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Brusque tension de fièvre entre Israël et l’Iran sur le théâtre syrien

Brusque tension de fièvre entre Israël et l’Iran sur le théâtre syrien

La tension est brusquement montée entre l’Iran et Israël en Syrie, où l’Etat hébreu dit avoir bombardé des dizaines de cibles iraniennes en représailles à une première attaque directe attribuée à la République islamique contre les forces israéliennes.

Rien ne permet de dire si ces évènements constituent simplement un accès de fièvre plus fort que les autres entre les deux ennemis, ou s’ils marquent le début d’une escalade redoutée depuis des semaines autour du théâtre syrien, dans un contexte de tensions avivées par les incertitudes sur l’accord nucléaire iranien.

Mais Israël a assuré ne pas chercher l’escalade tout en se déclarant prêt à tous les scénarios.

Selon les Israéliens, la brigade al-Qods, chargée des opérations extérieures des Gardiens de la révolution, l’armée d’élite du régime iranien, a tiré peu après minuit (21H00 GMT mercredi) une vingtaine de roquettes de type Fajr et Grad vers les premières positions sur la partie du Golan occupée par Israël, de l’autre côté de la ligne de démarcation.

C’est la première fois depuis le début en 2011 de la guerre en Syrie et de l’engagement iranien dans ce pays voisin d’Israël que l’Etat hébreu impute de telles frappes à l’Iran.

En février, l’incursion d’un drone iranien dans l’espace israélien avait provoqué des frappes contre plusieurs cibles iraniennes, dans le premier acte d’hostilité ouvertement reconnu entre les deux pays en Syrie.

Les roquettes iraniennes n’ont pas fait de victimes, quatre des projectiles ont été interceptés par les systèmes de défense anti-aériens, et les autres sont retombés en dehors d’Israël, a dit l’armée israélienne.

Selon le lieutenant-colonel Jonathan Conricus, un porte-parole, l’armée israélienne aurait ouvert le feu en riposte aux tirs attribués aux Iraniens en lançant l’une de ses opérations aériennes les plus importantes des dernières années « et certainement la plus importante contre des cibles iraniennes ».

Détonations à Damas

L’aviation a frappé le lance-roquettes d’où étaient partis les projectiles ainsi que des dizaines de cibles militaires iraniennes, sites de renseignement, de logistique, de stockage, postes d’observation à travers toute la Syrie, a-t-il dit.

« Nous avons frappé presque toutes les infrastructures iraniennes en Syrie », a dit le ministre israélien de la Défense Avidor Lieberman. « J’espère que cet épisode est clos et qu’ils ont compris », a-t-il ajouté.

Selon le porte-parole de l’armée, Il faudra des mois et peut-être plus aux Iraniens pour reconstituer le potentiel détruit.

Les appareils israéliens ont essuyé des dizaines de tirs de la défense anti-aérienne syrienne, mais tous sont rentrés à la base après avoir atteint tous les objectifs retenus, a-t-il dit.

Un correspondant de l’AFP a rapporté de fortes détonations à Damas. La télévision a retransmis en direct des images de la capitale syrienne montrant des projectiles lumineux dans le ciel et plusieurs missiles détruits selon elle par les systèmes anti-aériens syriens.

Certains missiles israéliens ont touché des bases militaires ainsi qu’un dépôt d’armes et un radar militaire, a rapporté l’agence officielle syrienne Sana sans préciser leurs emplacements. Les batteries anti-aériennes syriennes ont abattu des dizaines de missiles israéliens, a-t-elle affirmé.

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui dispose d’un vaste réseau d’informateurs à travers la Syrie, a fait état de dizaines de roquettes tirées de Syrie sur la partie du Golan occupée par Israël, après un premier bombardement israélien de la localité syrienne de Baas.

Les missiles israéliens ont touché des bases « qui appartiendraient au Hezbollah libanais au sud-ouest de la ville de Homs, ainsi que Maadamiyat al-Cham à l’ouest de Damas, où se trouvent des combattants iraniens ainsi que du Hezbollah et de la 4e brigade » de l’armée syrienne, a dit l’OSDH.

« Nous ne cherchons pas l’escalade », a assuré le lieutenant-colonel Conricus, tout en prévenant que toute nouvelle tentative iranienne de s’en prendre à Israël appellerait une réponse vigoureuse.

« Ils ont déjà payé le prix cette nuit, mais l’option est là qu’ils paient encore plus cher », a-t-il dit.

Moscou a appelé Israël et l’Iran à « la retenue » et le président français Emmanuel Macron à la « désescalade ».

Alerte élevée

Israël reste en « état d’alerte élevé », mais entend que les civils du Golan continuent à travailler et à vivre comme d’habitude, les seules instructions consistant à ne pas organiser de rassemblement de plus de 1.000 personnes et à rester attentifs aux consignes du commandement militaire, a dit le porte-parole militaire israélien.

L’armée avait demandé mardi aux autorités de rouvrir et de préparer les abris.

Israël se tenait prêt depuis des semaines à une réaction à une série d’au moins trois opérations depuis début avril contre des intérêts iraniens en Syrie, dans lesquels de nombreux combattants iraniens auraient été tués.

Israël, qui reste officiellement en état de guerre avec la Syrie, s’est employé à rester à l’écart de la guerre chez son voisin. Mais il observe avec grande inquiétude le soutien apporté au régime de Bachar al-Assad par deux de ses bêtes noires, le Hezbollah libanais et l’Iran.

Israël s’alarme de l’expansion iranienne et ne cesse de proclamer qu’il ne permettra pas à la République islamique de se servir de la Syrie comme tête de pont contre lui. Au cours des derniers mois, il a mené des dizaines de raids contre des positions syriennes, le Hezbollah et, de plus en plus, les forces iraniennes.

Les tensions ont été avivées par la querelle nucléaire iranienne. Israël se considère comme la cible désignée d’un Iran qui serait doté de l’arme nucléaire, et son Premier ministre Benjamin Netanyahu a mené une vigoureuse campagne contre l’accord de 2015, jusqu’à sa dénonciation mardi par le président américain Donald Trump.

Israël a annexé en 1981 la partie du Golan (1.200 kilomètres carrés) qu’il occupait depuis 1967 et la guerre des Six Jours. Cette annexion n’est pas reconnue par la communauté internationale, qui considère toujours le territoire comme syrien. Environ 510 kilomètres carrés restent sous contrôle syrien.

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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