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Baye Alioune Samb, conseiller économique du Sénégal à Guangzhou: les Africains «ne ressentent plus aucun avenir en Chine».

Baye Alioune Samb, conseiller économique du Sénégal à Guangzhou: les Africains «ne ressentent plus aucun avenir en Chine».

Les Africains, vivants en Chine, commencent à se plaindre des conditions extrêmes dans lesquelles ils sont traités depuis le durcissement des lois contre l’immigration illégale, préférant pour certain quitter la Chine. A contrario, en Afrique, le nombre de résidents et commerçants chinois ne cessent de croître, en raison des avantages que leur octroi leur gouvernement et les gouvernements africains.

La ville de Guangzhou, au sud de la Chine, est devenue un important centre d’affaire pour les entrepreneurs africains souhaitant y acheter des marchandises (bijoux et produits électroniques) avant de les expédier vers leur pays d’origine. Mais depuis quelques années, les commerçants et étudiants africains se plaignent des contrôles d’identité musclés, de la police de plus en plus présente, d’un sentiment d’insécurité pesant …

Les Africains quittent la Chine

Guangzhou attire les africains venus pour commercer et y faire fortune. Beaucoup se sont regroupés dans le quartier de Xiaobei, où le nombre d’africain dans la ville a été si rapide dans les années 2000, le quartier a été surnommé «Cité chocolat» ou «Little Africa».

En 2009, les médias locaux avait rapporté que la population africaine de la ville atteignait 100 000 habitants, y compris ceux ayant dépassé leur visa. Toutefois, les autorités avaient déclaré qu’il n’y en avait que 20 000.

Mais aujourd’hui, la ville est témoin du départ massif d’africains. Selon les données du bureau municipal de la sécurité publique et de la communauté africaine, la population africaine de la ville est tombée à 10 344 en février 2017, soit 13% des 77 877 résidents étrangers avec un visa valide.

En janvier 2018, l’agence de presse Xinhua a annoncé que la population africaine de la ville avait diminué car «la police a renforcé son application des mesures contre l’immigration illégale». Si les africains étaient 20 000 à Canton en 2009, ils ne sont plus désormais que 15 000.

L’agence Xinhua précise cependant que «leur nombre réel, en comptant les immigrants illégaux et les personnes ayant dépassé la limite de séjour autorisé, serait bien plus élevé». D’après des estimations de chercheurs, le chiffre dépasserait les 150 000, ce qui ferait de Canton le siège de la plus forte communauté africaine en Asie.


Manque de soutien des gouvernements africains

En 2013, le gouvernement chinois a révisé sa législation sur les résidents étrangers, durcissant les sanctions contre les travailleurs clandestins et les personnes dépassant la durée légale de séjour. Les africains doivent faire face à des traitements «rudes» et des difficultés bureaucratiques dans certains pays africains, comme l’absence de service en ligne pour les demandes d’extraits de casier judiciaire, exigés par la Chine pour certains types de visa.

Guangzhou est un important centre d’affaire pour les entrepreneurs africains souhaitant y acheter des marchandises

Depuis une dizaine d’année, de nombreuses voix se sont élevées contre l’absence de soutien institutionnel en Chine. Les commerçants africains n’ont ni logistique sur place, ni de centre d’accueil pour les aider dans leurs démarches.

Hannah Ryder, directrice à Beijing de Development Reimagined, un cabinet de conseil spécialisé dans les relations Chine-Afrique, a expliqué à l’Agence France Presse qu’aucun «des 55 pays africains ne dispose à Canton d’une Chambre de commerce. Or, celles-ci pourraient véritablement être en mesure de suivre ce qui s’y passe ou plaider la cause des entreprises africaines».

De son côté, Felly Mwamba, leader de la communauté congolaise à Guangzhou, a souligné au SCMP qu’«il y avait environ 700 Congolais à Guangzhou en 2016, et environ 560 l’année dernière et seulement 500 à ce jour» en 2018. L’une des principales raisons de cet exode est la hausse des coûts.

Ce dernier a expliqué que désormais «nous ne pouvons gagner que 2 000 dollars (1 640€) sur chaque conteneur de 20 000 dollars (16 400€) de marchandises». Une grande partie des commerçants africains ont des pertes considérables, sans compter les frais de visa, les billets d’avion et autres frais de subsistance. «C’est pourquoi un nombre croissant d’africains partent» de Chine, a indiqué Felly Mwamba.

Les chinois privilégiés en Chine et en Afrique

En plus de cette hausse des coûts, les commerçants africains font face à une concurrence accrue des commerçants chinois résidant dans leur pays d’origine. «Un nombre croissant de commerçants chinois sur le marché africain a créé une forte concurrence, et ils ont également un avantage», a déploré Felly Mwamba.

Les africains doivent faire face à des traitements «rudes» de la part de la police chinoise et des difficultés bureaucratiques dans leurs pays d’origine

En effet, «ces chinois peuvent bénéficier de mesures incitatives pour faire du commerce au Congo en franchise de droits, et même nos indigènes doivent payer entre 5 et 10% d’impôts s’ils commercent entre la Chine et le pays».

Désormais les bénéfices s’amoindrissent considérablement pour les entrepreneurs africains. Ces derniers se tournent aujourd’hui vers le Vietnam, le Cambodge où encore l’Inde. D’ailleurs, Baye Alioune Samb, conseiller économique au consulat sénégalais à Guangzhou, a expliqué qu’il y a environ 200 Sénégalais à Guangzhou, mais «cette année, j’ai entendu parler de cinq sénégalais qui se sont tournés vers les pays sud-asiatiques pour explorer de nouveaux marchés et opportunités».

Il a indiqué que «nous commençons à entendre que le Vietnam émerge dans le secteur de la fabrication, tout comme la Chine dans les années 1980». Raison pour laquelle, beaucoup ont décidé de se rendre dans les pays avoisinants pour trouver de meilleures conditions de commerce.

Outre les problèmes de visa, la concurrence accrue et la baisse des profits, «les conditions de vie instables à Guangzhou sont également un problème», a déclaré Baye Alioune Samb. Ce dernier s’est dit «surpris d’apprendre qu’un homme d’affaires sénégalais qui a un gros investissement à Guangzhou n’a pas de lieu de vie stable et fixe», estimant que «la politique d’immigration est difficile pour la plupart d’entre eux».

Le conseiller économique au consulat sénégalais à Guangzhou a assuré que les africains «ne ressentent plus aucun avenir en Chine».

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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