Nécrologie

Bernard Tapie est mort à 78 ans d’un cancer

L’ex-homme d’affaires, ministre, acteur, patron de presse et dirigeant de club Bernard Tapie, un temps érigé en symbole de la réussite sociale avant d’être rattrapé par les ennuis judiciaires, est mort dimanche à 78 ans d’un cancer dont il souffrait depuis 2017, a annoncé sa famille auprès du groupe La Provence.

« Dominique Tapie et ses enfants ont l’infinie douleur de faire part du décès de son mari et de leur père, Bernard Tapie, ce dimanche 3 octobre à 8H40, des suites d’un cancer », précise le communiqué envoyé à la Provence.

Sur son compte Instagram, Stéphane Tapie, l’un de ses fils, a confirmé l’information d’un court message, « Au revoir mon Phénix », en légende d’une photo en noir et blanc de lui et son père.

Tour à tour entrepreneur, chanteur, président de l’Olympique de Marseille, ministre, acteur ou encore patron de presse, Bernard Tapie est décédé à son domicile parisien.

Sa famille a annoncé qu’il serait inhumé à Marseille, « sa ville de coeur ».

Un « combattant »
Le Premier ministre Jean Castex a salué un « combattant » et un « homme très engagé ». Son avocat historique et ami Jean-Louis Borloo a loué le « courage », la « force », le panache » de celui qu’il considérait comme son « frère ».

Au sommet de la gloire et du succès dans les années 1980, la fin de sa vie a été rythmée par la maladie et des soucis judiciaires.

Né le 26 janvier 1943 à Paris dans une famille d’origine modeste, celui qui était connu pour ses coups de gueule et sa gouaille a d’abord été un patron flamboyant et admiré, spécialisé dans le rachat d’entreprises en difficulté, avant de rétrograder au rang d’entrepreneur sulfureux aux pratiques douteuses.

L’homme a aussi fait de la politique: élu député des Bouches-du-Rhône en 1989 sous la bannière de la majorité présidentielle de François Mitterrand, il a été conseiller régional, député européen et, pendant moins de deux mois, ministre de la Ville dans le gouvernement de Pierre Bérégovoy (avril-mai 1992).

Son duel télévisé avec le chef du Front national Jean-Marie Le Pen en 1989 a marqué les esprits.

Grand amateur de sports, « Nanard », ainsi qu’il était souvent désigné, a créé en 1983 une équipe cycliste qui recrutera Bernard Hinault, avant de reprendre trois ans plus tard l’OM, qui devient en 1993 le premier – et toujours seul – club français à remporter la prestigieuse Coupe d’Europe des clubs champions.

165 jours de prison
Pour de nombreux supporteurs marseillais, il est resté « Le Boss ».

C’est aussi à l’OM qu’éclate la première grande affaire qui le met en cause, celle du match truqué entre Marseille et Valenciennes, dite « VA-OM », pour laquelle il est condamné pour complicité de corruption et subornation de témoins et passe 165 jours en prison en 1997.

Il sera ensuite condamné dans d’autres dossiers, pour abus de biens sociaux et fraude fiscale notamment, qui aboutissent à sa mise en liquidation judiciaire et la perte de tous ses mandats.

Celui qui a eu sa marionnette aux Guignols de Canal + a également été animateur de télévision et a fait l’acteur, au cinéma ou au théâtre.

Père de quatre enfants, il a en outre coiffé la casquette de patron de presse en acquérant, en 2012, les derniers titres du groupe Hersant et en dirigeant depuis le groupe « La Provence ».

L’affaire Adidas
Très affaibli mais toujours combatif, Bernard Tapie comparaissait encore en mai dernier devant ses juges dans un des volets de « l’affaire de sa vie », son conflit financier de près de trente ans avec le Crédit Lyonnais autour de la revente de l’équipementier sportif Adidas.

« Madame la présidente, il est temps, franchement, qu’on arrête avec cette justice-là ! », lançait-il à la cour d’appel saisie de l’arbitrage controversé rendu en 2008, depuis annulé au civil, qui lui avait octroyé 408 millions d’euros dans son litige avec le Crédit Lyonnais.

Déjà interrompu six mois à l’automne 2020, ce procès s’est terminé en l’absence de l’homme d’affaires, de nouveau hospitalisé.

L’accusation a requis cinq ans d’emprisonnement avec sursis à son encontre pour complicité d’escroquerie et détournement de fonds publics – la décision est attendue ce mercredi.

En juin, il a publié avec le journaliste Franz-Olivier Giesbert un livre en forme de testament, titré « Bernard Tapie. Leçons de vie, de mort et d’amour », où il revenait notamment sur la « plus grosse » des « conneries » de sa carrière, la vente d’Adidas.

Il y racontait son rapport à Dieu, son statut de quasi « ennemi public numéro 1 », après sa chute et la dépossession de ses biens, la privation de ses droits civiques ou son agression en avril dernier, à son domicile, lors d’un violent cambriolage nocturne.

Articles Similaires

1 sur 14

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *