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Cyberattaques : plus nombreuses et dévastatrices, l’avenir sombre prédit par les experts

PIRATAGE INFORMATIQUEUne majorité d’experts interrogés par le Pew Research Internet Project considèrent que les gouvernements lutteront avec beaucoup de difficultés contre les actes malveillants sur les réseaux informatiques d’ici 2025.

Les pirates de l’informatique risquent de gagner du terrain. Les prédictions de 61% des 1.642 experts interrogés par Pew Research Internet Project, dont beaucoup jouent un rôle dans l’évolution des technologies gravitant autour d’Internet, vont dans ce sens.

Une majorité d’entre eux estime ainsi que les comptes et identités des utilisateurs seront plus vulnérables aux cyberattaques dans l’avenir. Une surprise? Pas selon Joel Brennern, ancien inspecteur de la Nasa, qui déclarait dans le Washington Post, le 24 octobre qu' »Internet n’a pas été construit pour garantir la sécurité ».

Un « pilier du terrorisme et de la guerre »
Les questions de sécurité nationale sont sur les lèvres de la plupart des spécialistes interrogés par le think tank américain. »Les cyberattaques deviendront un pilier du terrorisme et de la guerre entre aujourd’hui et 2025″, avance ainsi avec pessimisme Joe Kochan, chef des opérations à US Ignite, une société de développement d’applications Internet.

Stewart Baker, membre de Steptoe & Johnson, un cabinet d’avocats, argue que les attaques sur les systèmes de contrôle, déjà efficaces aujourd’hui, vont devenir de plus en plus évidentes et simples à mettre en place pour les hackers au fil des années. Et d’ajouter: »On regarde du côté de la Russie et de la Chine, parmi les cyberattaques visant les infrastructures des États-Unis, notamment, mais il faut faire attention à la Syrie, l’Iran et la Corée du Nord », et prochainement au « Hezbollah et aux Anonymous ».

S’agissant de l’Extrême-Orient, Stowe Boyd, dirigeant de GigaOM Research, société d’analyse de nouvelles technologies, explique qu’une Chine belliqueuse pourrait « nuire aux capacités militaires de la Corée du Sud et du Japon, via des cyberattaques dans le cadre du conflit autour de la mer de Chine, ce qui conduirait à la nécessité de reconfigurer les appareils électroniques et impliquerait des coût énormes ». Il s’appuie notamment sur l’exemple de Stuxnet, virus informatique créé par les Israéliens et les Américains pour attaquer le plan nucléaire iranien.

Des milliards d’euros de dommages pour les entreprises et les États
Ray Schroeder, vice-chancelier adjoint de l’apprentissage en ligne à l’Université de l’Illinois-Springfield, a expliqué au think tank « craindre une cyberattaque qui fera tomber des éléments clés de l’infrastructure nationale et mettra à mal l’économie ».

Même son de cloche du côté de Jeremy Epstein, un scientifique travaillant au sein de la Fondation nationale pour la science américaine: il estime à plusieurs milliards d’euros les pertes pour la production consécutives à la multiplication des cyberattaques d’ici à 2025. Mais, d’après lui, cela sera accepté comme « un nouveau coût – pondéré par des impôts du gouvernement, ou une refonte des subventions ».

Concernant les domaines touchés par les futures attaques, « le secteur de l’eau et les réseaux électriques », sont mentionnés par le Brésilien Vanda Scartezini, membre de Polo Consultores Associados, un cabinet d’analyse sur l’informatique et le commerce extérieur. Henning Schulzrinne, professeur à l’université de Columbia ajoute dans la liste « le trading et les opérations financières » avec de « larges dommages collatéraux ».

Les gouvernements et les infrastructures se défendront difficilement
Pour Jeremy Epstein, à cause « des impasses politiques et de l’inertie bureaucratique », le gouvernement américain sera « incapable de se défendre efficacement. Le principal problème est l’absence d’incitations politiques et économiques, et de volonté de résoudre le problème ». Elena Kvochko, spécialiste des technologies de communication au sein du Forum économique mondial, rappelle que « certains responsables de l’administration Obama ont averti d’un prochain ‘Cyber ​​Pearl Harbor ».

Selon elle, l’impuissance gouvernementale, qui perdurerait au moins jusqu’en 2025, s’explique en grande partie par des infrastructures « comptant encore sur les logiciels et la technologie créés il y a plusieurs décennies et non mis à jour, alors que le niveau de sophistication des adversaires (hackers) progresse généralement beaucoup plus rapidement ». Henning Schulzrinne ajoute que le manque d’investissements des entreprises et de politiques publiques fera « stagner le niveau technique du personnel ».

Les pays sont-ils alors dans une impasse? Pas forcément, si l’on en croit Vanda Scartezini. Elle estime que les cyberattaques seront efficacement combattues lorsque plusieurs nations s’associeront vraiment pour accentuer leurs efforts sur la cybersécurité. Et de prédire l’élément déclencheur: « Une attaque surviendra dans un petit pays en développement, elle aura des répercussions mondiales, et tout le monde se retrouvera autour d’une table de négociations pour trouver une solution commune à même d’assurer la défense des nations. »

Jean-Yves Paillé

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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