Dakar-Echo

Francophonie: les artistes décorateurs du centre de Diamniadio attendent toujours d’être payés

DAOUDA NDIAYE : «CETTE SEMAINE SERA LA SEMAINE DE TROP !»

Pour décorer le Centre International de Conférence Abdou Diouf de Diamniadio, il aura fallu qu’un jury de 12 membres examine 160 dossiers. Pour en sélectionner ensuite une cinquantaine.

L’artiste Daouda Ndiaye, qui enseigne aussi les arts plastiques, a eu la chance d’être retenu. Son œuvre a bien été réquisitionnée, mais il attend encore d’être rémunéré, lui qui a de plus en plus de mal à se montrer patient.

Pour le directeur des Arts, Ousseynou Wade, le budget est prévu, et la procédure suit son cours. Même s’il n’est pour l’instant pas en mesure de dire avec précision à quelle date les artistes seront effectivement payés.

Daouda Ndiaye fait partie de la cinquantaine d’artistes dont les œuvres ont été sélectionnées pour la décoration du Centre International de Conférence Abdou Diouf de Diamniadio, dans le cadre du 15ème Sommet de la Francophonie des 29 et 30 novembre derniers.

Et lui, comme les autres, regrette de n’avoir toujours pas été payé. Alors que, comme il dit, tout est allé beaucoup plus vite lorsqu’il a fallu récupérer ses œuvres et celles de ses collègues artistes, pour les transporter ensuite à Diamniadio. Parce qu’il fallait le faire avant le Sommet en tant que tel.

Daouda Ndiaye précise qu’à ce moment-là, tout est allé tellement vite qu’il n’a pas jugé utile de réclamer une décharge, la preuve matérielle que son travail avait bel et bien été réquisitionné. Mais comme il dit aussi, il y avait une clause de confiance.

Sans doute parce que tout avait bien commencé, d’autant plus que l’on respectait la loi du 1%. Autrement dit, accorder 1% de la construction des édifices publics aux artistes qui, eux, s’occuperaient de l’embellissement de ces bâtiments. Daouda Ndiaye ainsi que d’autres artistes vont alors en repérage, on leur fait visiter le site.

On leur demande ensuite de faire quelques propositions, sur la base de qu’ils ont vu : une photo numérique ainsi que la fiche technique d’une œuvre non signée, évitant de cette façon que l’artiste puisse être reconnu ou identifié. Le concours est ouvert.

Pour respecter l’anonymat, chaque artiste se voit d’ailleurs attribuer un numéro. Un jury de spécialistes composé de 12 membres se réunit avec entre autres le sculpteur Ousmane Sow, l’artiste-plasticien Ndary Lô, le critique d’art Sylvain Sankalé, la galeriste Thérèse Turpin Diatta.

A eux de procéder à la sélection. Les artistes eux-mêmes envoient ensuite la facture correspondant au montant fixé pour chacune de leurs œuvres (une évaluation des coûts de leur œuvre).

Des œuvres qui ont effectivement été installées, mais sans contrepartie jusque-là. Daouda Ndiaye sait que d’autres artistes sont dans le même cas que lui, et que cette semaine comme il dit, «sera la semaine de trop».

«Le budget est prévu, et ils recevront ce qui leur est dû»
Le directeur des Arts Ousseynou Wade (la direction des Arts dépend du ministère de la Culture et de la Communication), que nous avons joint au téléphone, est formel : il n’y a pas le moindre problème, même s’il dit qu’il comprend parfaitement les réclamations des artistes : « Le budget est prévu, et ils recevront ce qui leur est dû ».

Mais quand, une date précise ? Non, dit Ousseynou Wade qui affirme qu’il n’est pas en mesure de se montrer aussi catégorique : « bientôt…sous peu…dans les prochains jours ».

Surtout que comme il dit, personne n’avait fait la moindre promesse aux artistes. En d’autres termes, « on ne leur a jamais dit qu’ils seraient payés dès le lendemain ou la semaine d’après ».

Il y a d’abord eu une première sélection, au mois d’octobre dernier, qui a été présentée au chef de l’Etat Macky Sall qui, selon le directeur des Arts, avait « la volonté manifeste d’appliquer la loi du 1% ».

Toujours d’après Ousseynou Wade, c’est le président de la République lui-même qui a demandé que l’on fasse une sélection complémentaire : ce sont ses instructions. Les premières œuvres sélectionnées ont donc été acheminées à Diamniadio, les autres attendent de l’être.

Pour ce qui est du budget en tant que tel, Ousseynou Wade précise encore qu’« il est logé à la Délégation générale de la Francophonie, et que celle-ci n’intervient qu’après réception des dossiers que la direction des Arts est en train de collecter. Il y a une procédure qui suit son cours. Elle prendra le temps qu’elle prendra, mais il faut considérer que sous peu, les artistes commenceront à être payés ».

Ce que dit Daouda Ndiaye, c’est que le problème est plus profond : « Au Sénégal, il n’y a pas de politique culturelle, on n’y croit même pas. Surtout quand on voit à quelle fréquence les ministres se succèdent à la tête de ce département ».

Ce qui explique sans doute selon lui, que le ministre de la Culture et de la Communication (deux secteurs que l’on n’aurait pas dû mettre ensemble, pense-t-il) Mbagnick Ndiaye, soit « dépassé ». Lui qui affirmait (et s’engageait) lors d’un précédent Colloque sur la Francophonie que tous les artistes seraient payés.

Théodora SY SAMBOU

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