Dakar-Echo

Jusqu’à 5 millions d’euros d’amende pour les dealers de la cité Michelet, Moussa S., Aboubacar S., Thierno T. (Saint Ouen)

Jusqu’à 5 millions d’euros d’amende pour les dealers de la cité Michelet, Moussa S., Aboubacar S., Thierno T. (Saint Ouen)

Ce point de vente de drogue était présenté comme le plus lucratif d’Ile-de-France. La justice a frappé au porte-monnaie et prononcé de lourdes peines de prison.

Soudain, les haut-parleurs de cette salle d’audience du tribunal de Bobigny ont crépité. « On s’est fait enc… sans vaseline », a lâché au micro l’un des prévenus, marquant ainsi, sans ménagement, sa désapprobation à l’issue du délibéré. Après quatre semaines de débats, le procès des trafiquants de la cité Michelet à Saint- Ouen (Seine-Saint-Denis) s’est achevé ce vendredi.

Fin mai, le procureur avait requis jusqu’à 15 ans de prison pour ce qu’il a qualifié de « version la plus aboutie du trafic de cité ». Le tribunal est allé légèrement en deçà : 12 et 10 ans de prison ferme assortis d’amendes de 1 à 5 millions d’euros pour les « sommités du trafic » que sont les frères Moussa et Aboubacar S.

Interdictions de paraître dans le département
Ce dernier n’était pas là pour écouter la sentence : il est en fuite au Maroc. Moussa, 31 ans, a eu la plus forte peine (12 ans) et son frère aîné, la plus forte amende : 5 millions d’euros, ainsi qu’une confiscation de deux appartements, l’un à Puteaux (Hauts-de-Seine), l’autre rue des Graviers à Saint- Ouen. Les 86 et 92, avenue Michelet avaient été rayés de la carte du deal après trois grosses descentes de police. En avril 2021, il ne restait rien du plus florissant « four » de la ville.

Les lieutenants des patrons du réseau — Samah B. (5 ans et 400 000 euros d’amende avec interdiction de se présenter en Seine-Saint- Denis pendant 5 ans) et Thierno T. (5 ans, 40 000 euros d’amende, interdiction pendant 5 ans du département) n’ont pas été épargnés. Ils étaient chargés de l’approvisionnement et de la sécurisation des convoyages de fonds tirés du trafic. Le banquier du réseau, Emmanuel B. est aussi sévèrement puni : 4 ans et 200 000 euros d’amende, 5 ans d’interdiction de la Seine-Saint-Denis.

« Les gérants de terrain » se voient infliger des peines sévères : David M. (10 ans, 300 000 euros d’amende), Jean-Paul D. (6 ans, 50 000 euros). Alix B., compagne d’Aboubacar S., avait bénéficié des largesses : une partie de l’argent du trafic transitait par ses comptes et elle s’était envolée vers le Panama pour ouvrir une société écran. Elle est condamnée à 4 ans de prison avec sursis, mais elle devra payer 150 000 euros et se voit confisquer la BMW ainsi que d’autres biens.

Plusieurs avocats, notamment celui de Moussa S., ont indiqué qu’ils feraient appel pour leurs clients. Me Nicolas Salomon, qui défendait David M. a quant à lui plus largement fait part de son sentiment. Son client est considéré comme « le bras droit » des frères S. Il déplore « une peine extrêmement lourde et pas justifiée.

C’est une sanction digne d’une cour d’assises. Il y avait une exigence qu’une réponse forte soit apportée au trafic de stupéfiants à Saint- Ouen. Le tribunal répond à une pression médiatique, à l’installation prochaine de la DGSI (quelques centaines de mètres plus loin, dans les ex- locaux du Parisien) et à la tenue des Jeux olympiques. »

Blanchiment d’argent grâce aux paris sportifs
Pendant quatre semaines, le procès des 32 participants — 11 étaient détenus — au trafic de drogue (cannabis et cocaïne) de la cité Michelet a été présenté comme l’une des activités illicites les plus lucratives de France.

Grâce à une clientèle insatiable, il dégageait un chiffre d’affaires de 1,4 million d’euros. Il tournait 7/7 et toute la nuit grâce à une main-d’œuvre abondante — des guetteurs en passant par les nourrices, les approvisionneurs, les gérants de jour et de nuit — et un système de blanchiment par le biais des paris sportifs de la Française des jeux. Ainsi, Aboubacar S. avait misé pour 118 000 euros de paris, qui avaient rapporté 323 139 euros de gains.

Le deal, a depuis, disparu de l’avenue Michelet. Mais, souligne Me Salomon, « ce trafic existe encore. Il s’est déplacé. Ce n’est pas en prononçant des peines disproportionnées qu’on va résoudre le problème des stupéfiants à Saint-Ouen. » 

Dakarecho avec Le Parisien – Nathalie Revenu

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