nous pouvons dire que les cas d’excision ont diminué grâce à l’implication des filles qui sont les premières victimes.

Mais il faudra reconnaître qu’il reste du travail dans des villages», a laissé entendre Adama Lajo Diallo. Comme à Bantanguel, peu avant 16 heures, des filles, certaines arrivant à pied, d’autres à bord des motos «Jakarta», au Centre Conseil pour les Adolescents ( Cca) de Kolda. C’est leur point de convergence tous les mercredis après-midi. Elles sont environ une quarantaine ce mercredi 15 mars. La timidité de quelques-unes contraste avec l’énergie de la masse. Elles sont toutes engagées contre leurs «ennemis communs» qui ont pour noms «mariages et grossesses précoces», «infections sexuellement transmissibles (IST)», «mutilations génitales féminines».

Leur ton est révélateur de leur conviction. «A travers cette campagne «Ne touche pas à ma sœur», il a été demandé aux jeunes filles si elles sont prêtes à dénoncer les cas d’excision», déclare Josiane Biaye. Les réponses de quelques filles ne souffrent aucune équivoque. Le voile noir enroulé sur la tête, Oumou Awa Baldé au bord des larmes a juré de ne plus taire les cas d’excision pour le reste de sa vie. «Je jure de dénoncer une femme qui pratique l’excision, fût-elle ma maman», dit-elle presque en tapant sur la chaise.

Les lignes bougent

Au bureau de l’Ong Tostan, sis à Nord Foire, à Dakar, les actrices se gardent de crier victoire après plus de 20 ans sur le terrain de la sensibilisation. Ce lundi 28 août 2017, la fondatrice et directrice exécutive de Tostan, l’Américaine Molly Melching, transmet une passion débordante. «Je tiens d’abord à préciser que ce sont les communautés qui décident d’abandonner l’excision. Tostan ne fait que son travail d’information et de sensibilisation sur les droits humains d’une manière générale», fait-elle remarquer.

La pratique persiste. Les lignes bougent. Au Sénégal, on a dépassé la période où celles qui parlent d’excision étaient traînées dans la boue. Molly Melching n’est plus victime d’injures dans les rues de Malicounda, dans la zone de Mbour. «Nous savons que nous n’avons pas un taux de 100% d’abandon dans les villages qui ont décidé de tourner le dos à cette pratique. Mais nous avons obtenu un taux réel d’abandon d’environ 70%», pense Molly Melchning. L’acquis de taille, c’est l’engagement des leaders religieux dans la sensibilisation.

Le poids de l’argument médical

L’argument médical a tout son poids dans la diminution de la prévalence. Certaines filles n’ont pas survécu à la mutilation génitale. D’autres n’ont pas transcendé le syndrome post-traumatique. «Nous avons eu des filles qui sont décédées suite à la pratique de l’excision à cause des hémorragies. Certaines filles excisées qui sont devenues femmes ont des difficultés lors des accouchements. D’autres traînent encore le traumatisme», rapporte Penda Mbaye, responsable Sénior programme à Tostan.

Ces éducateurs savent bien que le chemin est encore long. Selon le rapport annuel de 2016 du Programme conjoint de l’Unfpa-Unicef sur les Mutilations génitales féminines (MGF), aujourd’hui au Sud du Sénégal, la prévalence de l’excision tous âges confondus est 47% chez les filles contre 77% chez leurs aînées il y a quelques années.

Dans le nord, cette prévalence est de 31% chez les jeunes femmes de plus 15 ans et 22% chez les moins de 15 ans. Pour le responsable suivi-évaluation, Mady Cissé, le défi, c’est d’affiner les méthodes d’évaluation de l’abandon de cette pratique au sein des communautés.

Par Idrissa Sané

dakarecho@gmail.com'

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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