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Au moins treize civils tués à Kani-Bonzon, dans une attaque imputée à des djihadistes

Au moins treize civils tués à Kani-Bonzon, dans une attaque imputée à des djihadistes

Au moins 13 civils maliens ont été tués jeudi 23 février dans une attaque imputée à des djihadistes contre leur village dans le centre du pays, ont indiqué ce vendredi des élus locaux.

«Les djihadistes ont tué plus de 13 civils jeudi à Kani-Bonzon. Ils ont brûlé des cases et des greniers et ils sont partis avec trois civils», a déclaré à l’AFP un élu local s’exprimant sous le couvert de l’anonymat pour des raisons de sécurité.

«Les terroristes ont tué 13 civils. Ils ont brûlé des maisons. Des habitants qui n’étaient pas sur place ont peur de rentrer. Aujourd’hui on parle même de 20 morts», a dit un autre élu, également sous couvert d’anonymat.

«Nous demandons au gouvernement et à la Minusma de venir nous aider», a ajouté le premier élu en faisant référence à la mission de maintien de la paix de l’ONU. La localité de Kani-Bonzon est située près de Bandiagara, en pays dogon.

Crise sécuritaire
Le Mali est plongé dans une crise sécuritaire et politique profonde depuis le déclenchement d’insurrections indépendantiste et djihadiste dans le nord en 2012. Si les indépendantistes ont signé un fragile accord de paix en 2015, les agissements des groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda ou à l’organisation État islamique se sont propagés au centre, puis au Burkina Faso et au Niger voisins.

Les violences ont fait dans la région des milliers de morts, civils et combattants, et des centaines de milliers de déplacés. Au moins 70 soldats et une douzaine de volontaires ont été tués en moins d’une semaine au cours de différentes attaques dans le nord du Burkina Faso, de l’autre côté de la frontière avec le Mali.

Le centre du Mali est l’un des principaux foyers des violences sahéliennes depuis 2015 et l’installation de la Katiba Macina, affiliée à Al-Qaïda. Trois Casques bleus sénégalais y ont été tués mardi dernier par l’explosion d’un engin explosif improvisé, une arme de prédilection des djihadistes.

«Désinformation»
L’émergence de la Katiba Macina a ranimé ou avivé les vieux antagonismes entre groupes humains autour de l’accès aux ressources. Le centre est en proie non seulement aux exactions djihadistes mais aussi aux représailles entre communautés, aux agissements de groupes proclamés d’autodéfense et au banditisme.

Les groupes affiliés à Al-Qaïda imposent aux populations locales des pactes aux termes desquels ils les laissent relativement vaquer à leurs occupations contre le paiement d’un impôt, l’acceptation des règles islamiques et la non-collaboration avec l’armée malienne ou d’autres groupes armés locaux.

La junte au pouvoir depuis 2020 à Bamako a lancé fin 2021 une vaste opération dans le centre, en même temps qu’elle prenait ses distances avec l’allié historique français et se rapprochait de la Russie.

L’offensive au centre engage des éléments qui sont des instructeurs de l’armée russe selon la junte et, selon ses contradicteurs, des mercenaires de la société privée russe Wagner, aux agissements décriés ailleurs en Afrique et dans le monde.

Le bilan sécuritaire de cette rupture stratégique est controversé. L’accès à une information indépendante et fiable est ardu dans un secteur reculé et dangereux. La junte assure acculer les djihadistes à une position défensive.

«Plus d’Etat malien»
Un rapport de l’ONU publié en janvier indiquait que, dans le centre du Mali, «les groupes extrémistes continuent de tirer profit des conflits intercommunautaires pour étendre leur influence et attirer de nouvelles recrues».

Il disait aussi qu’à plusieurs reprises «des membres des forces de sécurité étrangères» s’étaient livrés à des exactions dans le centre, référence apparente aux nouveaux alliés de la junte. Le nord-est du Mali est, lui, le théâtre depuis des mois d’une poussée de l’État islamique au grand Sahara (EIGS).

Elle génère d’intenses batailles avec les groupes armés implantés dans ces immenses étendues désertiques et avec les rivaux affiliés à Al-Qaïda. Elle donne lieu au massacre de civils et à des déplacements massifs de population.

La situation a fait dire au président du Conseil européen Charles Michel que l’État malien était «en train de s’effondrer». Un haut responsable occidental disait cette semaine sous couvert de l’anonymat à des journalistes qu’il n’y avait «plus d’État malien».

Les Affaires étrangères maliennes se sont inscrites en faux contre les propos de Charles Michel, qui relèvent selon elles d’une «campagne de désinformation» contre le Mali.

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