Dakar-Echo

Arène de lutte: des environnementalistes déterminés à faire ouvrir les yeux à l’état

technopole_dakarAlors que «Dakar ne respire plus», «Dakar est une ville polluée», les autorités… politiques s’entêtent à détruire un des rares poumons verts de la capitale sénégalaise, le Technopole, en décidant d’y ériger la future arène nationale.

Face à cette obstination du gouvernement à exécuter ce projet sur ce site des Niayes, des organisations de la Société Civile Environnementale, dans une déclaration, exhortent les pouvoirs publics à trouver un site alternatif pour la construction de cette infrastructure sportive.

Ceux qui croyaient le débat sur la construction de l’arène nationale sur le site du Technopole clos avec l’annonce, le 13 janvier dernier, du démarrage des travaux de cette infrastructure dans «un proche avenir», peuvent déchanter. Les exploitants, les communautés locales et les environnementalistes refusent toujours de baisser les bras.

Dans une déclaration conjointe publiée hier, mardi 03 février, huit (8) organisations nationales et internationales de la Société Civile Environnementale réitèrent leur demande à l’Etat de renoncer à détruire le site du Technopole en trouvant un autre endroit pour la construction de l’arène nationale.

«Nous, organisations de la Société Civile Environnementale, exhortons les pouvoirs publics à concilier la nécessité de conservation et les besoins de développement en trouvant un site alternatif pour la construction de cette infrastructure sportive qui constitue un outil important pour le développement de notre sport national», indiquent-elles.

Les signataires, à savoir le GREEP, UICN, NCD, GADEC, REPES, ISE et Wetlands International, «soutiennent tous les acteurs de l’environnement engagés dans la lutte pour la sauvegarde des Niayes qui est l’une des rares reliques des sanctuaires de biodiversité de Dakar».

Ces organisations ont fait cette sortie «après avoir examiné les différentes menaces qui pèsent sur les Zones Humides au Sénégal dont les superficies et la qualité s’érodent sous l’effet combiné de l’urbanisation et de l’expansion démographique dans un contexte de changement climatique».

C’est pourquoi, «conscientes du rôle majeur que les écosystèmes humides des Niayes jouent dans la régulation des flux d’eau, atténuant à la fois la survenance et l’intensité des événements extrêmes tels que les inondations qui constituent de plus en plus une menace grave pour la région de Dakar; soucieuses de la nécessité impérieuse de préserver les écosystèmes humides et zones assimilées qui constituent la base des activités productives, en particulier l’agriculture urbaine et péri urbaine», les signataires invitent le gouvernement à rectifier le tir.

Aussi rappellent-ils «l’importance des Niayes qui est un écosystème sensible et dont l’équilibre écologique pourrait être irrémédiablement rompu par la construction d’une infrastructure à la dimension d’une Arène Nationale».

Toutefois, le professeur Bienvenu Sambou, Directeur de l’Institut des Sciences de l’Environnement (ISE) de l’UCAD, un des signataires du document, rassure qu’ils n’ont «rien contre une arène nationale, encore une fois. La lutte, c’est notre sport, mais nous avons simplement estimé que l’on devrait pouvoir trouver un autre site plus indiqué, plus approprié pour abriter cette arène nationale qui, pour nous, est aussi importante que tous les autres sports». Seulement le Technopole n’est pas le lieu indiqué pour cette infrastructure.

Au sortir d’une réunion interministérielle consacrée à cette future infrastructure sportive le mardi 13 janvier dernier, le ministre des Sports, Matar Bâ avait annoncé le démarrage des travaux dans «un proche avenir», en 2015, sans autre précision. Auparavant, le président Macky Sall, en février 2013 avait dit qu’un financement de 24 milliards de F CFA fourni par la Chine servirait à construire ce joyau d’environ 20 mille places. Et, la China Institute Project Planning and Research (IPPR), une société d’Etat chinoise est choisi pour le faire sortir de terre.

PR BIENVENU SAMBOU SUR LA CONSTRUCTION DE L’ARENE AU TECHNOPOLE : C’est quand on aura commencé à subir les conséquences qu’on comprendra»

En effet, souligne le professeur Sambou, «les inondations sont atténuées par ce site parce qu’une bonne partie des eaux sont déversées au niveau de ce site, une bonne partie des eaux s’infiltre à partir de ce site là. Ce site joue un rôle extrêmement important. C’est quand on aura simplement détruit ce site et quant on aura commencé à subir les conséquences qu’on comprendra», prévient-il.

Mieux, il recèle d’énormes potentialités qui sont exploitées par des communautés locales qui en tirent profit. Et «au moment où justement on parle d’économie verte de plus en plus, de création d’emplois, on se retrouve dans une situation où on va détruire pratiquement un site qui joue, par ailleurs, un rôle important. Parce que c’est un des rares poumons maintenant de Dakar. Dakar ne respire plus, Dakar est une ville polluée», déplore-t-il.

Il s’y ajoute que, du point de vue écologique, par exemple, cette zone dite des Niayes et en particulier le site du Technopole accueille «des oiseaux migrateurs qui quittent l’Europe, transitent par ce site et descendent vers l’Afrique du Sud. Et de leur remonté, ils font escale également au niveau de ce site avant de retourner. Il s’y ajoute également qu’on a pu identifier une espèce rare qui est pratiquement endémique à ce niveau, qui ne se reproduit qu’au niveau de ce site-là», explique-t-il.

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

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