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Des élus congolais luttent contre la sorcellerie, frein au contrôle de l’épidémie d’Ebola

Des élus congolais luttent contre la sorcellerie, frein au contrôle de l’épidémie d’Ebola

Pour enrayer l’épidémie en RDC, des élus tentent de convaincre la population qu’il ne faut pas s’en remettre aux sorciers pour se protéger contre la maladie.

« Cette épidémie est un mauvais sort. Pour se protéger, il faut se tourner vers la prière. » Cette idée, relayée cette semaine encore par un fonctionnaire de l’Etat, est tant partagée en République Démocratique du Congo (RDC) qu’elle empoisonne le travail des équipes soignantes qui luttent férocement contre une épidémie d’Ebola dans ce pays du centre de l’Afrique.

Dans son dernier bilan vendredi, le gouvernement a déclaré avoir enregistré 43 cas alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) faisait état le même jour d’un total de 45 cas, dont 25 décès. Les pays frontaliers s’alarment d’un risque de propagation du virus. Ainsi, en parallèle des soins et de la prévention des instances sanitaires, plusieurs élus tentent d’enrayer la croyance en la sorcellerie qui empêche le contrôle de la maladie.

« Si tu n’as pas le mauvais sort, il n’y a aucun souci ! »
« De nombreux villageois sont convaincus que cette épidémie est provoquée par la sorcellerie qui s’abat sur leurs villages […] Pour enrayer sa propagation, il faut expurger de la tête des villageois que la maladie à virus Ebola est un mauvais sort jeté sur les villages », s’inquiète par exemple le député Bavon N’Sa Mputu Elima, élu de Bikoro, à 600 km au nord de Kinshasa.

Cette ville de 200 000 âmes est pour l’instant la plus touchée du pays, même si un cas a été découvert cette semaine dans une zone urbaine, à Mbandaka, où 1,2 million d’habitants sont potentiellement exposés.

En RDC, la majorité de la population vit dans la pauvreté. Pour faire face aux difficultés de la vie, de nombreux Congolais se sont tournés vers les églises à la recherche des miracles, de la guérison en cas de maladie et de la solidarité. Des cas suspects de personnes présentant des symptômes sont d’ailleurs régulièrement signalés dans les églises.

« Ne sont contaminées par Ebola que des personnes qui sont visées par le mauvais sort jeté par des sorciers en colère. Si tu n’es pas concerné, il n’y a aucun souci à se faire », assure par exemple Mandela Bolunda, conducteur de taxi-moto à Mbandaka. De quoi alimenter les craintes de la communauté internationale, qui surveille de près l’évolution de la situation.

Un plan « de portée nationale et internationale »
C’est la neuvième fois que la RDC est touchée par ce virus depuis 1976, première apparition d’Ebola dans cet ex-Zaïre. Le pays avait eu très peur mais n’avait toutefois pas été concerné par le précédent épisode, très traumatisant pour l’Afrique et menaçant jusqu’à l’Europe. Cette terrible épidémie avait frappé l’Afrique de l’Ouest entre fin 2013 et 2016, causant plus de 11 300 morts sur plus de 28 000 cas recensés, à plus de 99 % en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone.

Les premiers symptômes s’avèrent assez courants, tels des maux de gorge, des maux de tête, des douleurs musculaires et brusque montée de fièvre. Mais dans une deuxième phase, des vomissements peuvent apparaître, puis des hémorragies internes et externes ainsi que des insuffisances hépatique et rénale.

L’OMS envoie un vaccin expérimental
Plusieurs membres du personnel soignant de Bikoro ont été contaminés. Ils étaient en contact avec les malades. Vendredi, le gouvernement congolais a annoncé avoir activé le plan de riposte contre cette épidémie « de portée nationale et internationale » tandis que l’OMS a considéré que, pour l’instant, l’épidémie actuelle ne constituait pas une urgence de « portée mondiale ».

L’organisation mondiale va envoyer 7 540 doses d’un vaccin expérimental. Depuis la terrible épidémie de 2016, deux vaccins expérimentaux se sont révélés prometteurs pour protéger de la fièvre hémorragique pendant au moins un an, selon les résultats d’un essai clinique publié en octobre 2017. Mais les tests, menés l’an dernier au Liberia, ne sont pas terminés.

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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