Dakar-Echo

Définition du statut du chef de l’opposition: Macky Sall tient les cartes en main

Définition du statut du chef de l’opposition: Macky Sall tient les cartes en main

Après la présidentielle du 24 février dernier, la sphère politique sénégalaise s’est recomposée avec une montée en force du leader de Pastef, Ousmane Sonko, ou encore la «résurrection» du président du parti Rewmi, Idrissa Seck.

Pour autant, le statut de chef de l’opposition ne semble toujours pas lisible, surtout avec la non-participation du Parti démocratique sénégalais (PDS) à la dernière présidentielle. Encore qu’il revient au chef de l’Etat, Macky Sall, de définir clairement ledit principe constitutionnel, à travers une loi organique, de concert avec les acteurs.

Qui est le chef de l’opposition sénégalaise ? Cette question à mille inconnus taraude les esprits, après la présidentielle du 24 février dernier. Impossible de dire, sans risque de se tromper, qui est le chef de l’opposition sénégalaise. En effet, la reconfiguration de la sphère politique, surtout de l’opposition sénégalaise, est actée après la réélection du président sortant, Macky Sall, avec 58,26% des voix, suivi d’Idrissa Seck fort de 20,51%.

Ousmane Sonko ferme le podium avec 15,67%, suivi d’El Hadj Issa Sall 4,07% et enfin de Madické Niang 1,48%. Sorti deuxième à la présidentielle, le leader du parti Rewmi, Idrissa Seck peut légitimement se réclamer «chef de l’opposition», avec ses 899.556 voix. Fort de ses résultats aux allures de remontée, comparés à ceux de 2012 d’environ 8%, Idrissa Seck qui est monté en sympathie a fini de prouver qu’il sait renaitre de ses cendres. Surtout pour quelqu’un qui avait été déclaré pour «mort politiquement» après sa «glissade» sur l’affaire «Makka-Bakka».

Dans la recomposition de l’opposition politique sénégalaise post-présidentielle, le leader du Pastef Ousmane Sonko qui est sorti troisième au scrutin de février pourrait avoir se prévaloir de prétentions motivées pour siéger à l’avant-garde du camp opposé à Macky Sall.

Avec son score honorable de 15,67%, en cristallisant le vote contestataire, ce «jeune loup» qui est présenté comme le candidat «antisystème» a fini de cristalliser les attentions des analystes, observateurs et classe politique confondus. Pour sa première participation à une présidentielle, Ousmane Sonko caricaturé au début comme le candidat des réseaux sociaux, a pu bénéficier du soutien d’une bonne frange de la jeunesse. Ce qui peut être prometteur pour les échéances futures. Cela peut-il cependant suffire pour porter le costume de chef de l’opposition sénégalaise ? Allez savoir.

Le candidat du Parti de l’unité et du rassemblement (Pur), El Hadj Sall dit Issa Sall qui a fini quatrième avec 4,07%, l’avait réclamé ce costume, tout juste après les élections législatives de 2017.

Comme raisons évoquées, le professeur avait estimé, lors d’une conférence de presse, que «le Pur est devenu le premier parti au Sénégal et comme nous sommes de l’opposition, nous réclamons le statut de chef de file de l’opposition (….) Faites le calcul du nombre de députés par rapport au nombre de parties des différentes coalitions, vous vous rendrez compte que nous sommes le premier parti du Sénégal car nous avons, en tant que parti, plus de députés que les autres».

Le même schéma ne serait-il pas toujours valable, avec cette présidentielle surtout quand on audite la configuration des partis et coalitions qui ont été en lice ? Peut-on, dès lors, écarter le Parti démocratique sénégalais (PDS), plus précisément l’ancien président Me Abdoulaye Wade, même si sa formation n’a pas participé à la présidentielle dernière ? Les souvenirs encore fraiches rappellent qu’il a dirigé la liste de la coalition gagnante «Wattu Senegaal», sortie deuxième aux élections législatives de 2017, devant beaucoup de listes de leaders de l’opposition.

Macky Sall, maître du jeu

Cependant, la loi reste muette sur la définition du statut de l’opposition et de son chef. Il manque jusqu’à ce jour une loi organique qui précisera ou complétera les dispositions de la Constitution qui a fixé les principes généraux. Dans une interview accordée à AZ Actu, en novembre 2016, lors de sa visite officielle en Pologne, le chef de l’Etat, Macky Sall avait déclaré, sur cette question, que «si l’opposition n’est pas prête pour cela et si son adoption doit poser problème pour elle, ça peut attendre. Le jour où l’opposition sera prête sur cette question, on pourra avancer.

En tout cas, cette affaire de statut du chef de l’opposition est un débat qu’il faut vider». Maintenant qu’il a lui-même invité les acteurs au dialogue, tout en promettant de fixer les termes de référence dudit dialogue après sa prestation de serment, le 2 avril prochain, n’est-il pas temps de vider cette affaire de statut du chef de l’opposition?

Même si du côté du régime, l’on semble adosser sa faisabilité à l’acceptation du dialogue par l’opposition qui serait la seule concernée par cette affaire, il n’en demeure pas moins que la balle est dans le camp du président Macky Sall, à même de faire bouger les choses.

Jean Michel DIATTA

Articles similaires

Laisser un commentaire