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Des bactéries mutantes ultra-résistantes rapportées de l’espace

Des bactéries mutantes ultra-résistantes rapportées de l’espace

Des scientifiques russes ont envoyé pendant 31 mois des œufs de crustacés et de carpes à bord de l’ISS. De retour sur Terre, les bactéries analysées se sont révélées beaucoup plus agressives.

Cela ressemble au scénario d’un film catastrophe. L’agence de presse russe RIA Novosti vient de publier les résultats d’une étude du programme de recherche Biorisk, menée sur des « bactéries mutantes » rapportées de la Station spatiale internationale (ISS).

Ces bactéries « ont montré une forte agressivité et une résistance aux antibiotiques à leur retour sur Terre », indique RIA Novosti, citant les travaux des scientifiques russes qui seront présentés du 12 au 22 juillet lors de la conférence Cospar 2018, à Pasadena (Californie).

Les chercheurs russes ont envoyé pendant 31 mois des œufs de crustacés et de carpes à bord de l’ISS. Ils étaient placés dans un conteneur situé à l’extérieur du vaisseau, exposé aux rayons cosmiques.

Les échantillons analysés par les scientifiques russes ont montré que la bactérie Bacillus subtilis est devenue résistante à 6 des 8 produits antibactériens qui étaient efficaces avant son séjour dans l’espace. « On peut conclure qu’après exposition à des conditions hostiles typiques de l’espace, seules les couches les plus résistantes et agressives des micro-organismes survivent », écrivent les chercheurs.

Mutation accélérée dans l’espace
« Cette étude a été lancée au départ pour observer non pas des bactéries, mais les effets des radiations sur le développement des êtres vivants », explique au Parisien Michel Viso, responsable du programme exobiologie au Centre national d’études spatiales (Cnes). Les scientifiques utilisent des œufs car ils ont une multiplication cellulaire intense, ce qui permet de détecter les problèmes rapidement.

Dans l’espace, les mutations génétiques sont beaucoup plus rapides car « les radiations que l’on reçoit du cosmos sont beaucoup plus intenses que sur Terre », ajoute le chercheur français. Pour préparer d’éventuels vols plus lointains, « il est important de faire de la radiobiologie, c’est-à-dire de comprendre les effets biologiques de ces radiations sur l’ADN des êtres vivants ».

« Des bactéries mutantes, il y en a plein sur Terre »
Comment interpréter les résultats de l’étude russe ? « Cela veut dire que la population bactérienne qui est dans l’espace aura, avec le temps, une biodiversité plus importante qu’une population bactérienne qui resterait sur le sol de la Terre, éclaire Michel Viso. Cela pourrait se révéler embêtant pour des voyages au long cours d’êtres humains, car des bactéries bénignes pourraient devenir résistantes aux antibiotiques », estime poursuit Michel Viso.

Quant au fait que les bactéries de l’espace soient transférées sur la Terre pour être étudiées, cela ne pose pas de risque particulier. « Des bactéries mutantes, il y en a plein sur Terre, rappelle Michel Viso. Celles venant de l’espace ont juste muté plus rapidement. Cela ne préjuge pas de la qualité, de l’intérêt ou du risque de la mutation. Il n’y a pas de raison qu’une bactérie venue de l’espace soit plus dangereuse qu’une espèce terrestre ».

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

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