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La détresse de familles piégées en plein coeur d’une guerre des gangs en Haïti

La détresse de familles piégées en plein coeur d’une guerre des gangs en Haïti

Des viols, des maisons incendiées, et la mort d’au moins 18 civils: les habitants de la banlieue nord de Port-au-Prince subissent, depuis dimanche, une guerre des gangs dévastatrice, dans une ville dont certains quartiers sont déjà dominés par les bandes criminelles.

« Les hommes armés du gang 400 Mawozo ont mis le feu à ma maison » et ont « tué plusieurs de mes voisins avant d’incendier aussi leurs maisons », témoigne auprès de l’AFP Lucien, un habitant de la zone.

« Ils violent les femmes et les filles quand ils parviennent à entrer dans une maison », ajoute l’homme qui, par peur de représailles, préfère ne pas donner son nom complet.

La violence est telle que, depuis mardi, Lucien a dû quitter son domicile pour se réfugier avec « (sa) mère malade » sur une place publique.

Dans ce quartier populaire, au moins 18 civils ont été tués depuis dimanche, selon la protection civile haïtienne.

Parmi ces victimes « tuées entre le 24 et le 26 avril », se trouvaient « une famille de huit personnes » ainsi que « trois jeunes femmes et trois enfants », indique l’organisme public.

Comme Lucien, plusieurs centaines de personnes ont réussi à quitter la zone d’affrontements, dont une cinquantaine se sont réfugiées sur une place publique « à quelques centaines de mètres de la ligne de front », selon la protection civile. Mais d’autres restent prises au piège chez elles.

Parmi eux, un habitant, qui préfère rester anonyme, dont le petit frère a reçu « une balle perdue à la jambe dimanche, alors qu’il était à la maison ».

« On a pu stopper l’hémorragie mais on ne peut pas prendre le risque de l’emmener à l’hôpital et on n’a pas non plus de médicaments pour soulager sa douleur », s’inquiète l’homme d’une vingtaine d’année.

Coincés sans eau ni nourriture
Alors que les rafales d’armes automatiques résonnent dans leur quartier depuis quatre jours, les habitants sont aux abois.

« Nous n’avons plus ni eau ni nourriture », alerte une jeune habitante. Son père, qui souffre de diabète et d’hypertension artérielle, « est actuellement dans un état critique mais nous n’avons aucun moyen d’aller acheter des médicaments et c’est trop dangereux de se déplacer avec lui », ajoute-t-elle.

Longtemps cantonnées dans les zones très défavorisées du bord de mer de Port-au-Prince, les bandes armées ont grandement accru leur emprise à travers la ville et le pays depuis l’automne 2020, multipliant assassinats et enlèvements crapuleux.

Le gang « 400 mawozo », puissant et redouté, avait enlevé un groupe de 17 personnes composé de missionnaires nord-américains et de leurs proches, dont cinq enfants, à l’automne dernier.

Le quartier où ont lieu ces violences est hautement stratégique, car il constitue l’unique voie d’accès routier vers le nord du pays ainsi qu’entre la capitale haïtienne et la République dominicaine.

Les autorités ont déjà perdu depuis juin 2021 le contrôle du seul accès routier qui relie Port-au-Prince au sud car, sur l’espace de deux kilomètres, la route nationale est totalement sous la maîtrise des bandes armées des bidonvilles de Martissant.

Dans ce quartier pauvre, la mainmise des gangs a forcé l’organisation Médecins sans frontières à fermer l’hôpital qu’elle faisait fonctionner depuis 15 ans.

La police nationale, dont l’arsenal est loin de suffire pour affronter des bandes criminelles sur-équipées, n’a mené aucune opération pour reprendre le contrôle de l’entrée sud de la capitale.

Et depuis dimanche, les forces de l’ordre ne sont pas encore intervenues dans la banlieue nord.

Pour les associations aussi, il est difficile d’accéder à ce quartier dangereux.

« Nous ne pouvons pas encore nous rendre dans ces zones mais les informations qui nous sont parvenues sont tristes et inquiétantes », déclare à l’AFP Pierre Espérance, responsable d’une organisation haïtienne de défense des droits humains.

Les autorités ne se sont pas encore exprimées sur ces violences, qui paralysent toute activité dans le nord de Port-au-Prince, et le porte-parole de la police nationale n’était pas en mesure de fournir des informations à la presse mercredi midi.

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