Dakar-Echo

Après le départ des ambulants, Sandaga à la merci des prostituées et des agresseurs en plein jour

sandagaSes occupants déguerpis suite à un violent incendie qui a profondément remis en cause la sécurité à l’intérieur de ce marché historique, Sandaga refuse encore aujourd’hui d’abandonner le commerce.

Les autorités, qui, par mesure de sécurité, avaient ordonné la fermeture du marché, sont confrontées à l’insécurité qui règne aux alentours du bâtiment. Commerçants et passants ont tous peur pour leur vie face aux multiples agressions commises par les nouveaux «vendeurs» qui occupent les lieux.

Le commerce de la drogue et du sexe est désormais la principale activité nocturne dans les entrailles de cet édifice qui, par miracle, fait toujours partie du décor du centre-ville de Dakar, non loin de la police centrale.

Quinze mois après l’incendie ayant signé l’arrêt de mort du marché Sandaga, une véritable activité commerciale souterraine est en vogue sur les lieux. Le commerce du sexe au détail, le banditisme et la vente de la drogue constituent les principales activités d’une certaine catégorie sociale hors du commun. Ce sont des boudioumanes, des prostitués, de petits drogués, des dealers et de jeunes fugueurs. Qu’ils soient jeunes ou vieux, cette faune interlope est toujours là, nuit et jour.

Vêtus de haillons, visage crispé, regard profond, ces nouveaux locataires du marché Sandaga inspirent la peur à plus d’un passant. Rien qu’à croiser leur regard méfiant, on sent la menace qu’ils représentent pour cette population urbaine. Le jour, ils sont des dizaines massés devant le dépotoir d’ordures qu’est devenu le marché, à la quête d’articles récupérables. A les voir de loin, on croirait avoir affaire à de simples sans-abri.

Malheur à celui qui ose rôder, la nuit, devant la porte du marché. Ils sont là, chaque soir, regroupés, àne rien faire, derrière les bennes à ordures, échangeant quelques mots entre eux, tantôt de petites en gueulades, tantôt des fous rires. Si certains sont joviaux à première vue, d’autres le sont moins. S’y ajoute que ces jeunes et de vieux préfèrent jouer au damier toujours à côté des ordures.

Personne n’ose s’approcher d’eux, à moins d’être un des leurs ou un habitué des lieux, ou encore les commerçants qui sont à proximité. On note aussi la présence de malades mentaux errants. Ce melting-pot de vagabonds, retrouvé à l’intérieur comme à l’extérieur du bâtiment qui menace ruine, participe à l’installation de l’insécurité, à la prostitution clandestine et les agressions multiples à Sandaga. Il a fallu plus d’un tour aux alentours de l’ancien marché pour avoir une idée plus précise du mode de vie de ces marginaux et des activités qu’ils mènent en ce lieu.

Des délinquants âgés entre 10 et 50 ans

Ils sont nombreux, mais la plupart viennent des différentes régions du pays, notamment Thiès, Touba ou Kaolack… La tranche d’âge varie entre 10 ans et 50 ans, garçons et filles y sont de pairs. Ils n’hésitent pas à se mettre en couple.

Le jour, on ne remarque que la présence des hommes ; les femmes se pointant le soir aux environs de 22 h pour s’adonner à des pratiques pas très catholiques. Ces fillettes et femmes d’âge mûr sont souvent des sans-domicile fixe (Sdf), livrées à la dure réalité de la vie nocturne. Elles sont alcooliques, droguées et prostituées, prêt à passer à l’acte pour un simple billet de mille francs (1000 francs).

Et dès fois, lorsque le mois est « creux », la gratuité ou le crédit s’imposent. Elles sont aussi des femmes sans défense ni méfiance qui se trouvent des concubins au milieu de ce cercle vicieux.

Elles fondent ainsi une famille, car certaine sont des enfants qui passent la nuit dans le marché. Les jeunes fugueurs ne sont pas en reste dans ce brouhaha. Ils sont toujours présents. Sans famille ni abri, ils viennent pour se ravitailler dans les ordures, mais bénéficient, chaque vendredi, de vrais repas

MALGRÉ LA PROXIMITE AVEC LA POLICE CENTRALE, DES AGRESSIONS COTOIENT TOUT LE MONDE EN PLEIN JOUR

Au marché Sandaga, les agresseurs circulent comme bon leur semble, sans être inquiétés. Pis, ils choisissent les Libanais comme cibles principales, qu’ils dépouillent de leurs biens, en plein jour, au vu et au su de tout le monde.

Silence, on agresse en plein jour à Sandaga ! Et nous, dit-on, personne ne lève le petit doigt pour secourir les victimes. Ces derniers temps, a-t-on appris, «il y a eu une agression contre un Maure à qui ils ont arraché 200 000 francs en plein jour. La victime s’en est sortie avec une blessure à la jambe qu’il traîne toujours. Mais, il continue de passer sur le même chemin, malgré lui».

A cette mésaventure, s’ajoute celle d’un couple et que nous raconte ce jeune commerçant habitué des lieux.

Vêtu d’un tee-shirt blanc assorti d’un jean délavé, c’est avec calme et sérénité qu’il nous fait un récit de l’agression. «On assiste à des scènes inimaginables en ce lieux.

Un jour, une jeune fille accompagnée de son petit ami s’est vue arracher son sac à main en plein jour. Son copain, qui tentait de jouer les héros, a pour suivi le malfrat dans les dédales du marché. Une fois à l’intérieur, ils lui ont versé du diluant sur les yeux avant de se jeter sur lui.

Heureusement que des personnes sont venues à son secours. Il est ressorti les yeux en feu, malmené et sans le sac de sa dulcinée», nous expliquent-il, avec un air désolé. Les jours se succèdent et se ressemblent presque, l’histoire ne cesse de se répéter pour ces pauvres victimes.

«Avant-hier, j’étais dedans, à la poursuite d’un voleur qui a chipé un collier d’un Libanais e, en plein jour. Entré à l’intérieur, il s’est évaporé ; j’ai préféré sortir pour ne pas avoir une mauvaise surprise. L’Etat doit faire son travail, démolir l’immeuble carré- ment et voir ce qu’il peut faire après ou reconstruire un autre marché et nous recaser», lance ce pauvre commerçant, l’air abattu.

Cette fois ci, c’est un des marginaux qui a subi ce mauvais coup. Ils n’ont pas hésité à lui passer la raclée de sa vie, juste pour quelques billets, selon un agent de sécurité qui fait la ronde dans la journée. «Il a été tabassé devant le regard impuissant des passants et commerçants et même celui des agents de sécurité.

Il a reçu des coups de poing, puis plaqué au sol avant qu’ils ne le dépouillent et le laisser par terre, très abattu et sans défense», renchérit l’agent de sécurité qui n’a pas manqué de mettre en garde les occupants de ces ruelles, car ces «bandits» s’en prennent à tout le monde et surtout les femmes. Selon lui, la gent féminine est la plus exposée, car des vols de portables se multiplient devant le marché.

«Ils t’agressent, prennent ce que tu possèdes et s’engouffrent à l’intérieur du bâtiment et personne n’ose les poursuivre par souci de sécurité et de prudence», se désole l’agent. Ce que confirme, Mimi, une passante et habituée des lieux : «Je déteste cet endroit insalubre et dangereux ; et j’ai peur en même temps. C’est le lieu de prédilection des agresseurs; ils se donnent tous rendez-vous ici. Il n’y a aucune sécurité.

Parfois, à ma décente, je suis obligée de prendre des raccourcis pour arriver à Petersen, craignant d’être arrêtée, à tout moment, par des agresseurs,», confie-t-elle. Ce comportement est dû au fait qu’elle a été plusieurs fois témoin d’attaques des agresseurs de Sandaga.

«J’ai vu, un jour, un couple libanais dépouillé, devant moi. L’agresseur s’est faufilé entre eux et à pris le sac de la dame. Le mari, qui avait entamé une poursuite folle contre l’agresseur, n’a pas pu le rattraper. Le voleur s’était volatilisé dans la nature», témoigne-t-elle.

Avec Walf Grand Place et Seneplus

 

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

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