Dakar-Echo

La Malaisie, premier investisseur asiatique en Afrique devant la Chine et l’Inde

kuala_lumpurDiscrète, la Malaisie se hisse au troisième rang mondial des investisseurs sur le continent africain, y devançant les géants chinois et indiens.

Les partenariats conclus par le pétrolier Petronas, par les conglomérats agroalimentaires Wah Seong ou Sime Darby, ont permis à Kuala Lumpur de rayonner en Afrique du Sud, au Congo ou encore en Sierra Leone.

Toutefois, la multiplication des scandales politiques, sociaux et environnementaux pourrait vite exposer le tigre malais aux mêmes difficultés que celles du dragon chinois. 

De par ses activités économiques et son énorme potentiel à prospérer, le continent africain est une destination privilégiée pour nos investissements. Grâce au développement durable et à la redistribution équitable des richesses, la stabilité finira par l’emporter ».

Hussein Haniff , représentant permanent de la Malaisie auprès des Nations Unies, fut l’un des premiers dignitaires politiques à commenter les résultats présentés lors de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) qui s’est tenue en mars 2013.

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Contre toute attente, le rapport The Rise of BRICS FDI and Africa plaçait Kuala Lumpur en tête des pourvoyeurs de fonds issus des pays émergents en Afrique, devant Pékin et New Delhi. Classée troisième derrière la France et les États-Unis, la Malaisie a multiplié par cinq ses Investissements directs étrangers (IDE) sur la dernière décennie.

Ainsi les IDE malaisiens en termes de flux ont-ils atteint 19,3 milliards $ contre 16 milliards pour la Chine et 14 milliards pour l’Inde. Concernant l’IDE par stock, les 19 milliards € de Kuala Lumpur s’octroient la quatrième place du classement, devancés par Paris, Washington et Londres. Plusieurs facteurs clefs peuvent expliquer cette montée en puissance. Tout d’abord, la Malaisie a bénéficié d’une croissance soutenue au cours des dix dernières qui lui a permis de consolider sa présence.

Contrairement à la perception occidentale d’une Afrique en proie à pléthore d’obstacles politiques fragilisant toute vision économique à moyen terme, les pays émergents asiatiques ont parié, à raison, sur la diversité du potentiel offert.

Mais là où Chinois et Indiens ne capitalisaient que 4 % de leurs IDE sur le continent en 2011, les Malaisiens en injectaient 24 %.

Un pari gagnant qui devrait, selon l’Agence Ecofin, se confirmer par un écart plus important encore d’ici à 2020. De plus, l’investissement malaisien en Afrique se trouve également stimulé par un fort soutien gouvernemental qui a orienté, dès les années quatre-vingt-dix, les financements extérieurs vers le renforcement de la coopération Sud-Sud et la promotion des bénéfices mutuels.

Discrétion et absence d’ingérence

Tout comme Pékin, Kuala Lumpur conjugue le principe des intérêts réciproques à l’absence d’ingérence dans les affaires internes africaines pour asseoir son hégémonie dans de nombreux secteurs tels que l’extraction de matières premières, l’exploitation gazière et pétrolière, l’agroalimentaire ou encore les services bancaires et financiers.

Pour ce faire, la majorité des capitaux pourvus notamment par la Maybank transitent par Maurice, devenu premier récipiendaire des IDE malaisien. Selon le World Investment Report 2013, le pays « offre aux investisseurs étrangers les faveurs d’un centre financier offshore dans l’océan Indien, permettant de bénéficier d’avantages fiscaux importants.

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Ainsi, Maurice s’est transformée en passerelle d’où transitent les fonds d’investissement entre l’Afrique et l’Inde ». Enfin, la Malaisie bénéficie d’un atout majeur face à ses rivaux : la discrétion.

Moins exposée médiatiquement que les financements chinois ou indiens, l’influence de l’investissement malaisien en Afrique reste cependant obscure, tant sur le nombre de personnel africain recruté que sur l’impact des projets réalisés dans les investissements réalisés par le gouvernement.

En combinant les chiffres officiels et les estimations des investissements non déclarés, Pékin domine toujours ».

Prédominance sur le marché sud-africain Premier partenaire de la Malaisie sur le continent, l’Afrique du Sud n’a cessé de voir progresser les échanges commerciaux ces dernières années. Ils sont passés de 1,27 milliard $ en 2008 à 1,81 milliard en 2012, dynamisés par l’activité intensive de Petronas qui a su imposer sa prédominance en matière d’exploration, de développement et de production pétrolière et gazière sur plus d’une vingtaine de nations africaines.

Enregistrant un chiffre d’affaires annuel de plus de 97 milliards $, cette multinationale détenue par le gouvernement malaisien tire 58 % de sa production internationale des 80 % qu’il détient sur Engen Petroleum Ltd – le plus grand détaillant de carburant national – Petronas dispose de sa propre raffinerie basée à Durban et opère dans près de 1 600 stations-service à travers l’Afrique subsaharienne.

Une présence qui pourrait s’accroître encore si l’on en croit les conclusions du South Africa Malaysia-Business Forum qui s’est tenu opportunités significatives sur le secteur infrastructurel et invite les entreprises malaisiennes à venir investir ».

Face à l’appel de Pretoria, le Premier ministre malaisien, Najib Razak, assurait être « prêt à participer à l’essor du pays selon les conditions qui lui seront offertes », conditionnant cependant toute action économique à « l’avenir de nos investissements présents, en particulier Petronas ».

Expansion vers le nord du continent

Également leader sur les marchés d’Afrique australe tels que le Botswana, le Mozambique ou encore le Zimbabwe, le géant malais cherche à présent à étendre sa domination au nord du continent.

En plus de sa filière soudanaise Petronas en août 2013 à Kuala Lumpur Marketing Soudan Limited (PMSL), déjà active aux côtés de ses concurrents chinois sur les fronts de la commercialisation et la vente au détail de produits pétroliers, Petronas envisage de se développer en Algérie. « Mon pays veut renforcer les liens avec la Malaisie. Un secteur à fort potentiel collaboratif est l’exploration pétrolière.

Nous invitons Petronas à s’associer avec nos entreprises », déclarait le Premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal, en juillet 2013 dans le cadre du Global Smart Partnership Dialogue organisé à Dar es Salaam.

Un sommet qui fut aussi l’occasion pour la Malaisie, organisatrice de l’événement en 2015, de raffermir ses relations avec l’hôte tanzanien. S’appuyant sur son Programme de transformation économique (ETP), Kuala Lumpur avait alors lancé les négociations en vue de la construction d’un axe autoroutier reliant Dar es Salaam aux autres villes côtières de Tanzanie : Tanga au nord, Kilwa Masoko et Mtwara au sud.

« Le port de Dar es Salaam est un débouché stratégique pour le Rwanda, le Burundi et la Zambie. Les routes actuelles sont congestionnées, il est important d’agir », assurait le Premier ministre malaisien. Il avait également évoqué le projet de construction d’un centre hospitalier financé par le fonds d’investissement gouvernemental Khazanah Nasional Bhd afin de « répondre aux besoins médicaux de la population locale et des pays environnants ».

Deux initiatives chaleureusement accueillies par son homologue tanzanien Jakaya Kikwete qui avait salué « l’intensification des relations entre les deux pays » et loué le succès du « modèle malaisien ».

Enfin, la création d’une usine de transformation de café et le développement d’infrastructures énergétiques avaient été évoqués entre Najib Razak et Yoweri Museveni, le président ougandais.

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Production d’huile de palme Autre secteur privilégié : la production d’huile de palme. Assurant près de 85 % de la production internationale aux côtés de l’Indonésie, la Malaisie voit ses grandes compagnies nationales intensifier leur présence sur la zone tropicale africaine.

En juin 2013, Wah Seong Berhad annonçait la création d’un complexe de neuf unités de transformation industrielle au Congo ainsi que le lancement d’une plantation de 180 000 hectares de palmiers dans les départements de la Sangha et de la Cuvette, situés à 800 km au nord de Brazzaville.

« Près de 744 millions $ seront investis sur la pro- chaine décennie par Atama Plantation, filiale de Wah Seong […] générant près de 20 000 emplois », se félicitait Rigobert Maboundou, ministre congolais de l’agriculture et de l’élevage.

Pour Leong Kian Ming, PDG d’Atama, les unités une fois construites « produiront 140 000 tonnes lors de leur lancement en 2017, pour atteindre 720 000 tonnes en plein rendement ». Le coup d’envoi du projet a été donné le 30 mai en présence du président congolais, Denis Sassou N’Guesso.

De même, Kuala Lumpur Kepong (KLK) a annoncé son entrée au Liberia, suivant les exemples des groupes singapouriens Wilmar et Golden-Agri. En décembre dernier, KLK prenait le contrôle d’Equatorial Palm Oil (EPO), qui dispose de 169 000 hectares de terres exploitables grâce à ses 50 % de capital détenu dans la co-entreprise Liberian Palm Developments.

« Cette acquisition correspond à la stratégie de KLK d’élargir ses terrains de plantation au-delà de la Malaisie et de l’Indonésie à des fins de diversification géographique et de s’implanter en Afrique de l’Ouest, où il existe un déficit net d’huiles comestibles », informait Kuala Lumpur Kepong dans un communiqué.

Impact social et environnemental

Toutefois, les financements malaisiens liés à la culture du palmier continuent à alimenter le ressentiment des populations locales victimes de la déforestation et leur impact est très controversé sur le continent, comme en témoigne l’expérience de Sime Darby au Liberia.

Présenté comme l’un des piliers centraux du « New Liberia », le groupe agroalimentaire signait en juillet 2009 un bail de soixante-trois ans avec Freetown pour l’exploitation de 311 187 hectares de terres contre 3,1 milliards $.

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Sime Darby s’engageait également à verser 5 $ par hectare et par an pour les terres qu’il cultive et à embaucher 30 000 Libériens pour développer ses plantations d’huile de palme. Dès novembre 2012, les communautés du district septentrional de Garwula se dressaient contre la compagnie malaisienne, l’accusant de ne pas avoir été consultées lorsque leurs terres furent accaparées.

Puis, en mars 2013, sans négociations préalables ni dédommagement, Sime Darby qui tentait de défricher le comté de Bomi (nord-est du pays), a été stoppé in extremis par les collectivités locales avant l’éradication de toute végétation.

Deux mois plus tard, un rap- port de l’Université de Reding évaluant les impacts socio-environnementaux de Sime Darby sur le district de Bopulu (comté de Gbarpolu, centre-nord du pays) constatait que les opérations menées pourraient entraîner une perte de la biodiversité et un risque majeur d’insécurité alimentaire lié aux manques de moyens de subsistance pour les populations autochtones.

Par ailleurs, le Liberia Extractive Industries Transparency Initiative (Leiti) soulignait que le contrat entre Sime Darby et le gouvernement n’avait pas respecté les réglementations foncières locales, occultant toute consultation publique comme le prévoient pourtant les lois libériennes.

À l’image de la Chine qui fut accusée d’exploiter le pétrole soudanais en contrepartie de la vente d’armes servant au gouvernement d’Omar El Bechir lors des massacres au Darfour, les investissements de Petronas au Soudan pourraient eux aussi prêter à controverse.

Ayant perdu tout effet de surprise en raison de sa nouvelle position hégémonique, le tigre malais se devra donc de confirmer ses excellentes performances économiques tout en avançant plus prudemment sur les sentiers africains.

Aurel Barry avec Pays-Emergents

Digital Manager – Chef de projet chez Alixcom Dakar |
E-mail: saliou@dakar-echo.com | +221 77 962 92 15

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