Dakar-Echo

Des milliers de manifestants dans le monde musulman contre les caricatures de Mahomet

je_suis_mohamedDeux jours après sa publication, la « une » du dernier Charlie Hebdo représentant Mahomet la larme à l’œil et tenant une pancarte « Je suis Charlie », continue de provoquer la colère dans le monde musulman.

Plusieurs milliers de fidèles ont manifesté, vendredi 16 janvier, après la grande prière, à travers une dizaine de pays au d’Afrique et du Moyen-Orient.

La couverture du journal satirique avait suscité dès sa sortie mercredi de nombreuses critiques de gouvernements ou instances musulmanes en Egypte, à Jérusalem ou encore au Sénégal. La Tunisie, le Maroc et l’Algérie n’ont pas autorisé la diffusion de l’hebdomadaire.

Quatre morts au Niger, un centre culturel français brûlé
drapeau_français_brulé_nigerLa manifestation contre Charlie Hebdo à Zinder, la deuxième ville du Niger, a viré en affrontements au cours desquels trois civils et un policier ont été tués, et environ 45 personnes, blessées. « Certains manifestants avaient des arcs et flèches, des gourdins, et ils en ont fait usage », a rapporté un policier à l’agence Reuters.

Le centre culturel français de la ville a été incendié. Une cinquantaine de personnes ont « cassé la porte » d’entrée, puis «mis le feu» à la cafétéria, à la médiathèque et à des locaux administratifs, malgré des «tirs de sommation» de «deux policiers » présents pour protéger le complexe, a rapporté Kaoumi Bawa, le directeur du centre.

2 500 manifestants dans la capitale jordanienne
Le plus important rassemblement de ce vendredi a eu lieu à Amman, où 2 500 manifestants, membres des Frères musulmans et d’organisations de jeunesse, ont défilé sous haute surveillance et dans le calme, arborant des banderoles sur lesquelles on pouvait notamment lire « l’atteinte au grand Prophète relève du terrorisme mondial ». Le roi Abdallah II, qui avait participé dimanche à la marche de Paris contre le « terrorisme », a depuis qualifié Charlie Hebdo d’« irresponsable et inconscient ».

Manifestation palestinienne à Jérusalem-Est
« L’islam est une religion de paix » et « Mahomet sera toujours notre guide », pouvait-on lire sur des banderoles. «Français, bande de lâches !», ont scandé quelques centaines manifestants réunis sur le site sensible de l’esplanade des Mosquées, à Jérusalem-Est, partie palestinienne annexée et occupée par Israël.

Le grand mufti Mohammad Hussein, qui dirigeait la prière à laquelle environ 35 000 personnes ont pris part, n’a pas évoqué Charlie Hebdo dans son prêche. Il avait dénoncé mercredi comme une «insulte» aux musulmans la « une » de l’hebdomadaire et condamné « le terrorisme sous toutes ses formes ».

Des milliers de personnes réunies à Alger
Entre 2 000 et 3 000 personnes, dont des femmes et des enfants, ont également manifesté à Alger à la suite d’appels sur les réseaux sociaux, relais d’une campagne de protestation lancée dès la publication de Charlie Hebdo mercredi. Les manifestants ont convergé de plusieurs mosquées de la ville vers la place du 1er-Mai et la place des Martyrs, le parcours habituel des manifestations à Alger, qui sont pourtant interdites depuis 2001.

Plus d’un millier de manifestants à Dakar, le drapeau français brûlé
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Au moins un millier de manifestants ont protesté à Dakar après la prière du vendredi contre la caricature du prophète Mahomet par l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, ont constaté des journalistes de l’AFP.
Un drapeau français a été brûlé devant l’ambassade de France, dans le centre de Dakar, par un groupe de manifestants qui ont scandé des slogans à la gloire du prophète Mahomet et contre Charlie Hebdo, selon des journalistes de l’AFP.

La police a lancé des bombes lacrymogènes pour disperser la foule, qui criait «Allah akbar».

Plus d’un millier de manifestants avaient spontanément pris la direction de la représentation diplomatique française après un rassemblement à l’appel d’organisations islamiques, initialement prévu dans la Grande Mosquée de Dakar (centre-ville), qui s’est mué en une marche.

«Au diable Charlie», «Ne touche pas à mon prophète», «la liberté de blasphémer tue la liberté d’expression», pouvait-on lire sur des banderoles et pancartes.

Lors de cette marche de la Grande Mosquée jusqu’à la Place de l’Obélisque, dans un quartier populaire, les manifestants se sont arrêtés devant la télévision publique pour exiger d’être filmés.

Plusieurs manifestants ont critiqué le président Macky Sall pour avoir participé à la marche organisée dimanche à Paris, contre «le terrorisme», après les attentats qui ont fait 17 morts la semaine dernière en France, dont 12 lors de l’attaque contre l’hebdomadaire satirique.

«Macky Sall est un hypocrite. Il ne devait pas participer» à cette marche, a affirmé une manifestante. «Il doit présenter ses excuses» aux Sénégalais, a déclaré à la presse Malick Ndiaye, enseignant à l’Université de Dakar.

Le Sénégal a interdit la diffusion «par tout moyen» de l’édition de mercredi de «Charlie Hebdo», ainsi que celle du quotidien «Libération», qui a repris la Une de l’hebdomadaire satirique mercredi, où figure une caricature de Mahomet.

Le Sénégal ne peut pas «cautionner» des caricatures de Mahomet car elles pourraient être «sources de tensions sérieuses sur l’ensemble de la planète», avait justifié jeudi Macky Sall, également président de l’Organisation de la conférence islamique (OCI).

Sa présence était «une manifestation de solidarité face à une agression barbare que des Français ont subie suite à la tuerie» de Charlie Hebdo, avait-il expliqué.

Le Sénégal, «république laïque» où la presse est libre et les censures de journaux rares, compte plus de 90% de musulmans.

Des milliers de personnes à Bamako, au Mali
Après la grande prière du vendredi, des milliers de manifestants ont convergé vers le boulevard de l’Indépendance, à Bamako, point névralgique des manifestations politiques dans le centre de la capitale malienne. L’appel à manifester était venu de prédicateurs célèbres et du Haut Conseil islamique du Mali, principale organisation islamique de ce pays à 90 % musulman, et où la France s’est militairement engagée en 2013 pour chasser des groupes djihadistes liés à Al-Qaida.

Des milliers de personnes rassemblées en Mauritanie
En Mauritanie. Des milliers de Mauritaniens se sont rassemblés, ce vendredi à Nouakchott, la capitale. Ils ont manifesté devant le palais présidentiel et d’autres ont pris la direction de l’ambassade de France, pour protester contre Charlie Hebdo. 

Des manifestations dans cinq villes du Pakistan
A Karachi, des heurts violents entre policiers et manifestants ont fait des blessés, dont un grave. Un photojournaliste qui travaille pour l’Agence France-Presse a été atteint d’une balle dans un poumon, puis admis d’urgence dans un hôpital, où il a subi avec succès une intervention chirurgicale. Il serait « hors de danger dans l’immédiat », d’après l’hôpital. D’autres rassemblements avaient lieu à Islamabad, la capitale du pays, à Lahore, à Peshawar et à Multan, où un drapeau tricolore français a également été brûlé.

Des centaines de musulmans rassemblés au Soudan
A Khartoum, quelques centaines de fidèles ont brièvement manifesté après la grande prière, dont certains ont scandé : « Expulsez l’ambassadeur de France, victoire au prophète de Dieu ! » Sur une banderole on pouvait lire : « Le gouvernement français doit présenter des excuses… »

Appel à des « manifestations pacifiques » au Qatar
Au Qatar, l’Union mondiale des oulémas, dirigée par le prédicateur Youssef Al-Qaradaoui, considéré comme l’éminence grise des Frères musulmans, a appelé à des « manifestations pacifiques » et a critiqué le « silence honteux » de la communauté internationale sur cette « insulte aux religions ».

Les autorités du pays, qui avaient fermement dénoncé l’attentat contre Charlie Hebdo, ont « condamné la nouvelle publication de dessins offensants pour le prophète Mahomet », publication qui, selon elles, alimente « la haine et la colère ».

Condamnation politique à Bahreïn
A Bahreïn, le ministère des affaire étrangères a condamné l’acte « honteux de republier des dessins insultant » le Prophète, soulignant qu’une telle attitude « créera[it] des circonstances favorables à la propagation de la haine et du terrorisme ».

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

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