Dakar-Echo

Est ce le déclin des grands partis ? Par Serigne Mbacké Ndiaye

Est ce le déclin des grands partis ? Par Serigne Mbacké Ndiaye

PS, PDS, AFP, URD, LDMPT, PIT, RND, toutes ces formations politiques qui ont joué un rôle plus ou moins important dans l’histoire du Sénégal semblent aujourd’hui condamnés, soit à une mort certaine, soit à être réduits à leur plus simple expression

Pendant ce temps, le Parti Démocratique Sénégalais qui a envoyé le PS dans l’opposition en l’ an 2000, voit son candidat Karim Wade, condamné à six ans de prison et gracié, exilé au Qatar.

Ces deux partis, véritables mastodontes de la scène politique, risquent donc de se retrouver sans candidats.

Ce tournant historique semble mettre en exergue le déclin des grands partis au Sénégal, à l’image d’ailleurs des autres pays du monde, sauf en Asie.

Ce déclin des grands partis politiques semble même inéluctable. Parti Socialiste, Parti Démocratique Sénégalais AFP, URD, LDMPT, PIT, RND, toutes ces formations politiques qui ont joué un rôle plus ou moins important dans l’histoire du Sénégal semblent aujourd’hui condamnés , soit à une mort certaine, tout au moins, à être réduits à leur plus simple expression.

Un déclin entamé depuis les élections de 1993. D’ailleurs, il ne restait à l’époque que deux partis dignes de ce nom. Le Parti Socialiste du président Abdou Diouf et le Parti Démocratique Sénégalais de l’opposant Abdoulaye Wade.

La capacité de mobilisation de ces deux partis, ne signifiait d’ailleurs pas une adhésion des masses à l’idéologie socialiste ou libérale. Abdou Diouf avait à son service l’appareil d’état et tous les moyens qui vont avec, alors qu’ Abdoulaye Wade avait un aura qui attirait les populations.

Voilà ce qui expliquait encore la relative bonne santé du Ps et du PDS. Le sort de tous les autres partis étaient presque déjà scellé, à commencer par ceux de gauche : RND, PIT, LDMPT, And Jeff-Aj-Pads…

La chute du mur de Berlin au soir du 9 novembre 1989 et l’effondrement de l’Union Soviétique entre 1990 et le 26 décembre 1991, et partant du bloc de l’est, étaient passés par là.

L’idéologie communiste venait de passer de mode et tous ceux qui s’en réclamaient, avec. Le temps n’était plus au marteau et à la faucille. Ameth Dansokho, Abdoulaye Bathly et autre Landing Savané l’ avaient d’aileurs si bien compris, qu’ils commencèrent aussitôt à diluer leur rouge communiste dans le vert Socialiste ou le bleu Libéral pour continuer d’exister dans le jeu politique, laissant leurs partis respectifs, aller à la dérive.

La guerre des chefs qui l’ ébranla en 1996, et qui fut suivie de scissions, et la naissance d’autres partis de ses flancs : URD (Djibo Ka), AFP ( Moustapha Niass), Pf ( Abdou Rahim Agne ), Sur ( Abdoulaye Makhtar Diop ), RSD ( Robert Sagna), porta un coup dur au Parti Socialiste. Sa défaite en l’an 2000 face au PDS d’Abdoulaye Wade et la perte de l’appareil d’état et de ses moyens achèveront de l’affaiblir. Son érosion électorale fut dès lors constante, et cette nouvelle guerre entre son secrétaire général Ousmane Tanor Dieng et le maire de Dakar Khlifa Sall pour son contrôle ne fera que precipiter son déclin.

Certains de ces partis dont le sort semble lié à celui du chef, ont peu de chance de survivre à leur leader car ils n’ont été créés que pour servir ses ambitions politiques. C’est le cas de l’ Urd et de l’AFP.

Le sort du Pds ne semble guère meilleur. Ce parti ne tenait que par son chef Abdoulaye Wade, aujourd’hui âgé. Aussi, le parti semble laissé à lui-même. Sa volonté de le laisser coute que coute à son fils Karim n’ a fait que provoquer le départ de bon nombre de cadres qui auraient pu prétendre à sa direction: Ousmane Ngom , Souleymane Néné Ndiaye, Mamadou Diagne Fada, Samuel Sarr, Farba Senghor, Idrissa Seck. Une hémorragie qui ne fait qu’ hypothéquer encore un peu plus un avenir déjà assombri par la retraite de son charismatique de chef.

Toutes ces causes endogènes ou exogènes , sont décuplées par le désaveu et le désamour que les citoyens nourissent à l’endroit des hommes politiques. Des décennies de promesses non tenues, de scandales financiers, d’enrichissements personnels, de népotisme, le tout enrobé d’ une douloureuse sensation d’impunité, ont fini par éroder le capital confiance des citoyens qui se sentent floués. La preuve, le président Macky Sall n’a jamais réussi à faire de l’ Apr un parti de masse, malgré tous les moyens à sa disposition en tant que parti au pouvoir.

L’Apr n’a jamais réussi à s’imposer sur l’échiquier politique et est obligé de chercher des alliances tous azimut pour disposer d’une majorité à l’assemblée nationale ou espérer un second mandat. Une situation inimaginable il y a quelques décennies.

L’expression » parti politique » semble aujourd’hui négativement chargé.

L’ avenir est plutôt pour ceux qui viennent de la société civile , et qui peuvent se prévaloir d’une certaine pureté. L’ampleur que les indépendants sont en train de prendre le démontre à suffisance: Ousmane Sonko, Ibrahima Déme, Guirasy , Mame Adama Gueye, Adjibou Souré, Babacar Camara, Ibrahima Sylla…Seuls ou à la tête de mouvements, ils prennent leurs marques sur la scène politique d’autant que les réseaux sociaux leur offrent une visibilité et une lisibilité sans commune mesure avec les meetings qui ont fait les beaux jours des traditionnels partis, qui plus est, à moindre frais.

Les résultats des élections du 24 février 2019 confirmeront leur ancrage dans la réalité politique ou révéleront les efforts qu’ ils devront encore fournir.

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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