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Boulevard ouvert pour la gestion occulte des campagnes

Boulevard ouvert pour la gestion occulte des campagnes

Le vide juridique sur le financement des partis politiques, adossé à l’affaire Lamine Diack, ou tout récemment la présumée affaire Sonko-Tullow Oil, posent à nouveau la lancinante question du financement des campagnes électorales.

En dehors du financement par l’Etat de la couverture médiatique des candidats en campagne électorale, des affiches et autres, la confection de tee-shirts, posters, flyers, ainsi que les tournées à travers le pays, sans oublier les meetings, entre autres, sont laissés à la charge des partis politiques. Ce qui revient à dire que le financement des campagnes électorales coûte cher aux partis politiques.

Le vide juridique sur le financement des partis politiques, adossé à l’affaire Lamine Diack, ou tout récemment la présumée affaire Sonko-Tullow Oil, posent à nouveau la lancinante question du financement des campagnes électorales.

Quoiqu’il ait été abordé sous toutes ses facettes et soumis à moult recommandations dont la dernière fut celle de la Commission nationale de réforme des institutions (Cnri), le financement des partis politiques n’a toujours pas encore trouvé solution. Ou du moins, il n’existe pas de loi pour contrôler l’origine du financement des partis lors des campagnes, ou encore, pour plafonner les dépenses de campagne électorale. Ce qui semble être le nœud gordien du problème.

L’affaire Ousmane Sonko et Tullow Oil, dans laquelle le candidat de la coalition “Sonko président“ est accusé d’avoir bénéficié de près de 117 millions de francs Cfa de la société pétrolière Tullow Oil pour mener à bien sa campagne de dénonciation, en dit long.

Vrai ou faux ? Reste à savoir, soit dit en passant, d’autant que Tullow Oil aurait démenti hier, vendredi, la véracité de l’information et des documents y afférent. Un peu plus loin derrière, l’affaire Lamine Diack avait défrayé la chronique et avait même affecté profondément le champ politique comme la société sénégalaise.

Toutes ces affaires, bien que différentes, posent ainsi à nouveau la question clé du financement des partis politiques et/ou des campagnes électorales. Dans un passé récent, Sud quotidien avait posé la question aux acteurs de la société civile.

A l’époque, pour endiguer le mal qui semblait être universel, Me Assane Dioma Ndiaye, président de la Lsdh avait laissé entendre que c’était à l’Etat d’organiser ce financement, dès lors que les partis «exercent une mission d’intérêt général». Tout en expliquant l’impossibilité, surtout des partis de l’opposition, de s’autofinancer, il a fait cas de la possibilité d’existence d’autres «sources de financement qui sont peut-être occultes», à savoir certains lobbies, certains groupes industriels, etc.

Ainsi donc, devant la preuve que «l’argent sale» peut être injecté ou peut servir de financement à des campagnes, ladite question devient, à ses yeux, «non différable». Même son de cloche pour Seydi Gassama, ancien Directeur exécutif d’Amnesty Sénégal qui parle de violation totale du code électoral qui interdit le recours à des sources extérieures pour financer une campagne électorale.

Il estime qu’il est temps que la loi interdise de «façon claire et sans ambiguïté» l’usage des ressources extérieures pour financer les campagnes électorales. Sur les raisons, il pense que cela «peut mettre en danger la stabilité et la souveraineté des pays». Parce qu’à son avis, «celui qui vous finance, une fois, au pouvoir, vous êtes obligé de lui rendre la monnaie. Y compris en sacrifiant des intérêts supérieurs de votre pays». Entre autres pistes de solutions, pour éviter de «fausser le jeu politique», M. Gassama avait opté pour le «plafonnement des dépenses de campagne électorale».

Apportant sa contribution sur ledit débat, Birahime Seck, actuel coordonnateur du Forum civil avait préconisé la déclaration de patrimoine pour tous les candidats à l’élection présidentielle. Cela, explique-t-il, pour éviter que des candidats sortent de n’importe où pour briguer le suffrage des Sénégalais. Mieux, avait-il suggéré, «il faudrait également que l’on puisse disposer d’une loi sur les conflits d’intérêts».

Une manière, à son avis, de faire attention «pour qu’il n’y ait pas une confusion des rôles entre le jeu des acteurs politiques et celui des acteurs économiques». En tout état de cause, le financement des élections est un casse-tête pour les partis politiques.

Surtout qu’il est évident que les cotisations des responsables, la vente de cartes de membre et les bénéfices des activités lucratives, ne peuvent en aucune manière permettre aux candidats de financer l’intégralité de leur campagne. Les portes des financements extérieurs et/ou occultes sont ainsi grandement ouvertes.

Jean Michel DIATTA

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