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Elections présidentielle en Turquie: quels sont les cinq candidats face à Recep Tayyip Erdogan ?

Elections présidentielle en Turquie: quels sont les cinq candidats face à Recep Tayyip Erdogan ?

Premier ministre depuis 2003, chef de l’État depuis 2014, Recep Tayyip Erdogan part favori de l’élection présidentielle anticipée de dimanche, mais n’est pas assuré, selon les sondages, de l’emporter dès le premier tour.

Cinq candidats lui disputent les suffrages des quelque 56 millions d’électeurs. En cas de second tour, Erdogan serait probablement opposé à Muharrem Ince, candidat de la gauche laïque le 8 juillet. Un second tour qui serait délicat, ses rivaux appelant à battre le sortant.

Muharrem Ince, 54 ans, Parti républicain du peuple (CHP, social démocrate)

C’est déjà un vieux routier de la politique, député de Yalova depuis quatre mandats et chef du groupe parlementaire du Parti républicain du peuple (gauche laïque). Mais les Turcs (re) découvrent Muharrem Ince à l’occasion de cette campagne, où son humour cinglant fait sensation.

Beaucoup ont appris qu’il est né dans une modeste famille rurale près de Yalova, dans l’ouest du pays. Si cet ancien prof de physique-chimie est un moderne, qui veut investir massivement dans l’éducation, la recherche et la haute technologie, il n’hésite pas à s’afficher avec sa sœur et sa mère, qui portent le voile, et met en avant sa volonté de pacifier un pays que quinze ans d’Erdoganisme ont profondément divisé.

Meral Aksener, 62 ans, Bon Parti (IP, nationaliste)

Si Recep Tayyip Erdogan devait être battu à la présidentielle, il le devrait en grande partie à Meral Aksener. Cette historienne vient de la droite radicale. Étudiante, elle milite aux Foyers idéalistes, une organisation qui sera le berceau des loups gris de sinistre réputation. C’est pourtant au centre-droit qu’elle commence sa carrière, dans le parti du président Suleyman Demirel.

Ascension fulgurante : députée en 1995, elle devient l’année suivante ministre de l’Intérieur. Dans les années 2000, alors que les partis traditionnels sont balayés par l’AKP d’Erdogan, elle retourne à l’extrême droite… pour mieux claquer la porte du MHP quand son chef, Devlet Bahçeli, s’allie à Erdogan par pur opportunisme.

Il y a quelques mois, Aksener a créé son propre parti, le Bon parti, qu’elle a recentré. Objectif : capter tous les électeurs conservateurs et nationalistes plus attachés à la laïcité d’Atatürk qu’à l’islam version frères musulmans.

Selahattin Demirtas, 45 ans, Parti démocratique des peuples (HDP)

De tous les candidats, il est le plus charismatique. Lors de la précédente présidentielle, en août 2014, il avait frôlé l’année les 10 %. Artisan de l’ouverture du HDP, la formation pro-kurde qu’il a transformée en un parti de gauche à l’échelle de la Turquie, Selahattin Demirtas paie cher son succès.

Nombre de députés du HDP ont été arrêtés. Lui-même est détenu depuis novembre 2016 à la prison d’Edirne, sous l’accusation de « terrorisme ». Il ne peut donc faire campagne autrement que via des messages transmis par son épouse, ses avocats, et une unique interview télévisée depuis sa cellule. Il dénonce une prise d’otage et se dit « prêt à mourir mille fois », alors que le chef de l’État a menacé de le faire exécuter.

Temel Karamollaoglu, 77 ans, Parti de la félicité (SP)

De tous les candidats, Temel Karamollaoglu est le plus conservateur. Idéologiquement, il est le plus proche de Recep Tayyip Erdogan. Mais le président de la Félicité, un islamiste à l’ancienne, s’est dressé contre le président sortant, dont il dénonce la dérive autoritaire.

Jusqu’à faire alliance, pour les législatives, avec la gauche laïque et les nationalistes. S’il parle d’une voix suave, il a du mal à faire oublier qu’il était maire de Sivas, en 1993, quand des intégristes ont incendié un hôtel de la ville où des intellectuels de gauche et des militants laïcs s’étaient réunis, faisant 37 morts.

Dogu Perinçek, 76 ans, Parti de la patrie (VP)

Chairman of Vatan (Patriotic) Party Dogu Perincek

L’inusable Dogu Perinçek, 76 ans, est l’un des historiques de l’extrême gauche turque. Docteur en droit, incarcéré de multiples reprises, notamment après le coup d’État militaire de 1980, adepte des théories du complot, il a viré national souverainiste et milite pour un rapprochement avec la Russie.

Il a fait parler de lui en saisissant la Cour européenne des droits de l’homme pour défendre son droit à nier le caractère génocidaire du génocide des Arméniens. La CEDH lui avait donné raison. Sa trajectoire et ses alliances sont souvent déroutantes.

De tous les rivaux d’Erdogan, il est le seul à avoir refusé de prendre position contre l’actuel président en cas de second tour.

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

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