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Hausse du prix du ciment: Alioune Sarr freine la Sococim

Hausse du prix du ciment: Alioune Sarr freine la Sococim

La SOCOCIM a été priée hier par le ministre du Commerce Alioune Sarr de revenir à la hausse de son prix du ciment de 3500 frs décidée par la première cimenterie du pays il y a deux jours.

La hausse décidée unilatéralement par la SOCOCIM avait fait passer la tonne du ciment fabriqué par l’usine de Rufisque-Bargny de 65.000 à 68.500 frs.

Alioune Sarr demande tout simplement à la SOCOCIM de revenir aux prix antérieurs fixés au 1er janvier 2018.

La SOCOCIM a été vigoureusement freinée par l’Etat. L’usine du PDG Youga Sow qui a brandi le prétexte de la répercussion de la taxe de 3frs sur le kg, ou 3000 frs sur la tonne prise par l’Etat le 01 Janvier 2017 – à partir de l’année 2017, l’Etat du Sénégal avait procédé à des prélèvements, au profit de son budget, d’une Contribution spéciale sur les produits des mines et carrières (CSMC) de 5 % du prix de la tonne (extrait de l’article 18 de la loi des finances 2017).

Puis, il a eu recours à une taxe spéciale sur le ciment de 3000 F HT/Tonne en 2017, article 22 de la loi des finances 2017 qui, en son alinéa 3, dispose que «(…) cette taxe frappe les livraisons de ciment à un tarif fixé à 3 francs par kilogramme de ciment»- pour décider d’augmenter le prix de son ciment à 3500 frs a été tout simplement priée par le ministre du Commerce de revenir aux prix du 1er janvier 2018.

« En application des dispositions de l’article 43 de la loi n°94-63 du 22 août 1994 sur les prix, la concurrence et le contentieux économique, les prix plafond du ciment ex usine sont fixés aux prix antérieurs pratiqués au 1er janvier » écrit le ministre Alioune Sarr à travers un arrêté signé ce 14 mars 2019 dont le Témoin détient une copie.

Le patron du Commerce ajoute qu’«Est considéré comme prix illicite, tout prix supérieur aux prix plafond fixés à l’article premier, conformément à l’article 45 alinéa 2 de la loi susvisée ».

Cette posture de l’Etat sera sans nul doute appréciée par l’Association des consommateurs du Sénégal (Ascosen) qui a crié à « l’injustice » au lendemain de la décision de la SOCOCOM. « Nous dénonçons avec la plus forte énergie cette augmentation qui est une tentative de prendre en otage les consommateurs.

Aujourd’hui, c’est la SOCOCIM qui a initié cette augmentation et pour l’instant, elle est la seule à l’avoir appliqué. 3 500 F Cfa sur la tonne du ciment, nous pensons que c’est injuste. » dénonçait vigoureusement le président de l’Ascosen Momar Ndao qui demande à ce que l’Etat homologue à nouveau le prix du ciment.

Cette sortie solitaire de la SOCOCIM n’est pas une première. En juin 2018, les trois cimenteries (SOCOCIM, DANGOTE et CIMENTS DU SAHEL) avaient de concert décidé de la hausse de 5000 frs sur la tonne du ciment. L’Etat avait encore pris un arrêté pour effacer cette hausse. «La vérité, c’est que nous ne pouvons plus continuer à absorber des taxes sur nos marges. En 2018, on a eu une année difficile où tous les cimentiers ont perdu de l’argent. C’est des milliards de perte.

La taxe est répercutée aux consommateurs. Ceci dit, on parle quand même d’une augmentation de 3 francs par kilogramme. Vous vous rendez compte ? Soit, l’équivalent de 300 francs par sac. C’est uniquement pour répercuter la taxe. L’année dernière, l’Etat avait bloqué les prix parce qu’il avait lancé une année spéciale dite une année sociale.

Aujourd’hui, on est sorti de cette situation et nous ne pouvons plus continuer à vendre à perte au moment où l’Etat collecte sur nous», a indiqué le Président directeur général de la SOCOCIM Youga Sow dans les colonnes de Sud Quotidien. Ce dernier d’ajouter que le Sénégal a les plus bas prix de toute l’Afrique de l’Ouest.

Et cette augmentation n’affecte en rien le rang du Sénégal dans la sous-région. «Il y a aucun pays en Afrique de l’Ouest où les prix du ciment sont plus bas que ceux du Sénégal. Le différentiel entre le Sénégal et les autres se situe entre 20 et 25 mille francs Cfa.

Le Sénégalais achète la tonne de ciment entre 20 et 25.000 F CFA. C’est en dessous des prix dans toute la sous-région. Ce n’est pas possible de continuer ainsi !». «Pourquoi depuis deux ans l’Etat du Sénégal subventionne la SENELEC à hauteur de 75 milliards F cfa et lui fait une reconnaissance de dette de plus de 200 milliards de francs Cfa pour maitriser le coût de l’électricité ? C’est parce que le carburant a augmenté. C’est la raison pour laquelle, la SENELEC a été subventionnée. Quant à nous industriels, personne ne nous subventionne» se plaint le patron de la SOCOCIM dans les mêmes colonnes.

« Tous ces activistes d’association des consommateurs doivent aussi savoir qu’il y a une menace qui pèse sur plus de 2000 à 3000 employés qui, pourraient être licenciés, parce qu’on va restructurer l’entreprise. Les gens qui parlent de cette situation devraient plutôt s’intéresser au sort de ces pauvres travailleurs qui pourraient se retrouver sur le carreau. Et jusqu’ici personne n’a entendu les cimentiers dire qu’ils vont licencier des employés. Pourtant, ça ne semble pas les intéresser » conclut Youga Sow dans Sud Quotidien

L’Etat cherche une stabilité du secteur
Le directeur du Commerce Intérieur Ousmane Mbaye ne cache pas que les cimenteries du Sénégal vivent une situation difficile. « Le secteur du ciment est organisé par la liberté des prix permettant le jeu de la concurrence. Chaque cimenterie définit ses propres prix, cependant le secteur connait une stabilité des prix depuis fort longtemps. Depuis 2007, l’Etat n’est pas intervenu dans la définition des prix.

Le jeu de la concurrence a fait que les prix dans ce secteur ont connu une tendance baissière ces dix dernières années passant de 80.000 frs la tonne à environ 60.000 frs la tonne » explique Ousmane Mbaye. Ce dernier ajoute que « le blocage des prix décidé par l’Etat est une mesure provisoire permettant de mieux apprécier la situation. La vision du gouvernement est d’arriver à un niveau de prix permettant de mieux rémunérer les industries et éviter que les prix soient spéculatifs pour les consommateurs.

Nous sommes en train de travailler pour une stabilité du secteur. L’arrêté du ministre ramenant la décision de la SOCOCIM aura une durée de vie, le gouvernement cherche véritablement à installer une stabilité durable dans le secteur au bénéfice autant pour les industries, autant pour les consommateurs ».

Abdou Karim DIARRA

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