Dakar-Echo

Je fais partie de la résistance » à Donald Trump: un cadre de la Maison Blanche publie une tribune choc

Je fais partie de la résistance » à Donald Trump: un cadre de la Maison Blanche publie une tribune choc

Donald Trump devait déjà faire face à la parution prochaine de Fear, un livre gorgé de citations cinglantes à son encontre et signé du célèbre journaliste Bob Woodward. Il va désormais devoir affronter un second front.

Ce mercredi soir, le New York Times a publié une tribune de l’un de ses collaborateurs affirmant, sous couvert d’anonymat, qu’une « résistance intérieure » est à l’oeuvre au sein de la Maison Blanche pour préserver les Etats-Unis des « pires inclinations » de son président.

C’est un manifeste, voire une déclaration de guerre… mais rédigé sous couvert d’anonymat. C’est en tout cas un texte unique, presque surréaliste en de nombreux points. Ce mercredi soir, le New York Times a publié une tribune, intitulée « Je fais partie de la résistance intérieure au sein de l’administration Trump ». Celle-ci a été rédigée par un cadre de la Maison Blanche, dont le nom n’est pas divulgué pour ne pas entraîner son éviction.

 « Je suis l’un d’entre eux »
Il faut dire que la charge est rude. Les bonnes feuilles émanant de Fear (Peur, en français), un livre écrit par le célèbre journaliste Bob Woodward et qui paraîtra mardi prochain, avaient déjà révélé que nombre de figures éminentes du pouvoir américain nourrissaient le plus grand mépris pour leur patron.

Son chef de cabinet, John Kelly, l’aurait ainsi traité d' »idiot », l’accusant d’avoir « complètement déraillé », quand Jim Mattis, secrétaire à la Défense aurait estimé que Donald Trump avait le comportement d’un « élève de CM2 ou de sixième ». Ces deux hommes ont depuis démenti avoir tenu ces propos. Mais l’auteur de la tribune du New York Times confirme que si l’administration continue à soutenir le président en public, elle joue une toute autre partition que la sienne derrière les murs de la Maison Blanche.

« Le dilemme – qu’il ne saisit pas tout à fait – de la présidence de Donald Trump est que beaucoup des cadres de sa propre administration travaillent ardemment de l’intérieur pour contrecarrer des pans de son agenda et ses pires inclinations. Et je le sais bien, je suis l’un d’entre eux », écrit l’anonyme.

Un pacte
Celui-ci défend alors cette attitude de franc-tireur: « Nous croyons que notre devoir est avant tout de servir notre pays, et le président continue d’agir d’une manière préjudiciable à la santé de notre République ». En conséquence, les membres de ce « nous » auraient passé une forme de pacte à l’en croire: « De nombreux collaborateurs de Trump ont juré de faire ce qui leur était possible pour préserver nos institutions démocratiques tout en contrariant les élans inopportuns de M. Trump jusqu’à ce qu’il quitte ses fonctions. »

Le texte qualifie même Donald Trump d' »amoral ». « Les réflexes du président Trump sont en général contraires à la liberté de commerce et anti-démocratiques », peut-on même lire. L’auteur, républicain convaincu, donne quand même quelques bons points à ce mandat, se félicitant d’une « dérégulation efficace, une réforme fiscale historique, une armée plus forte ». Mais il refuse de les mettre au crédit du chef de l’Etat américain: « Ces succès ont été obtenus malgré, et non grâce à lui, le style de leadership présidentiel, qui est impétueux, clivant, mesquin et inefficace ».

« Il y a des adultes dans la pièce »
Et ce n’est pas qu’une question d’attitude. Visiblement, les réunions de travail en compagnie de Donald Trump n’enthousiasment pas davantage: « Les réunions avec lui sortent du sujet et des rails, il se lance dans des diatribes répétitives, et son impulsivité aboutissent à des décisions, à moitié finies, mal informées et parfois imprudentes sur lesquelles il faut revenir ».

Mais alors pourquoi ces collaborateurs mécontents, au premier rang desquels l’auteur de cette tribune, ne claquent-ils pas la porte d’une présidence qu’ils honnissent tant? Parce que, fait comprendre cette figure de la Maison Blanche, il faut bien que quelques-uns se collent à ce travail consistant à dresser un premier filtre entre Donald Trump et le monde, même si ça signifie y laisser sa réputation personnelle.

« Certains de ses collaborateurs ont été présentés comme des méchants par les médias. Mais en privé, ils sont allés loin pour que les mauvaises décisions restent confinées dans l’aile ouest, bien qu’à l’évidence ils n’y parviennent pas toujours », dit-il avant de poursuivre, infantilisant le chef de la première puissance mondiale: « Ce n’est peut-être que peu de réconfort dans une ère aussi chaotique, mais les Américains doivent savoir qu’il y a des adultes dans la pièce. Nous nous rendons pleinement compte de ce qu’il se passe. Et nous essayons de faire ce qui est juste, contrairement à Donald Trump. »

« Résistance silencieuse »
Appuyant encore sur le terme de « résistance », la qualifiant de « silencieuse », dont lui et ses comparses seraient les tenants, l’auteur dévoile qu’ils ont abordé ensemble la possibilité de hâter la sortie de Donald Trump, avant d’y renoncer et d’attendre simplement des jours meilleurs:

« Vu l’instabilité que nous étions nombreux à avoir constatée, on a vite murmuré, au sein du cabinet, l’éventualité d’invoquer le 25e amendement, qui aurait initié un processus complexe pour écarter le président. Mais personne ne souhaitait précipiter une crise constitutionnelle. Nous ferons donc notre possible pour conduire l’administration dans la bonne direction jusqu’à ce que, d’une manière ou d’une autre, ce soit terminé ».

La réaction de Donald Trump
Donald Trump n’a jamais paru si isolé et ce, à deux mois des élections intermédiaires. Celui-ci n’a d’ailleurs pas tardé à réagir, en marge d’une réception de shérifs venus de différents points du territoire américain. Il a dans un premier temps estimé que c’était une « infamie » de la part du New York Times que d’avoir publié ce texte.

Il a ensuite lâché ses coups, visiblement très agacé. Narquois, il a d’abord lancé: « Un jour, quand je ne serai plus le président, ce qui je l’espère arrivera dans six ans et demi, le New York Times, CNN et tous ces médias bidons auront mis la clé sous la porte, les gars. Car il n’y aura plus rien à écrire ». S’en prenant à ses détracteurs, il a enchaîné: « Leur programme, c’est des frontières ouvertes, laisser les gens filer dans notre pays, un désastre et un crime pour notre pays. Donc, ils n’aiment pas Donald Trump et je ne les aime pas. »

Pour lui, l’auteur anonyme de la tribune n’a « rien dans les tripes »:

« Si ce journal raté du New York Times publie une tribune anonyme – vous y croyez à ça vous? Anonyme, ce qui veut dire qu’il n’a rien dans les tripes – c’est que nous faisons un super boulot. Le taux de satisfaction des Américains crève le plafond et vous savez quoi? La personne qui me battra n’est pas encore née, grâce à ce que nous avons fait. Nous avons fait plus que ce que chacun pensait possible et ça ne fait même pas deux ans que nous sommes là. »

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

Articles similaires

Laisser un commentaire