Dakar-Echo

Guinguinéo :Entre nostalgie du passé et angoisse du présent

Guinguinéo :Entre nostalgie du passé et angoisse du présent

Guinguinéo, vieille ville située dans la région de Kaolack, bâtit ses espérances davantage dans son glorieux passé que dans la routine inhibitrice de son présent peu enviable.

On y ressasse la belle époque où le chemin de fer, objet d’épanchements désenchantés, donnait à ce carrefour d’identités et d’aspirations tout son éclat. Face à l’horizon qui ne se dévoile même plus, Guinguinéo s’empêtre dans son passé, refuge de consolation, et s’apitoie sur son présent accablant.

Des caïlcédrats, bravant les sommets dans la détresse de leur agonie, surplombent des maisons tombées dans l’abandon et des rails que l’Express Dakar-Bamako, le « Jeeg 3 », les trains 201, 203, 4, 5… ont privés de leurs « caresses » remplies d’espoirs.

Guinguinéo, devenue ville de peu d’éclats, fonde ses espoirs davantage dans la reconstitution de son passé florissant que dans l’avenir à réinventer et dans un présent…morose.

L’ambiance ferroviaire d’un autre temps habite encore les esprits nostalgiques. On s’accroche aux vestiges d’une splendeur perdue : la belle époque des « naar Beyrouth » (Libano-syriens), maîtres du négoce, des Bambaras, travailleurs acharnés venus du Mali, qui y avaient leur quartier avant l’éclatement de la Fédération du Mali, des Toucouleurs du Fouta Toro qui ont fini par se confondre aux autochtones.

On semblait bien vivre dans ce carrefour de rencontres. « J’ai fait 37 ans au chemin de fer. J’ai commencé à la gare de Dakar où je suis resté pendant trois ans. J’ai ensuite été affecté à celle de Guinguinéo en janvier 1955, du temps des locomotives à vapeur. Depuis cette date, je n’ai pas quitté cette ville.

Des foules y grouillaient. Le commerce était florissant et la ville vivante », témoigne El-Hadj Thierno Dieng, ancien cheminot de 90 ans. Celui qui a pris sa retraite en 1988, parle de son patelin avec le chagrin de ceux qui ont admiré les merveilles du passé et regardent, impuissants, l’état de décrépitude de ce qui a été considéré, pendant longtemps, comme la deuxième capitale ferroviaire du Sénégal.

Guinguinéo a été un espace de vie, de réalisation sociale et de rêves grâce à sa bouillonnante gare ferroviaire. Ici, ne s’agitent désormais que quelques agents démotivés chargés de la surveillance d’un patrimoine en ruine et de l’entretien des rails.

Et « on n’a même pas de draisine (wagonnet destiné à l’entretien et à la surveillance des voies de chemin de fer). Nous sommes obligés de marcher 5 km pour faire les entretiens. Le train passe peu mais il faut toujours veiller sur l’état des rails.

Et quand l’herbe commence à pousser, nous désherbons à l’aide d’herbicide pour éviter les patinages », confie Demba Diop, agent de la direction des Installations fixes entouré de fourches et d’autres outils dérisoires encombrant une chambrette attenante à la voie ferrée.

A une encablure de cet « angle » de lamentations, baille d’ennui le chef de sécurité de la gare de Guinguinéo, le fils de cheminot Ousmane Ndiaye, fixant un tampon éculé. Derrière le bâtiment du pôle administratif, se meurent des dortoirs et restaurants inoccupés. Et pourtant, on s’y agrippe encore pour faire l’éloge d’un patelin sans grand relief. La fierté est dans le vécu. Le présent n’est qu’effusions passéistes et mélancoliques.

Kyrielle de plaintes
Guinguinéo, chef-lieu de département, croupit dans sa routine sclérosante. Le déclin du chemin de fer a considérablement ralenti l’activité de cette vieille ville.

« Les différents gouvernements et équipes municipales, qui se sont succédé depuis l’indépendance, l’ont dotée de quelques infrastructures sociales indispensables : écoles préscolaires et élémentaires, Cem, lycée et centre de formation professionnelle, postes et centre de santé, foyer de la femme, salle des fêtes, gare routière et hôtel de Ville.

Toutefois, ses rues datant de 1963 ne sont plus que d’attristants nids de poules. Son réseau électrique est vétuste et celui d’eau insuffisant », déplore Abdel Aziz Diop, conseiller municipal chargé de la planification et du suivi des programmes.

D’autres infrastructures démarrées, il y a belle lurette, peinent à être terminées. C’est l’exemple du stade multifonctionnel, Olymp-Africa dans lequel la municipalité a pourtant investi, sur fonds propre, plusieurs millions pour répondre aux préoccupations de la jeunesse.

« Le plateau technique du centre de santé doit être relevé, compte tenu du nombre de postes de santé qu’il polarise, une unité de radiologie y est indispensable. L’absence de réseau d’assainissement fait que notre ville connaît, chaque année, les affres des inondations.

Ces problèmes nécessitent de gros investissements. La commune est dépourvue de ressources. Ses élus et ses braves populations sont dans le désarroi », gémit-il. Ici, on attend encore le Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC) et Promovilles pour arrêter de se morfondre dans la nostalgie.

Par Oumar BA, Alassane Aliou MBAYE (textes) et Ndeye Seyni SAMB 

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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2 Commentaires

  1. mouha1265@hotmail.fr'
    Mouhameth NIANG
    27 février 2018 à 8 h 52 min

    Exact, grand le développement du chemin de fer est au cœur de la solution des problèmes de Guinguinéo.

  2. m.cisse31@yahoo.fr'
    Mamadou CISSE
    26 février 2018 à 20 h 45 min

    merci pour votre article sur notre chère ville.Nous pensons que seule la réhabilitation de la régie des chemins de fer peut redonner à cette vielle ville son lustre d’antan et c’est vraiment possible.Dites moi seulement un seul pays qui s’est développé sans le chemin de fer. En matière de transport (humain,bétail,marchandises) le chemin de fer n’a pas d’égal

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