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Condamnation de Karim à six ans de prison ferme, Wade Père saisit la Cour suprême

Condamnation de Karim à six ans de prison ferme, Wade Père saisit la Cour suprême

Le fils de l’ancien président Abdoulaye Wade, condamné ce lundi matin à six ans de prison ferme pour « enrichissement illicite », va se pouvoir devant la Cour suprême.

La défense de Karim Wade n’aura pas tardé à réagir. Condamné, en milieu de journée, à six ans de prison ferme et à plus de 210 millions d’euros d’amende pour « enrichissement illicite », Karim Wade a fait savoir, par la voix de ses avocats, qu’il allait se pourvoir en cassation devant la Cour suprême.

« Nous allons saisir la Cour suprême pour que le jugement soit cassé et annulé », a déclaré Me Mohamed Seydou Diagne, ce lundi après-midi, seulement quelques heures après la condamnation par une juridiction spéciale de l’ancien ministre sénégalais et fils de l’ancien président Abdoulaye Wade.

Vive émotion

Le verdict a, en effet, été prononcé, ce lundi midi, par Henri Grégoire Diop, président de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) sans la présence de l’intéressé, principal prévenu d’un procès ouvert le 31 juillet 2014 (1). Le chef d’accusation de « corruption » n’a toutefois pas été retenu contre celui qui vient d’être désigné par son parti (PDS, le parti démocratique sénégalais) candidat à la prochaine présidentielle.

Le parquet avait requis, le 17 février, sept ans de prison ferme, plus de 380 millions d’euros d’amende, une privation de droits civiques et une confiscation de ses biens. La nouvelle a été accueillie avec une vive émotion de la part des sympathisants de la famille Wade, venue en nombre assister à l’audience.

Ses chances de succéder à son père s’amenuisent. Karim Wade, 46 ans, fils de l’ancien président du Sénégal Abdoulaye Wade et ex-ministre, a été condamné lundi à six ans de prison ferme et à plus de 138 milliards de francs CFA d’amende (plus de 210 millions d’euros) pour «enrichissement illicite».

Mais de la chronique judiciaire à la chronique politique, il n’y a qu’un pas à Dakar. Karim Wade avait en effet été désigné pas plus tard que samedi comme candidat du PDS, le principal parti d’opposition à l’actuel président du Sénégal Maky Sall, pour le prochain scrutin présidentiel. Maky Sall avait succédé à Abdoulaye Wade en 2012.

Son mandat doit normalement être remis en jeu d’ici 2019 mais pourrait être organisé dès février 2017. Le verdict ne fait pas formellement allusion à la perte de ses droits civiques par Karim Wade, mais elle semble automatique en vertu du code pénal local.

« Le droit a été dit »

Depuis le matin, le palais de justice était placé sous forte surveillance, avec des policiers et gendarmes déployés dans l’enceinte et autour du site. L’ancien chef de l’Etat Abdoulaye Wade (2000-2012), 89 ans, s’est rendu au palais, acclamé par les militants et sympathisants du PDS.

Mais, contrairement à son intention, il n’a pas commenté le verdict en raison du brouhaha. Le ministre de la Gouvernance locale et porte-parole du gouvernement, Oumar Youm, a affirmé, de son côté sur la radio privée RFM, que « le droit a été dit. Nous devons nous plier à cette décision ».

(1). En détention préventive depuis avril 2013, Karim Wade, 46 ans, était accusé d’avoir illégalement acquis 178 millions d’euros par le biais de montages financiers complexes du temps où il était conseillé puis ministre de son père, ce qu’il nie.

Karim Wade se présente comme un «prisonnier politique»

L’annonce du verdict, à laquelle Karim Wade, en détention préventive depuis avril 2013, n’assistait pas a d’ailleurs été interrompue par les hurlements de ses partisans. «La condamnation est politique. Depuis longtemps on veut empêcher un candidat, notre candidat d’être présent à l’élection présidentielle», a ainsi déclaré Oumar Sarr, un dirigeant du Parti démocratique sénégalais (PDS), la formation de l’ancien président Wade.

A l’ouverture de son procès le 31 juillet dernier, Karim Wade s’était déjà présenté comme «prisonnier politique». Il est accusé d’avoir illégalement acquis par le biais de montages financiers complexes, du temps où il était conseiller puis ministre de son père, un patrimoine constitué de sociétés au Sénégal et l’étranger, de comptes bancaires, de propriétés immobilières et de voitures de luxe, ce qu’il nie.

La Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), une instance réactivée par le nouveau président Macky Sall pour juger des affidés du pouvoir précédent, motive sa décision par un écart de plus de 100 millions d’euros entre le patrimoine estimé de Karim Wade et ses «revenus légaux», considérant que «l’origine licite de ce patrimoine n’a pas été prouvée», la charge de la preuve devant cette juridiction incombant au prévenu.

L’ambassade de France redoute des troubles

L’ancien chef de l’Etat Abdoulaye Wade (2000-2012), 88 ans, qui n’a assisté à aucune audience, s’est rendu lundi au palais de justice, acclamé par les militants et sympathisants du PDS. Mais contrairement à son intention, il n’a pas commenté le verdict en raison du brouhaha. Il avait demandé samedi qu’après s’être exprimé «chacun rentre chez lui tranquillement sans casse et sans violence», alors que la tension montait l’approche du verdict. Lundi matin, le palais de justice avait été placé sous forte surveillance, avec des policiers et gendarmes déployés dans l’enceinte et autour du site.

Le procès Wade, qui comparaissait en compagnie d’une dizaine de prévenus, tient le Sénégal en haleine depuis près de huit mois, jalonné d’une longue bataille de procédure et de coups de théâtre : limogeage du procureur, démission en pleine audience d’un juge, comparution d’un prévenu malade sur une civière, grève de la faim de Karim Wade «frappé et blessé» au tribunal, expulsion d’un de ses avocats…

Les ambassades française et américaine ont appelé, dans des consignes adressées à leurs ressortissants la semaine dernière, à la «vigilance» et à éviter les secteurs de la capitale où pourraient survenir des manifestations après le verdict.

Dès l’après-midi, les avocats de Karim Wade ont annoncé qu’ils saisissaient la Cour suprême contre ce jugement. Me Mohamed Seydou Diagne, a par ailleurs contesté que cette condamnation soit assortie d’une privation des droits civiques, comme l’estiment certains juristes.

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