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La Grande Bretagne durcit sa loi contre l’immigration illégale

La Grande Bretagne durcit sa loi contre l’immigration illégale

Le gouvernement britannique a présenté mardi un projet de loi contre l’immigration illégale qui prévoit d’empêcher les migrants arrivant par la Manche de demander l’asile au Royaume-Uni et de les expulser « en quelques semaines », un texte aux limites du droit international de l’aveu même de Londres.

« Si vous arrivez de manière irrégulière, vous ne pouvez pas demander l’asile. Vous ne pouvez pas bénéficier de nos protections contre l’esclavage moderne. Vous ne pouvez pas faire de demandes fallacieuses liées aux droits humains et vous ne pouvez pas rester » au Royaume-Uni, a déclaré lors d’une conférence de presse le Premier ministre britannique Rishi Sunak.

« C’est dur mais c’est nécessaire. Et c’est juste », a-t-il affirmé, soulignant que le nombre des migrants traversant la Manche avait « plus que quadruplé ces deux dernières années », malgré les tentatives des gouvernements conservateurs successifs pour enrayer ces traversées.

Avec plus de 45.000 arrivées par la Manche l’année dernière (surtout des Albanais et Afghans mais aussi des Iraniens, Irakiens et Syriens) et déjà plus de 3.000 cette année, le système d’asile au Royaume-Uni est « dépassé », selon Londres.

« Nous placerons en détention les personnes qui viennent ici illégalement, puis nous les renverrons en quelques semaines », soit dans leur pays soit dans un pays jugé sûr comme le Rwanda, a précisé Rishi Sunak, ajoutant que le gouvernement allait construire de nouveaux centres de détention. Il a précisé que la loi une fois adoptée s’appliquerait de manière rétroactive au 7 mars.

« Interdire aux gens de demander l’asile est illégal, inapplicable et complètement inhumain », a réagi sur Twitter la directrice de Human Rights Watch pour le Royaume-Uni, Yasmine Ahmed.

Il s’agit « d’un nouveau coup bas choquant du gouvernement » a affirmé dans un communiqué Amnesty International, accusant le gouvernement d’utiliser les migrants comme des « boucs émissaires » en pleine crise du coût de la vie et à quelques mois d’élections locales.

Expulsions vers le Rwanda
Pour le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, le projet de loi équivaut à « une interdiction d’asile ».

« La loi, si elle est adoptée, reviendra à mettre fin au droit d’asile – privant ceux qui arrivent illégalement au Royaume-Uni du droit de chercher la protection accordée à un réfugié, quelles que soient l’authenticité et l’urgence de leur demande », a déclaré le Haut-Commissariat aux réfugiés (UNHCR) dans un communiqué.

En première page du projet de loi présenté au Parlement, le gouvernement admet ne pas être en mesure d’assurer que le projet de loi « est compatible avec la Convention » européenne des droits de l’homme. « Mais le gouvernement souhaite néanmoins que la Chambre procède à l’examen du projet de loi ».

Le Royaume-Uni a voté une loi l’an dernier pour expulser au Rwanda des demandeurs d’asile – quelle que soit leur origine – mais le projet, bloqué par la justice européenne, reste au point mort.

Avec ses mesures très restrictives, le gouvernement conservateur veut décourager les traversées et briser le modèle économique des passeurs.

Les associations d’aide aux réfugiés rétorquent que les durcissements successifs déjà opérés n’ont eu aucun effet, que les migrants ne seront découragés que si les autorités proposent des moyens légaux de venir demander l’asile au Royaume-Uni, ce qui actuellement n’est quasi pas le cas.

Discussions en France
La présentation du projet de loi intervient alors que Rishi Sunak est attendu vendredi à Paris pour rencontrer le président français Emmanuel Macron, quelques mois après que les deux pays ont signé un accord de coopération prévoyant notamment une aide financière des Britanniques pour surveiller les plages et l’envoi d’observateurs britanniques côté français.

Le sujet a été au coeur de régulières crispations avec la France, accusée de ne pas en faire assez, mais l’heure est à la détente.

« Je suis très reconnaissant de la coopération des équipes françaises sur le terrain. Elles travaillent en étroite collaboration avec nos équipes et, grâce à leur travail, elles contribuent à intercepter environ la moitié des tentatives de passage. Ce chiffre varie, en ce moment, il est en augmentation, ce qui est une excellente nouvelle », a affirmé mardi M. Sunak.

La gestion des demandes d’asile par le gouvernement britannique est source de crispations et d’incompréhension chez de nombreux Britanniques.

Mi-février, une manifestation de militants d’extrême droite devant un hôtel de demandeurs d’asile près de Liverpool (nord-ouest de l’Angleterre) a dégénéré en violents heurts avec la police.

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