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Hugo Sbaï, bachelier à 12 ans : un génie, en toute modestie

Hugo Sbaï, bachelier à 12 ans : un génie, en toute modestie

C’est l’histoire d’un garçon qui a décroché son bac à 12 ans et sa première thèse à 17 ans. Mais Hugo Sbaï revendique sa normalité.
Hugo Sbaï a 18 ans et un mois. Lundi, quelque 700 000 Français de son âge en auront fini avec les épreuves du baccalauréat.

Lui l’a obtenu il y a si longtemps qu’il s’en souvient à peine : sa mention TB au bac S, avec presque 17/20 de moyenne générale, date déjà de six ans. Il avait 12 ans. Un âge qui le classe parmi les plus jeunes bacheliers de l’histoire (le record est à 11 ans). Il a enchaîné avec Polytechnique Lausanne, l’une des toutes meilleures écoles d’ingénieurs européennes, puis une thèse d’informatique sur les caméras de vidéosurveillance qu’il a validée en 13 mois à l’université de Lille, avant sa majorité.

Une précocité à peine croyable, qui fait complexer à peu près tous les diplômés que croise cet ado à l’écoute polie, en shorts et espadrilles en cette journée estivale. « Oui je sais, c’est nul : j’ai décroché ma thèse à presque 30 ans… » s’excuse ainsi son codirecteur de thèse, Djamel Alaoui. Le docteur en génie mécanique rit. Bien sûr, en bon scientifique, il sait qu’on ne doit comparer que ce qui est comparable, et que son étudiant, dont il a supervisé les recherches l’année dernière, se range plutôt dans la catégorie extraterrestre.

Hugo travaille, en ce moment, sur une deuxième somme consacrée à la sécurité des banques en ligne, entre les murs si gothiquement British du Balliol College d’Oxford, tout en suivant à distance un master 2 de droit à la Sorbonne. N’en jetez plus ! Le jeune expert en cybersécurité se verrait bien avocat pénaliste. Il se tâte aussi pour rédiger un livre de pédagogie. Et pourquoi pas ? Plus encore que n’importe qui, il a la vie devant lui.

Affable, cheveux noirs sur T-shirt blanc, c’est assurément un drôle de zig, mais cela ne saute pas aux yeux. Normal, on vous dit. En cherchant la petite bête, en presque trois heures de conversation, on lui a même trouvé une faute de français : le « je ne sais pas c’est quoi » si typique de sa génération. « Il s’est toujours amusé comme les autres, quand il était petit je lui achetais des jouets de son âge… Et puis, en étant à la fac à 12 ans il avait finalement plus de temps libre que les collégiens », renchérit son papa, informaticien. Notre coup de fil a arrêté ce dernier une bonne heure, téléphone portable dans une main et valise dans l’autre, sans qu’il bouge de ce trottoir de Lausanne où l’a conduit son travail de consultant.

Une famille de cerveaux hors norme
Difficile de pénétrer cette famille qui de loin semble si secrète. On ne connaît vraiment que les CV : Marion, d’abord, la sœur aînée, six ans de plus que lui, qui étudie depuis le bac en binôme avec son frère. Les deux ne se quittent pas et révisent en équipe l’informatique comme le droit avec une efficacité redoutable. Le papa, gradé d’un master, court l’Asie et le reste du monde pour son travail, la maman elle aussi est informaticienne. Deux des petites sœurs du père, Florence et Meryem, docteurs en immunologie et oncologie. La première a longtemps œuvré dans un laboratoire de la Silicon Valley, en Californie, à la recherche d’un vaccin contre le sida.

« De toute la famille, Hugo et sa sœur me font l’effet d’être les plus normaux », rigole Joseph Cohen-Sabban, avocat pénaliste renommé et ami des parents Sbaï. Il dessine une tribu un chouïa originale, baignant dans l’intelligence sans pour autant porter les oripeaux de l’élite intellectuelle. Pas d’académiciens ici, ni d’aïeux lisant la Pléiade dans un appartement haussmannien du quartier latin. Simplement une famille de Palaiseau (Essonne), dotée de cerveaux hors-norme. Les origines puisent dans le département de la Sarthe et au royaume du Maroc, mais là-dessus personne du père ou des enfants ne souhaite s’étendre. « On est Français avant tout », évacue monsieur Sbaï.

Hugo a des copains de son âge, et aussi une petite amie, paraît-il, mais ce n’est pas lui qui nous l’a dit. Le garçon n’est pas timide mais discret, et préfère accueillir la presse sur le lieu de son ancien stage plutôt que chez lui. Rendez-vous a donc été pris avec lui et son directeur de thèse Djamel Aouali chez Isoset, un institut privé de formation en informatique et de recherche dans le secteur ferroviaire, situé à Clichy-la-Garenne, aux portes de Paris. Hugo a passé six mois dans la maison, à travailler du haut de ses 16 ans sur un programme destiné à améliorer l’exploitation des données de maintenance des TGV. Nathalie Beeston, la directrice, a retenu son énorme capacité de travail, sa façon méthodique d’appréhender les problèmes, et ses oreilles grandes ouvertes à l’affût de tous les conseils. « Il est réellement humble, résume-t-elle. Quand on travaille avec lui, on oublie complètement son jeune âge. »

Heureux d’échapper à Parcoursup
Hugo, c’est établi, ne la ramène pas. Ses partenaires d’entraînement – il pratique la boxe et la natation – qui galèrent encore à achever le lycée, ignorent même que le bac n’est pour lui qu’une lointaine anecdote. « On ne parle pas d’école entre nous », s’excuse l’intéressé. Et d’en rajouter dans la modestie, heureux qu’il est, dit-il, d’échapper au nouveau système d’orientation Parcoursup, qui a intronisé cette année une angoissante course sur listes d’attente pour les candidats à l’enseignement supérieur. « Ça a l’air stressant, constate-t-il. Rien que pour cela, c’était une bonne idée d’aller plus vite dans les études ! » La belle affaire.

Il faudra trouver toutes les périphrases possibles pour ne pas écrire « petit génie ». Hugo refermerait le journal, peut-être pas fâché mais certainement déçu de ne pas s’être fait comprendre, lui qui admire tant « les gens qui parlent bien ».

Resté dans l’ombre malgré les sollicitations de la presse lors de l’obtention de son bac à l’âge exceptionnel de 12 ans, il a tout récemment accepté d’entrer dans la lumière, uniquement pour défendre sa théorie, selon laquelle « tout le monde pourrait finir le lycée à 15 ans ». Hugo comprend qu’une telle affirmation puisse susciter l’incompréhension. Son avance fulgurante serait « comme un tour de magie », dit-il. « Tant qu’on ne connaît pas le truc, on est émerveillé. »

« Le problème des programmes scolaires est qu’ils sont trop longs », détaille-t-il. Il en est persuadé : la précocité serait une question de méthode, bien plus que de personne. Comme on désosserait un moteur, les Sbaï ont décortiqué lesdits programmes afin de les débrider. Ils ont gommé toutes les redondances pour en venir au fait et au fond sans détour.

Bref, pousser la synthèse à l’extrême, à l’exact opposé de cette approche en cercles concentriques qui est l’essence même de la pédagogie. Ce sont ses tantes scientifiques, Florence et Meryem, qui ont mené ce projet de restructuration avec leur neveu, qu’elles avaient pris l’habitude d’aller chercher à la sortie de l’école. « Ça s’est fait naturellement, un peu comme un jeu », assure le papa.

Il passe directement de la 6e à la Seconde, mais se fait recaler à Henri IV
A la maternelle, Hugo ne s’était pas spécialement distingué. Mais, à son arrivée au CP dans une classe à double niveau, le garçon a vite engrangé les connaissances adressées aux « grands » à l’autre bout de la salle de classe. Alors la maîtresse l’a fait passer du côté des CE1. « Ça nous a donné des idées, raconte Hugo. On s’est dit, pourquoi ne pas aller plus vite ? » Oui tiens, pourquoi ? « Il travaillait un peu chaque soir, au moment de revoir les leçons de la journée », témoigne Marion, la grande sœur, qui bouclait au même moment ses devoirs de collégienne dans la chambre d’à côté.

Les programmes boostés de la famille SbaÏ mettent le garçon sur des rails de plus en plus rapides : en plus du CP, il saute le cm2. Arrivé au collège, il passe directement de la 6e… à la Seconde. C’est pour l’institution scolaire que le bond est le plus compliqué à gérer : aucun établissement n’accepte le prodige au parcours trop rapide. « Les directeurs conseillaient à mes parents de m’emmener chez un psy, pourtant je me sentais bien », sourit Hugo.

Finalement, Claude Bernard, un bahut public du XVIe arrondissement pas très concerné par la course à l’élitisme, accueille le garçon. Il passera deux ans là, obtenant le bac la même année que Marion. Elle-même, brillante élève d’Henri IV, a prévu de poursuivre en classe prépa scientifique, dans le brillant établissement parisien. Objectif : Polytechnique. Hugo souhaite s’inscrire dans la même classe, et embrasser le même parcours.

L’ancien directeur d’Henri IV, Patrice Corre, se souvient parfaitement de « ce petit garçon » arrivé avec son père dans son antre de bois sombre, archétype absolu du bureau du proviseur. « Le petit me regardait gentiment, c’est surtout le papa qui parlait », se souvient Corre. Resté 17 ans à la barre d’Henri IV, jusqu’en 2016, il a vu défiler plus d’un enfant précoce, auréolé d’un bac décroché à 13, 14 ans – au-delà on n’est plus dans l’exploit, quand on regarde les dossiers scolaires du haut de la Montagne Sainte-Geneviève.

Le proviseur n’a pas accepté le surdoué dans sa prépa. Il assume sa réticence de l’époque, « parce que Polytechnique, en tant qu’école militaire, ne prend jamais d’élèves en dessous de 18 ans, et aussi parce que ce garçon ne correspondait pas au moule, insiste-t-il. Je n’avais pas de doute sur sa capacité à suivre, mais je pensais que le format prépa briderait sa créativité. Il a le profil d’un chercheur. »

Hugo, lui, avoue n’avoir « pas compris tant de rigidité ». Peu importe. L’élite à la française le recalait ? Le Polytechnique suisse lui ouvrait les bras, à lui comme à Marion. Ils sont partis ensemble à Lausanne et ont tracé leur voie.

« Le petit cassera la baraque »
L’avocat Cohen-Sabban, qu’Hugo a érigé en « modèle » et mentor dans ses études de droit, en est persuadé : « le petit cassera la baraque ». Il l’a promené un peu dans les salles d’audience, pour voir « du hard pénal » comme il dit, découvrir ces braqueurs et gros durs qu’il aura à défendre le jour où il prêtera serment. « Il n’était pas impressionné », se souvient l’avocat. Il lui recommande tout de même, avant d’entrer dans le prétoire, d’attendre que la vie passe un peu sur lui, et « le vice » aussi.

Le jeune homme présente bien, est à l’aise en public mais surtout « il est pertinent », soupèse le ténor, encore stupéfait de cette réflexion qu’a eu Hugo devant sa pizza margarita, un midi, au sortir d’une audience sur un trafic de stupéfiants : « En fait, c’est l’être humain, le problème. »

BIO EXPRESS

12 mai 2000 : Naissance à Orsay (Essonne)
2006-2007 : il saute sa première classe (le CP)
2009-2010 : il fait son collège en un an et entre au lycée
2012 : passe son bac S, mention TB
2016 : diplômé de Polytechnique Lausanne
2017 : valide sa thèse d’informatique à l’université de Lille
2018 : a entamé une deuxième thèse sur la cybersécurité à l’Université d’Oxford tout en préparant son master 2 de droit

Christel Brigaudeau avec Le Parisien

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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