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Félix Tshisekedi proclamé vainqueur en RD Congo, Martin Fayulu dénonce un «putsch»

Félix Tshisekedi proclamé vainqueur en RD Congo, Martin Fayulu dénonce un «putsch»

Le fils d’un opposant historique arrive en tête. La France évoque des résultats «non conformes».

Un candidat de l’opposition arrive en tête de l’élection présidentielle en République démocratique du Congo (RDC). Mais ce verdict des urnes est contesté par une autre partie des opposants. La France, pour sa part, évoque des résultats «non conformes».

Vainqueur 38,57% des voix. Félix Tshisekedi a été proclamé vainqueur, dans la nuit de mercredi à ce jeudi, d’un scrutin présidentiel qui devait avoir lieu en 2016, qui a été reporté trois fois, et qui s’est finalement tenu le 30 décembre. La Commission électorale nationale indépendante (Céni) l’a déclaré «provisoirement élu». Les résultats de la Céni peuvent encore faire l’objet de recours devant la Cour constitutionnelle qui proclamera les résultats définitifs d’ici le 15 janvier.

Félix Tshisekedi l’emporte nettement avec 38,57% des voix, devant l’autre tête de l’opposition divisée, Martin Fayulu, deuxième avec 34,8%. Le dauphin du pouvoir sortant, Emmanuel Ramazani Shadary n’est que troisième avec 23,8%. Les 18 autres candidats font des scores anecdotiques. La prestation de serment du nouveau président élu pour cinq ans est prévue le 18 janvier. Pour gouverner, il devra aussi compter sur les résultats des élections législatives et provinciales qui ont eu lieu le même jour que la présidentielle.

«Un jour historique». «Personne ne pouvait imaginer un tel scénario au cours du quel un candidat d’opposition allait sortir victorieux. Je suis heureux pour vous peuple congolais. Ce processus, tout le monde pensait qu’il allait déboucher sur les affrontements et les violences, à l’effusion de sang. Aujourd’hui est un grand jour, un jour historique pour la République démocratique du Congo», a réagi Tshisekedi dans sa première prise de parole.

La RDC, plus grand pays d’Afrique sub-saharienne, vit une double situation historique. C’est la première fois qu’un opposant est proclamé vainqueur d’une élection présidentielle après les deux élections de Joseph Kabila en 2006 et 2011. C’était aussi la première fois que le président sortant acceptait de se retirer sous la pression de la Constitution et non des armes. Joseph Kabila ne pouvait pas briguer un troisième mandat.

Le président élu, quant à lui, est le fils d’une figure majeure de l’histoire politique congolaise, Etienne Tshisekedi, décédé à Bruxelles le 1er février 2017. Le corps de ce dernier repose toujours en Belgique, officiellement faute d’accord pour les obsèques entre son parti, l’UDPS, la famille et le pouvoir.

Kinshasa (République démocratique du Congo), jeudi. Des supporteurs de Félix Tshisekedi fêtent sa victoire. Reuters/Baz Ratner
Discussions et accord électoral avec le pouvoir sortant. Félix Tshisekedi a fait équipe avec l’ex-président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, qui doit devenir Premier ministre, selon l’accord entre les deux hommes. Il a aussi tendu la main au président Kabila.

Dans un entretien au quotidien belge «Le Soir», il estime «évident que (Kabila) pourra vivre tranquillement dans son pays». Il est même allé au-delà de ces garanties sur la sécurité du président sortant : «Un jour nous devrons même songer à lui rendre hommage pour avoir accepté de se retirer.» Le parti du président élu a déjà évoqué une possible rencontre avec le sortant pour organiser la passation de pouvoir. «Je rends hommage au président Joseph Kabila. Aujourd’hui, nous ne devons plus le considérer comme un adversaire mais plutôt comme un partenaire de l’alternance démocratique dans notre pays», a précisé Tshisekedi dans son premier discours après les résultats.

«Un véritable putsch électoral». Ces déclarations ont nourri des rumeurs d’un rapprochement qui n’ont pas été démenties et qui ont suscité la colère dans le camp de l’opposant Martin Fayulu, arrivé deuxième. A mots voilés, ses partisans ont mis en garde contre un accord dans leur dos. «Kabila n’a pas à dire : je veux telle personne. Ce n’est ni sa résidence privée ni une affaire de famille, c’est une affaire d’État», a déclaré la porte-parole de la coalition formée autour de Martin Fayulu.

«Ces résultats n’ont rien à voir avec la vérité des urnes. C’est un véritable putsch électoral, c’est incompréhensible», a réagi Fayulu, ce jeudi, dans une interview à Radio France internationale (RFI). «On a volé la victoire du peuple congolais, et le peuple congolais n’acceptera jamais que sa victoire lui soit volée», a-t-il ajouté, parlant même d’«escroquerie». «La victoire dans une élection se négocie pas.» Il a appelé «tous ceux qui ont observé les élections» à «nous dire la vérité, à publier les résultats».

La France perplexe. «Il semble bien que les résultats proclamés (…) ne soient pas conformes aux résultats» réels, a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sur CNews. «Monsieur Fayulu était a priori le leader sortant de ces élections», a-t-il ajouté. Il demande «de la clarté» et appelle au «calme» pour «éviter les affrontements».

Jean-Yves Le Drian sur l’élection présidentielle en RDC: « Il semble bien que les résultats proclamés ne soient pas conformes (…) » pic.twitter.com/7wkoJbbqFa

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
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