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Escroquerie au «faux Jean-Yves Le Drian» : trois personnes arrêtées en Israël

Escroquerie au «faux Jean-Yves Le Drian» : trois personnes arrêtées en Israël

Trois Franco-israéliens ont été interpellés il y a un mois près de Tel-Aviv. Ils sont accusés d’avoir volé 8 millions d’euros à un chef d’entreprise en se faisant passer pour le ministre des Affaires étrangères.

C’est la première arrestation en flagrant délit, en Israël, d’escrocs sévissant en France. Trois Franco-israéliens, âgés de 37 à 47 ans, ont été interpellés fin février, téléphone en main, à Netanya, dans la banlieue sud de Tel-Aviv, par les enquêteurs de l’unité anticriminelle Lahav 433. Ces trois hommes sont soupçonnés d’avoir mené, depuis septembre 2018 dans l’Hexagone, une vaste escroquerie qui leur a rapporté huit millions d’euros.

Ils se faisaient passer pour le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, ou pour son chef de cabinet, afin de demander de l’argent. « Ce coup de force a été réussi grâce à la bonne coopération entre l’État hébreu et la France », explique un policier français.

Ces trois hommes sont des copieurs : ils ont suivi la même méthode que le médiatique escroc Gilbert Chikli. « Ils téléphonaient, envoyaient des mails et parfois, comme dans la première version de l’histoire, utilisait le logiciel de conversation vidéo Skype pour se faire passer pour le ministre lui-même », précise une source proche de l’affaire.

Le scénario était toujours le même : il consistait à demander à des hommes d’affaires et dirigeants de société du CAC 40 de venir en aide à la France pour payer la rançon d’otages qui seraient aux mains d’islamistes au Mali ou en Syrie.

Une quarantaine de dirigeants approchés
Au total, les aigrefins ont mené une quarantaine de tentatives auprès d’hommes d’affaires, d’ambassades ou de consulats. « La plupart des victimes n’ont donné aucune suite à ces sollicitations car la méthode utilisée était un peu décalée au regard de ce qui se fait habituellement dans le milieu feutré de la diplomatie et des affaires. Certains avaient, même, déjà entendu parler de la première escroquerie Le Drian », précise une source proche du dossier.

La supercherie fonctionne tout de même avec un chef d’entreprise qui verse huit millions d’euros au trio d’escrocs avant de se rendre compte, un peu tard, qu’il a été piégé. « L’argent est passé par un compte européen avant d’être viré sur un autre compte, chinois, explique un spécialiste. Après un jeu de compensation, une partie est revenue en Israël. En général, les spécialistes du blanchiment, qui sont des groupes différents des escrocs, gardent une commission de 25 %. »

Les enquêteurs de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) identifient les suspects grâce un travail sur la téléphonie et mènent une opération internationale avec les homologues israéliens. « Nous avons compris qu’ils avaient approché une nouvelle victime qui s’apprêtait à verser deux millions d’euros à ces trois hommes », précise une source proche de l’affaire. Les policiers français accompagnent alors la victime, dirigeant d’une institution spécialisée venant en aide aux blessés de guerre, pour qu’elle continue à parler avec les malfaiteurs. C’est ce qui a permis de les localiser.

Un yacht et des biens immobiliers saisis
Grâce à ce stratagème, le 26 février dernier, la police interpelle les trois hommes dans un appartement de Netanya alors qu’ils sont encore au téléphone avec la victime. Deux d’entre eux se laissent passer les menottes sans résister. Mais le troisième parvient à prendre la fuite avant d’être, plus tard, appréhendé. Les perquisitions permettent de mettre la main sur un ordinateur et des téléphones mobiles qui sont actuellement entre les mains des techniciens de la police.

Les trois hommes ont été placés en garde à vue. Durant les auditions, ils ont nié toute implication dans l’escroquerie avant d’être écroués. Ils sont déjà connus en France pour des faits anciens de droit commun sans commune mesure. La suite de la procédure pourrait permettre de saisir un yacht amarré à la marina de la ville et des biens immobiliers. Le parquet de Paris, chargé de l’affaire, envisage de dénoncer les faits à la justice israélienne ce qui permettrait de les juger sur place.

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