Dakar-Echo

De la diplomatie circulaire à la préservation de l’héritage, le drapeau du Sénégal sur le toit du monde

De la «diplomatie circulaire » de Senghor, déclinée par sa théorie des « cercles concentriques» à celle que l’on pourrait qualifier de «diplomatie du bulldozer» de Wade qui repousse les frontières avec de nouvelles coopérations, est venue s’incruster celle de Diouf et de Macky Sall, préoccupée par la préservation et l’enrichissement de l’héritage.

La diplomatie senghorienne s’est illustrée dans la recherche d’un nouvel ordre économique mondial, tout comme dans la construction et le renforcement de la coopération fondée sur sa théorie des «cercles concentriques», fondée elle-même sur la géographie et l’histoire.

Lit-on dans le livre de Amadou Diop : « Sénégal : Repères et grandeurs d’une diplomatie », publié aux éditions Sentinelles.

Le postulat de base de Senghor, c’est qu’il ne saurait y avoir de paix, de développement et de sécurité dans le monde sans la suppression des inégalités entre pays riches et pays pauvres.

Le programme s’articule autour des points suivants : amélioration des termes de l’échange pour les pays en développement, accroissement des recettes attirées de l’exportation de leurs matières premières, allègement des dettes des pays les plus défavorisés, lutte contre l’inflation et la fluctuation des monnaies.

La coopération arabo-africaine a été théorisée par Léopold Sédar Senhgor sur le socle de la complémentarité civilisationnelle entre l’arabité et l’africanité, c’était au Caire en 1967. Il a lancé la première rencontre des Ministres des Affaires étrangères arabes et africains, à Dakar, en avril 1976.

Le Sénégal a été le premier pays d’Afrique au Sud du Sahara à créer une Commission nationale pour l’organisation du pèlerinage aux Lieux saints d’Arabie Saoudite. En 1972 le Roi Fayçal d’Arabie Saoudite a effectué une visite officielle mémorable au Sénégal

Diplomatie circulaire
La diplomatie suivant « les cercles concentriques » signifie que le cercle des amitiés commence par les voisins immédiats imposés par la géographie, pour ensuite étendre ses tentacules au niveau sous-régional, régional, continental et mondial. Ces cercles de coopération peuvent être imposés aussi par l’histoire, comme entre anciens pays colonisteurs et anciens pays colonisés.

Toutes les constitutions du Sénégal réservent une place capitale à l’unité
En 1963, le Président Senghor convoqua, à Dakar, la 1ère réunion des Ministres des Affaires étrangères du continent. Cette rencontre lança l’idée d’une organisation panafricaine et prépara les documents pour la tenue du premier Sommet de l’OUA.

L’organisation commune africaine et malgache (Ocam) dirigée par les Sénégalais Diakha Dieng puis Fallilou Kane

Il lance avec Modibo Keita, Sékou Touré, Moctar Ould Dada, l’organisation des Etats Riverains du Fleuve. La Bceao, l’Asecna, l’Omvg ont porté l’empreinte de la diplomatie sénégalaise.

Diouf, le gardien du temple
La diplomatie de Abdou Diouf est plutôt préoccupée par la préservation et l’enrichissement de l’héritage. Elle est alors tournée vers l’intégration et l’unité du continent. C’est ainsi que le Président Diouf préside aux destinées de la Cdeao et l’Oua. Il envoie des soldats au niveau des zones de tension.

La diplomatie du Président Abdou Diouf, c’est aussi la coopération sud-sud renforcée.

Attachement aux idéaux qui fécondent le mouvement des Non-alignés. Mais cette vision était teintée de pragmatisme. C’est ainsi que le Sénégal ne s’est pas joint, à Carthagène, en Colombie, à la déclaration condamnant les essais nucléaires français dans le Pacifique.

En 1992, le Président Abdou Diouf reçoit le Pape Jean Paul II. L’on note aussi la création du G.15 sous l’impulsion d’Abdou Diouf avec le soutien de Mitterrand.

Une diplomatie qui pèse sur la marche du monde, avec des soldats sénégalais qui sont envoyés au Golfe lorsque l’Irak a attaqué le golfe. 92 soldats y laissent leur vie.En 1998 Diouf reçoit Bill Clinton

Wade ou la diplomatie du bulldozer

L’Afrique et le monde doivent au Président du Sénégal, Me Abdoulaye Wade, les fondamentaux du Nepad et les progrès institutionnels de l’Union africaine. Il s’est beaucoup battu au renforcement de la Commission de l’Union proposée comme embryon d’un gouvernement fédéral.

Me Wade a aussi pesé de tout son poids sur la parité Hommes/Femmes dans la composition de la Commission et dans les recrutements. Sans compter l’inclusion de la Diaspora comme 6e région du continent. Il a aussi joué un rôle déterminant dans la poignée de mains historique entre Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana pendant les médiations de « Dakar I » et « Dakar II ».

Médiation saluée par Dr. Condoleezza Rice comme ayant peut-être « épargné une guerre civile et plusieurs dizaines de milliers de victimes ». Ajouter à cela la signature du Cessez-le feu de Bouaké qui a arrêté la guerre en Côte d’Ivoire.

Sans compter la participation du Sénégal à toutes les rencontres du G-8 depuis l’avènement du Nepad, ce qui a fait de notre pays un interlocuteur incontournable des 8 pays parmi les plus puissants du monde. Me Wade décroche les visites successives à Dakar du Président Bush, du Premier Ministre Blair, du Premier Ministre Chrétien, du Président Chirac, du Président Lula Da Silva, de sa Majesté Mohamed VI, du Président Khatami. Il y a aussi l’ouverture d’une ambassade de Cuba à Dakar ; renforçant par ailleurs ses relations fraternelles avec l’Iran et la Libye.

En outre, il y a le rééquilibrage de notre politique extérieure en faveur de nouveaux partenaires asiatiques (Inde, Chine, Malaisie, Iran, etc.), du Moyen orient (Arabie Saoudite, Koweït, Qatar, EAU, Bahreïn, Oman) et de l’Amérique latine (Brésil, Venezuela, Caraïbes), avec une présence diplomatique renforcée dans ces zones, ont été perçus par tous comme des gestes mûrs d’une petite « grande puissance diplomatique » comme certains aiment à appeler notre pays.

Le Président Wade a aussi réussi à mettre autour d’une table la classe politique mauritanienne.

La diplomatie des sens
Cependant, l’on reproche aussi à Me Wade de torpiller la candidature de ses compatriotes aux instances internationales, régionales et sous-régionales. C’est le cas de Ibrahima Fall qui avait été pressenti par le président Olusegun Obasanjo du Nigeria en 2001 pour conduire aux destinées du Secrétariat général de l’Organisation de l’unité africaine en pleine mutation pour devenir l’Union Africaine dès 2002 à Maputo, au Mozambique.

Moussa Touré, l’ancien président de la Commission de l’Union économique et monétaire Ouest Africaine (Uemoa) fit ensuite les frais du désintérêt du président Wade pour toute candidature sénégalaise qu’il n’a pas suscitée lui-même. Il cède sa place au Malien Soumayla Cissé au sommet de Niamey, malgré les demandes insistantes de tous les autres présidents membres de l’Uemoa.

Le Président Wade demande la dissolution de la FAO, à la tête duquel se trouve son compatriote, Jacques Diouf. Il se retire de l’Asecna, cet autre instrument d’intégration.

Au niveau de l’Union africaine, malgré le fait que notre pays a largement contribué à l’élaboration de la charte et des textes fondateurs, le Sénégal, sous Wade, était encore sans commissaire à la commission africaine. Aucun de ses candidats, candidates plutôt n’a jusqu’ici été admis.

La touche de Macky Sall
L’organisation du Sommet de la Francophonie en novembre dernier, est une victoire certaine de notre diplomatie.

Toujours dans ce bilan, ce sont les nombreuses rencontres internationales, avec la dernière en date sur la sécurité. Il y a aussi la visite du Président Hollande dans nos murs, avec ce qu’on pourrait appeler le contre discours de Dakar prononcé devant la représentation nationale, en réponse à celui servi par son prédécesseur Sarkozy. Au plan continent, l’on peut retenir la visite du Roi du Maroc, Mohamed V.

L’on ne peut pas non plus occulter sa première sortie en Gambie, ensuite en Guinée Conakry, même si entretemps la fièvre Ebola a refroidi l’axe Dakar-Conakry. A cela s’ajoute, en février, la tenue de la 11ème session de la Commission mixte sénégalo-mauritanienne.

Dans cette diplomatie, l’on n’oubliera pas la visite d’amitié et de travail que le président par intérim du Mali, Dionkounda avait effectué, avec l’élection de Ibrahim Keïta, qui lui-même a foulé le sol sénégalais après le choix porté sur lui par les maliens.

Macky a réussi là où Wade a échoué, en décrochant la visite du Président Obama au Sénégal.
Le Président Sénégalais a aussi pris ses marques dans la sous-région, avec le rôle important qu’il a joué dans la récente crise burkinabe.

Bacary Domingo MANE

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