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Entretien – Fuk N Kuk : « Notre voyage en Belgique est une preuve que le rap hardcore peut s’exporter »

Entretien – Fuk N Kuk : « Notre voyage en Belgique est une preuve que le rap hardcore peut s’exporter »

Après la sortie de leur premier album, Def Ndam Génération, en 2016, le groupe de rap,  Fuk K Kuk, affiche toujours ses ambitions de conquérir le monde avec leur style musical. Dans cet entretien accordé à waatamba.com, la bande à Kab2seuss est revenue sur les raisons de leur voyage en Belgique. L’occasion aussi de réaffirmer leur volonté de poursuivre le rap hardcore. Un rap hardcore, qui, selon eux, est bel et bien un produit exportable.

Quelle présentation pourrait-on retenir du groupe de rap Fuk N Kuk ?

Fuk N Kuk est un groupe de rap  basé à Dalifort (Dakar) et crée en 2003, mais au paravent chacun rappait de son coté. Nous avons sorti notre premier album en 2016, Def Ndam Génération.

Fuk N Kuk est composé de Freeloader (professeur d’anglais au lycée Lamine Gueye de Dakar), Kab2seuss (peintre) et Pidiness (commerçant). Il a commencé à rapper avec le groupe. FuK N Kuk est l’un des premiers groupes qui a réussi à sortir un single, Ndef Ndam et à le commercialiser.

Lorsqu’on a crée le groupe, on a crée notre propre langage, Kalama Mbed, tout comme le Patouah en Jamaïque, le Slang  aux Etats-Unis et le Verlan en France.

 On a mis en place notre propre ligne vestimentaire. On a imposé le live. Avec notre venue dans le mouvement hip hop, beaucoup de choses ont changé. Au début, personne ne croyait en nous. On nous disait ce que vous faites ne va pas passer. Le rap « bou degeur » (le rap hardcore) est révolu, votre code vestimentaire n’est plus à la mode. Tel n’est plus le cas aujourd’hui.

Nous avons adopté une nouveauté avec le bonnet Amilcar Cabral, en lieu et place des casquettes avec l’effigie New York. Nous avons préféré porter ces bonnets pour valoriser ce qui est en Afrique à l’image des cultivateurs, des personnes âgées qui le portent souvent.

La plupart de nos morceaux parlent d’éducation. Nous sommes convaincus, tout comme Mandela, que l’éducation est la meilleure arme pour développer un pays. FuK N Kuk est un groupe qui est engagé socialement.

Vous avez effectué un voyage en Europe. Quelles en étaient les raisons ?

Oui il faut dire que nous étions à Paris en 2013 dans le cadre d’un forum organisé par le mouvement Y’en a marre de France. Je rappelle que nous sommes membres du mouvement Y’en a marre. Ce forum a été animé par Thiat de Keurgui, Fadel Baro et Lamine Diack. Durant ce séjour, nous avons pu faire des émissions radio, des concerts.

En 2016, nous nous sommes rendus en Belgique sur invitation d’une structure musicale belge, un partenaire de l’Africulturban de Matador. Laquelle structure nous a repérés lors du concert de la francophonie et a pu nous contacter par le biais d’Africulturban. C’est ainsi que nous sommes allés en Belgique pour participer à un festival au mois de mai 2016. On a pu y réaliser notre clip-vidéo et rencontrer des artistes de là-bas.

Malheureusement,  il y a des rappeurs qui sont hypocrites, méchants. Ceux-là disaient que votre rap hardcore ne peut pas s’exporter. Finalement on y est allé, les gens croyaient que c’était du montage.

Qu’avez-vous eu comme expériences musicales durant ce voyage ?

Nous avons fait pas mal de concerts, participé à des conférences. Sans parler des échanges effectués avec des rappeurs, des producteurs, des mélomanes de là-bas. Nous avons beaucoup appris parce que voyager c’est apprendre. Nous avons appris par rapport au mouvement hip hop, à la culture belge. Et ce qui nous a beaucoup frappés lors de ce voyage, c’est le ministre de la culture de la Belgique qui est descendu d’un taxi pour venir assister aux répétions des artistes. Il était accessible, modeste. Tout le contraire de nos ministres.

Nous avons aussi appris des notions dans l’organisation et la programmation de concerts. Par exemple, on ne vous permet pas là-bas de faire du play-back. D’autant plus que la sonorisation est des meilleurs, la logistique y est.

 Les concerts se font en live. Et permettez-moi de lancer un appel aux artistes-rappeurs sénégalais pour leur dire d’arrêter de faire du play-back.

Donc ce voyage en Belgique est une preuve que le rap hardcore peut s’exporter ?

Bien sûr. Le rap hardcore peut s’exporter, même dans une autre planète. Il faut juste y mettre les moyens et valoriser ce que  l’on fait. En ce qui concerne Fuk N Kuk, c’est le vent qui suit notre direction pas le contraire. Autrement dit, on ne fait pas ce qui marche, on fait marcher ce qu’on fait.

Vous êtes bien connus sur le plan national. Pourquoi ce succès ?

Nous avons été patients. Fuk N Kuk c’est 13 ans d’existence sans album. Nous sommes restés 13 ans dans l’underground. Au finish, on partage le plateau avec des artistes rappeurs qui ont sorti quatre à cinq albums. C’est parce qu’on a beaucoup travaillé.  Chaque mois, nous tenons des manifestations. Vous savez nous sommes très actifs dans le game.

Après avoir organisé des concerts dans la banlieue, nous avons joué dans les régions avant d’afficher notre volonté de conquérir un autre type de public. C’est ainsi que nous avons opté d’organiser un concert à Daniel Sorano qui a été un succès.

Quelle est la prochaine étape ?

Présentement, il y a un projet sur lequel nous travaillons. On doit aller à Paris pour un concert organisé par Senart Vision. C’est pour le 15 avril. Ils ont choisi 20 groupes au Sénégal qui joueront à ce concert. Normalement avant notre départ, le Président de la république, Mack Sall,  doit recevoir les artistes invités comme nous y allons pour représenter le Sénégal et l’Afrique. Parallèlement, nous continuons à faire la promotion de notre album.

Le dernier Mot.

Juste dire aux rappeurs d’être cohérents par rapport à ce qu’ils font, à ce qu’ils disent, à ce qu’ils défendent. Il faut défendre son peuple, sa commune parce qu’un artiste  doit porter des combats. Un artiste doit contribuer au développement de  sa commune, de sa région, de son pays, voire de sa race. Il doit être un exemple.  En tout cas, c’est ce que nous croyons  et depuis lors nous y sommes. 

 Amédine FAYE/ waatamba.com.

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